Article sur le biopic de Morissey paru d'abord sur Medium

https://medium.com/@violaineschtz/england-is-mine-when-the-world-is-not-yours-82374d517841

Parfois, ce ne sont pas des chefs d’œuvres qui vous touchent le plus profondément. Honnêtement, England Is Mine, biopic sur la vie de Morrissey avant le succès n’est pas un sommet du genre. Un scénario faible, des longueurs, beaucoup de clichés et des plans pas franchement nécessaires. Sans compter l’oubli de sa relation épistolaire avec un fan de musique assez ambiguë.
Mais certaines de ses fulgurances provoquent un sentiment rare. Comprendre ce qui se trame entre lignes, dans une séquence qui paraît anodine sur le moment comme un plan d’eau tumultueuse, se retrouver soi-même, se souvenir de qui l’on a été. Comme le disait le réalisateur à l’avant première du film aux Halles : “Peu importe que ce soit Morrissey, ça pourrait être n’importe quel jeune qui s’est un jour senti différent.” L’acteur principal incarnant brillamment le poète pop enfonçait le clou : “Tous ceux qui un jour ont mis une veste bizarre en pensant être cool à une soirée et qui avaient en fait l’air ridicules se reconnaîtront”.
Crinière et idées longues / punk période
J’ai été le jeune Steven Patrick et ça fait du bien de s’en rappeler. Avant de devenir ce vieux con qui balance de sordides sottises sur Twitter et des morceaux sans âme en solo, Morrissey était un jeune homme tourmenté né de parents immigrés irlandais pas très argentés qui installés en morne banlieue de Manchester finiront par se séparer. Son père travaillait dans un hôpital tandis que sa mère, Elizabeth (son héroïne) était bibliothécaire. Mais l’adolescent rêve de gloire, d’une vie de poète, de l’aura glamour des New York Dolls et de Roxy Music, de la pureté des Girl’s Bands et de la folie créatrice de Londres. Irish blood, England Heart.
Momo and mom




Pour sortir d’une ville qui ressemble à un tombeau et arrêter de s’ennuyer dans des petits boulots à la répétition lénifiante, il lit beaucoup (Oscar Wilde en tête) et écrit à n’en plus finir. Le sarcasme devient sa religion. On le rejette et il crâne. Si jeune et déjà aigri, il envoie des lettres au NME et au Melody Maker pour dire du mal de groupes qui connaissent le succès dont ils rêve tant en regardant ses idoles punaisés au mur décrépi (Bowie, Marianne Faithfull, James Dean). Des étoiles sur le ciel noir d’un avenir bien incertain.
Vendre la mèche ?
England Is Mine parle de ce moment où on ne se sent pas comme les autres mais on ne sait pas si on arrivera un jour à faire quelque chose de ce monde hostile et lointain. Est-ce qu’il va continuer longtemps à avaler des cachetons contre la dépression, du thé chaud et des livres, à vivre du chômage et à s’enfermer dans la chambre de sa mère en griffonnant des mots qu’il finit par jeter ? Combien de temps va-t-il écouter ce morceau en boucle en se demandant si enfin dans un futur proche quelqu’un en fera de même avec sa propre œuvre ? Va t-il se sentir une nuit enfin en phase avec les autres personnes à une soirée ? Quand performer le genre ne lui attirera de se faire taxer de “tapette” dans la rue ? On sait que oui pour Moz, cela finira par s’arranger jusqu’à faire de lui l’icône des mal aimés mais à l’adolescence, difficile de savoir comment tout cela va tourner pour chacun de nous.
Jeune garçon en fleurs
Tenter d’échapper à ses racines ouvrières, désirer furieusement fonder un groupe, écrire en étant lu et s’extirper du quotidien auquel fatalement on semble destiné demeure un long chemin semé de doutes, d’embûches et de moments de désespoir à la solitude si profonde qu’on ne voit parfois plus l’horizon. Linder Sterling, l’amie artiste punk, libre et sexy qui l’aidera à être lui-même lui cite dans le film cette réplique clé d’Oscar Wilde : “Sois toi-même, tous les autres sont déjà pris”. Mais l’écrivain n’avait pas précisé quel combat c’était de cultiver ce soi en attendant qu’il parle et plaise à d’autres.
Portraits du jeune homme en poète

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