(Archives) Itw de Clara Luciani pour Tsugi, paru il y a quelques mois dans le mag papier

Clara Luciani au sommet avec Sainte Victoire (papier paru dans Tsugi il y a quelques mois)


Cette Madone androgyne croisée dans La Femme et Nouvelle Vague réussit un petit triomphe sur son premier disque, Sainte Victoire. Marier la grâce impérieuse de Barbara, la poésie de Baudelaire et une électro moderne concoctée avec deux merveilleux apôtres : Benjamin de The Shoes et Yuksek.

Luciani signifie « petite lumière » en corse, mais l'aura qui se dégage de Clara est loin d'être miniature. Déjà il y a ses 1m82, cette frange à la Nico (son héroïne) et cette voix grave, presque d'outre tombe. Sur son premier album, Sainte Victoire, la jeune musicienne de 25 ans avance comme elle nous apparaît lors d'une rencontre au Moulin Rouge de Pigalle : fière et combative. « La Saint Victoire, c'est une montagne en province qui a été beaucoup peinte et sur laquelle je ferai bien un pèlerinage. C'est un clin d’œil à mes origines du Sud, car j'ai grandi à Septème, un bled près de Marseille. Mais c'est aussi une référence à la victoire sur le chagrin d'amour dont parlait mon EP et à celle de pouvoir sortir un disque. »

Alors qu'on l'avait laissée en pleureuse méditerranéenne sur son premier EP, l'ex étudiante en histoire de l'art à Aix se pare de nouveaux atours : des synthés à la Suicide sur des accents presque garage. Même si elle adule la chanson (Sheller, Barbara) et le rock à papa (Doors, Velvet, Stones), les compositions de cette chanteuse-guitariste ne sonnent jamais vintage . « Je veux pas qu'on me dise : « cette fille est une friperie ambulante ». J'aime l'idée d'avoir un héritage et de le dépoussiérer. J'avais aussi envie d'un côté disco dark. » Grâce à ses partenaires de crime -: Benjamin de The Shoes, SAGE et Yuskek – ses ténèbres brillent de reflets dansants. Clara se paie même le luxe de reprendre en français « The Bay » de Metronomy, la bande son de son arrivée à Paris. « J'écoutais beaucoup The English Riviera. Et il y a eu des moments où j'étais découragée : j'enchaînais les boulots : vendeuse chez Zara, pizzaiolio (j'enfournais les pizzas dans un four et me brûlais tout le temps). » Mais à force de travail et d'apparitions de bonnes fées comme Raphaël, Alex Beaupain et Benjamin Biolay, Clara grimpe toutes les montagnes vers un premier album- sommet d'émancipation.

Sainte Victoire résonne comme un pamphlet d'empowerment féminin qui prouve qu'on ne meurt pas d'amour et pourfend le harcèlement. Sur le tube « La Grenade », Clara chante ainsi : «sous mon sein, la grenade ». « Je l'avais écrit juste avant l'affaire Weinstein. Quand, à 11 ans, je jouais de la guitare dans ma chambre, je ne rendais pas compte que ça pouvait être extravagant. C'est plus tard que j'ai senti que la musique était un milieu encore très genré. Je ne compte pas le nombre de fois où on a voulait m'aider à brancher les multiprises comme si on j'étais une poupées gogole. » Il vous suffira de croiser Clara sur scène, comme il y a peu en première partie de son amie Juliette Armanet à l'Olympia, pour vous rendre compte que ce « monstre d'amour » pourrait bientôt bien devenir un monstre sacré.

Clara Luciani – Sainte Victoire

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