(Archives) Interview de Nabilla pour Glamour, réalisée en 2016, un peu avant son procès

 

Nabilla, nouvelle égérie Amélie Pichard

Rencontre : Nabilla nous décoiffe avec ses vérités

Par Violaine Schütz

Oubliez tout ce que vous savez. Les gros titres, les robes tubes en léopard, les extensions, la bouteille de shampoing, bref la Nabilla bimbo vendue par la télé réalité et la presse à scandale. En vrai Nabilla est une fille pas bête du tout, assagie, assez drôle et toujours cash. Mais c'est surtout une jeune femme consciente que son quart d'heure de gloire comme le drame avec Thomas est arrivé beaucoup « trop vite ». Et qui se bat au jour le jour pour enfin mériter son statut de starlette 2.0 et faire profil bas avant son procès.


Comment vas-tu Nabilla? (elle est en train de manger un burger à 17 heures, car elle n'a pas eu le temps de déjeuner avant et nous propose des frites, ndr)
Ça va beaucoup mieux qu'avant (sourire). Mince je crois que j'ai mis du sel au céleri au lieu du sel normal sur mon burger !

Comment t'es venue l'idée de ce livre, que tu as écrit avec l'aide de Jean-François Kervéan ?
Je réfléchissais à un moyen de m'exprimer car tout ce que je lisais sur moi provenait d'autres personnes et je n'avais aucun contrôle dessus. Je ne voulais pas attendre le procès qui aura lieu en mai pour dire toute la vérité. J'ai voulu jouer cartes sur table pour que les gens la découvrent avant.
J'ai bossé six mois sur livre, tous les jours, enfermée dans un Center Park.

Pourquoi avoir nommé cette autobio Trop Vite ?
Tout est arrivé trop tôt dans ma vie. Tous s'est passé trop vite, que ce soit l'ascension, la descente, la remontée. Dans la dispute avec Thomas, tout est allé « trop vite. » On m'a arraché de Touche Pas à Mon Poste « trop vite ». Cette expression revenait tellement souvent que je ne voyais pas d'autre titre possible.

Jusqu'à 12 ans, ton enfance à Genève ressemblait à quoi ?
Elle n'était pas si facile. Ma mère, Marie-Luce, est française d'origine chrétienne et mon père, Khoutir, est d'origine algérienne et très musulman. Ils n'étaient vraiment pas sur la même longueur d'onde au niveau de notre éducation ; Mon père nous empêchait, mon petit frère Tarek et moi de regarder la télé (surtout les filles dénudées et les scènes de baisers), pendant que ma mère disait : mais laisse-les voir comment ça se passe. Il nous interdisait le porc, ma mère voulait en manger. C'était compliqué de choisir son camp, sans vexer l'autre.


Ton père te traite de kafir (« mécréant » en arabe) quand tu commences à te maquiller. Et tu vas te vas te faire vomir quand tu découvres sans le savoir que tu as mangé des chips au bacon avec des copines. Est-ce que ces interdits t'ont poussé à t'émanciper ?
Oui je pense. Surtout que j'ai l'esprit de contradiction. Aujourd'hui, on ne se parle plus, et ça me fait souffrir. Mais je n'ose pas à aller le voir. Et dans sa culture, ce sont les enfants qui vont voir les parents.

Quand tu as 13 ans, tes parents divorcent, tu restes avec ta mère et ton frère s'installe avec ton père....Ta mère ne s'occupe alors pas vraiment de toi, comment le vis-tu ?
Pas très bien. Aujourd'hui, je comprends qu'elle ait voulu refaire sa vie. Elle faisait ce qu'elle pouvait. Je pense qu'elle n'était pas méchante au fond. Mais j'avais besoin d'elle. Elle sortait le soir, me laissait des mots sur le frigo en me disant : « je t'ai laissé à manger dans le frigo ». Je me sentais abandonnée.

Un jour, agacée par ses absences, tu brûles avec une bombe de déo et un briquet sa garde robe, dont beaucoup de vêtements lui avaient été offerts par ton beau-père ?
Avec le recul, ça me fait de la peine, car elle a du tout racheter et on n'avait pas beaucoup d'argent. Mais c'était un appel à l'aide, au secours. Je voulais qu'elle rentre, qu'elle s'occupe de moi. Je tournais en rond devant la télé ; Mes compagnons s'appelaient Evelyne Thomas et Delarue, devenus ma nouvelle famille. C'est là que j'ai un peu compris les mécanismes de la télévision, qu'il fallait être cash, sortir de bonnes phrases. Je n'avais que ça à faire de mater ces trucs. Et je suis d'ailleurs un peu devenu la Evelyne Thomas de mon entourage, donnant des conseils « love » aux copines, les écoutant, etc. Je voulais vraiment faire rire les autres, que tout le monde m'aime bien. 

Photo prise par Violaine Schütz chez Justine


Tu arrives à avoir de vrais amis aujourd'hui ?
Non, c'est pas évident. Tu ne sais pas pourquoi les gens viennent à toi. J'ai deux amies d'enfance, Jessica et Marie. Mais me faire de nouvelles copines, ça me semble compromis. Je suis devenue assez parano, les gens m'abordent pour m'enregistrer, me prendre en photo...

Avais-tu une héroïne à cette époque, qui t'aidait à tenir ?
Oui, Diam's. Sa force et ses paroles m'inspiraient. Surtout le morceau « daddy » que j'écoutais en boucle. Avec ces paroles : « mais si seulement t'étais là papa ? » Je l'écoutais en pleurant dans ma chambre. Ce qui est fou, c'est que je n'ai dit à personne que je l'aimais et qu'elle ne le savait pas. Et il y a deux mois elle m'a contacté pour me faire un coucou. C'était dingue. Je suis ai dit, « vas-y file moi tes textes, je vais les chanter, puisque tu ne veux plus le faire  »...(rires)

Tu te verrais chanter ?
Ah non, avec ma voix, vous allez canner.

A 15 ans, tu vis seule et enchaînes les petits boulots, vendeuse, hôtesse dans un centre de fitness et spa. Qu'est-ce que ça t'as appris ?
Que je ne voulais pas faire ça toute ma vie. Je me faisais vraiment chier, j'avais l'impression de me gâcher. Je savais que je n'étais pas trop moche et que j'arrivais à faire rire les gens. En plus les mecs qui venaient au spa étaient un peu bizarres, ils me faisaient des avances. Ça ne me plaisait pas trop. J'étais trop rebelle pour devenir escort girl !



Ensuite, tu déconnes en ouvrant des comptes en suisse car une amie te demande de rendre service à un pote, sans te dire pourquoi. Et tu n'oses pas la décevoir...
Et je me suis retrouvée deux mois en prison pour les petits, le centre de détention « Framboise ». Il n'y avait pas de télé, j'étais trop déprimée pour arriver à me concentrer sur un livre, même une BD. Et surtout je ne suis fait aucun ami, car personne ne parlait ma langue. Il y avait beaucoup de serbes, des roumains, de kurdes. On n'arrivait pas à communiquer. Je ne faisais absolument rien de mes journées. Ça m'a saoulé.

Est-ce que c'est cette solitude qui t'as permis de développé une fantaisie qui plus à accouché de phrases aussi étranges que : « Restes dans ta jalousie, moi je me suis dans mon jacuzzi » ou « j'étudie la durée de vie d'un glaçon au soleil » pendant les Anges ?
Peut-être. C'est drôle, ma grand-mère, Livia dit que je suis une grande fantaisiste !


C'est d'ailleurs mémé Livia qui t'as sauvé après Framboise ?
Oui je me suis enfui du centre pieds nus pour la rejoindre. Et elle s'est occupée de moi. Elle m'a appris à être patiente, et à me calmer. Elle comprenait que mes parents m'avaient délaissé et me soutenait inconditionnellement. Elle est toujours allé dans mon sens ou tenté de me comprendre.

C'est à ce moment-là que mineure, quelqu'un te repère sur Facebook et te propose l'Amour est aveugle ?
Oui j'avais mis des photos de moi avec du coton dans les seins, deux soutifs l'un sur l'autre (parce que je ne m' étais pas faite encore opéré), des lentilles bleues, des cheveu noirs jusqu'aux fesses, des robes léopard courtes avec de gros décolletés. Et mon profil était ouvert. Je crois que j'avais le profil type de la meuf de téléréalité, genre la bimbo de fou. J'espérais que quelque chose m'arrive à cette époque, j'essayais de m'envoyer de bonnes ondes en me concentrant sur mes rêves.

 Photo prise par Violaine Schütz chez Justine

Est-ce que tu es quelqu'un d'assez spirituel, voire mystique ?
Oui, je crois en la théorie du secret : nos pensées peuvent devenir des actes. A force de visualiser très fort quelque chose, on se crée ses propres opportunités.

C'est en faisant de la télé-réalité que tu rencontres Thomas Vergara, sur le tournage des Anges...
Ça a été le coup de foudre. Je me suis dit que ce mec était vraiment très beau, mais je ne savais pas si j'allais lui plaire. Grand, les yeux clairs, c'était le type parfait, une sorte de Ken. Je savais que je plaisais aux Noirs, aux Arabes, aux mecs plus vieux, mais ce genre d'hommes, je n'étais pas sûre de lui plaire, surtout avec mes faux-cils et mes robes pas possibles. Il devait avoir une meuf, des prétendantes, etc. Je ne me sentais pas irrésistible.

Pendant les Anges saison 5, vous vivez une vraie histoire d'amour, ce qui ne plaît pas tout à fait à la production. Ils vous demandent de rejouer des scènes qui se sont passés off car rien ne doit rester caché...Il y a d'ailleurs cette histoire que tu racontes dans ton livre, à Los Angeles, à propos d'un cygne....
Oui j'avais repéré une grosse peluche rose dans un supermarché. J'ai dit à Thomas : regarde, c'est un cygne. Il s'est moqué de moi en me disant « mais non c'est une dinde ou un poulet chérie ». Quelques minutes plus tard, il me l'avait acheté en secret, en me le tendant : « tiens, ton dindon ». C'était trop chou. Sauf qu'après, la prod ne savait pas quoi faire de cet énorme animal de 2m. Il est resté planqué dans un placard toute la saison, et personne n'en a rien su.

C'est pendant cette même saison des Anges que tu balances ton fameux « Non mais allô quoi ? T'es une fille, t'as pas de shampoing ? » 10 millions de vues en un mois sur youtube. Tu deviens un phénomène, on t'adule en même temps que tu fais l'objet d'un violent bashing.
C'était bizarre car j'étais à la fois aimé et haïe. D'ailleurs dans mon premier Grand journal, ils avaient titré : « Nabilla, adulée et détestée ? » Des gens m'adoraient, d'autres voulaient ma mort. Tout le monde me reconnaissait dans la rue, voulait ma photo, me filmait. J'essayais de me cacher. Hier j'étais chez Nike sur les Champs, je voulais juste faire du shopping, mais je n'y suis pas arrivé. C'est comme ça.
Nabilla en shooting pour Paulette


Tu dis qu'il y a un côté un peu absurde à devenir célèbre de manière aussi fulgurante alors que tu n'as rien fait. Tu expliques dans ta bio que « quand on n'a pas de statut, on devient vite un paillasson. » Mais dans ton livre, quand on voit les horaires de la téléréalité et la pression qu'il faut pour être toujours amusant, on découvre c'est quand même du taf...Comment tu t'en ais tiré pour montrer que tu n'étais pas « rien » ?
Quand je montais sur un plateau télé, j'essayais d'être drôle, d'avoir de la répartie, de créer le buzz, de montrer que je pouvais faire rire les gens. Ensuite Cyril Hanouna m'a fait confiance, en m'invitant comme chroniqueuse sur Touche pas à mon poste. Il avait repéré mes répliques et aimé mon passage sur Canal où j'avais donné des conseils au président.

Comment résumerais-tu la fameuse nuit du 6 au 7 novembre ?
Trop vite, trop triste, trop dommage.

Ton procès aura lieu en mai, tu risques sept ans de prison...tu flippes ?
Je n'ai tué personne. C'était une embrouille passionnelle. Une dispute qui a mal tourné.

Tu es allée en prison après cette nuit-là, à Versailles, comment c'était ?
D'abord un cauchemar. Je ne me suis pas lavée pendant une semaine, alors que j'avais toujours été coquette. Je restais cloîtrée dans ma chambre. Ça commençait à jaser surtout que je ne descendais pas me balader dans la cour avec les autres. Je ne voulais pas être nue sous la douche avec mes tatouages devant toutes les meufs. Et j'avais peur de ce que les autres pensaient de moi. En fait, je suis finalement descendue. Et là, j'ai découvert que les filles étaient super.

Il semble y avoir beaucoup de fraternité en prison. Tu parles d'une certaine d'une certaine Paulette, qui a tué son mari et sa maîtresse qu'elle a surpris ensemble au lit, et qui fait de super bons cookies pour tout le monde...
La prison c'est comme une famille. Les grands s'occupent des petits, les petits aident les grands, ceux qui savent écrire donnent un coup de mains aux mères de famille pour rédiger leurs lettres. J'en ai profité pour passer mon brevet, je me suis replongée dans les fractions, ce qui n'étais pas évident. La prison m'a fait redescendre sur terre. Je suis moins impulsive. Ça m'a calmé : fini le temps où je pouvais craché sur un guichetier de la SNCF qui m'avait mal parlé. La prison a remplacé un coach ! Même avec Thomas, dès qu'il y a une dispute, on se calme tout de suite, en se faisant un regard qui dit : « rappelle-toi. »

Nabilla en shooting pour Paulette


Tu sors beaucoup moins aujourd'hui ?
Plus du tout. Je vis à Aix-En-Provence. J'écoute de la musique, je regarde la télé, je me promène, je fais du shopping. Je vois ma famille, on se fait de bonnes bouffes. Je suis nulle en cuisine mais je prépare très bien les tagliatelles au saumon.

Tu as changé de look, tu es beaucoup plus sage qu'avant, comment ça s'est passé ?
Ça a commencé quand j'ai défilé pour Jean-Paul Gaultier. Il m'a mis un super mec, un styliste qui était son bras droit, dans les pattes pendant quelques jours qui m'a donné de bons conseils. Ensuite, j'ai rencontré ma styliste, Marion Malabre. J'ai beaucoup jeté de vêtements et accepté d'autres choses. Quand elle m'a ramené un 501, au départ, je me suis dit : « c'est un jean de 1900 ça ». Et puis je l'ai passé, et en fait ça m'allait. Aujourd'hui, je ne porterai plus de robes courtes, c'est mortel, ni de talons à plateformes. Si je mets des Louboutin, ce serait plutôt le modèle Pigalle, sans la plateforme, c'est plus chic quand même ! Sinon, je mixe des petites marques avec quelques pièces plus chères. Là aujourd'hui j'ai un blouson Zara (même pas en cuir) que j'ai acheté 40 euros, un haut Maje qu'on m'a prêté – on me prête des vêtements, mais je finis toujours par en acheter la moitié - et que je dois rendre, un jean Balmain que j'ai acheté et des baskets Yeezy de Kanye West. Sinon pour le maquillage, j'aime bien Too Faced, Bare Minerals et Mac

Comment tu vois ton avenir ?
En vrai, je ne veux rien faire. Peut-être du cinéma, de la fiction, mais plus de télévision. J'ai quelques rendez-vous. Bon je ne parle pas de rôles à la Marion Cotillard, mais un truc drôle et jeune, ça me dirait bien. J'aime bien le cinéma américain sinon, des blockbsuters comme Ocean Eleven ou Casino Royal. J'ai aussi envie de me marier et je me verrais bien avoir des enfants avec Thomas. Thomas, c'est ma vie. 

Nabilla en shooting pour Paulette
 
Tu viens de la mixité, comment tu as vécu les amalgames après les attentats entre musulmans et arabes ?
Je n'ai pas été concernée. C'est bizarre, mais les gens me voient comme une Française. Alors qu'il n'y a pas plus arabe que Nabilla (qui veut dire « noblesse de cœur ») comme prénom. Sinon je crois en Dieu, je connais des versets du coran, mais je suis tolérante et me sens plutôt occidentale. Ma belle-mère porte le voile, je respecte mais ce n'est pas ma culture.

Tu écris dans Trop Vite, « Le rapport à la féminité de certains musulmans est inadmissible, je pourrais signer des pétitions contre cette condition révoltante qui m'en a fait voir de toutes les couleurs. Mais personne ne m'a demandé car Nabilla est une conne de la téléréalité avec de gros nichons et le quotient intellectuel d'un pois chiche. » Tu te considère comme féministe ?
Oui. Les femmes et les hommes doivent être au même niveau. Les hommes doivent faire la cuisine eux aussi. Ce sont autant les tauliers que les femmes peuvent l'être. Le Moyen-Age c'est fini, on est en 2016. Je suis contre la gynophobie -le mépris des femmes-, un combat qui a été relancé par ma pote réalisatrice Liza Azuelos.

En exergue de ton livre, tu cites Rihanna : « Never a failure, always a lesson. » Quelle est ta devise à toi ?
« Crois en tes rêves » et l'autre qui est plus vieux jeu (on dirait mon père), c'est « respecte-toi et on te respectera ». Depuis que j'ai arrêté les sapes trop échancrées, on me regarde différemment.

Une question essentielle pour terminer, c'est quoi ta marque de shampoing ?
(rires) Kérastase !

Propos recueillis par Violaine Schütz (remerciements à Marion Malabre)

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