(Archives) Papier sur Crystal Castles paru dans Tsugi en 2010

Crystal Castles
Le piège (de crystal) se resserre



Auteurs d'un premier album de punk digital excité et excitant, le duo canadien Crystal Castles s'est imposé comme le symbole de toute une génération de jeunes dans le doute. Ils reviennent avec un disque de dreamy pop qui brouille les pistes, en brulant la game boy pour la voix envoutante de Mylene Farmer.

Impossible d'oublier le concert de Crystal du 29 août 2007, puisqu'on a bien failli perdre l'audition, en même temps que la vue, et la raison. Déflagration sonore tendant au bruit blanc, cris de furie psalmodiés par une jolie harpie gothique au dangereux regard bleu, lumières épileptiques, il nous aura fallu presque quatre jours pour nous débarrassés des acouphènes et lacérations dans l'oreille ressenties pendant cette performance sauvage aussi extatique qu'éprouvante. A l'image de leurs performances scéniques, le duo démentiel de Toronto formé par la post ado Alice Glass et le presque trentenaire Ethan Kath en 2005, s'est taillé une réputation sulfureuse. Né d'une rencontre lors d'une lecture donnée à des aveugles, dans un programme pour délinquants, CC (pour les intimes et leur fanbase hardcore plus que dévouée) n'est pas à un scandale prêt. En mai 2008, le groupe 8-bit collective les accusait de plagiat. CC a aussi copié-collé des samples venant de la communauté virtuelle chiptune sans mentionner leurs auteurs, et utilisé un artwork de l'artiste britannique Trevor Brown sans son autorisation (l'image d'une Madonna avec un oeil au beurre noir). Mais ces allégations n'empêchent pas le groupe de devenir, en quelques EPs, remixes (Klaxons, Bloc Party) et un album éponyme de punk 8Bit bidouillé, brouillon, inégal et souvent inaudible, le défouloir idéal de kids en sweats à capuche nourris à la lecture de Vice magazine et aux clips de Gavras. CC, on aime ou déteste, mais on n'en sort pas indemne.

Révolte adolescente
CC aurait pu en rester là, ils n'en demeureraient pas moins fascinants, leur folie furieuse, leur jusque boutisme et la sur-saturation d'un son tout sauf lisse, étant d'un modernisme assez hallucinant. Mais
leurs démos rèches et leurs cris primaux auraient finis par lasser. Leur deuxième album éponyme révolutionne le palais CC et déconstruit la forteresse d'acier pour élaborer de vraies chansons façonnées par couches comme des châteaux de cartes. Planantes et atmosphériques à l'image de la sublimissime « Celestica », de la synth pop rêveuse et tourmentée qui rappelle une Mylene Farmer déringardisée, la plupart des nouveaux titres sont fragiles, cristallins, poétiques et fortement émotionnels. Préférant les expérimentations de Brian Eno à la frénésie tranchante du punk digital et des jeux d’arcade, CC explore désormais le côté Virgin Suicides, éthéré, de la révolte adolescence. Résultat? La mélancolie de ritournelles comme « Baptism » ou « Empathy » se révèle au final plus bouleversante que les hallucinés « Doe Deer » et « Fainting Spells », brulots bruitistes typiques des débuts du duo. En faisant le choix de la violence rentrée, Ethan et Alice parviennent finalement à toucher et à déranger plus profondément qu'avec la rage brute d'antan. Vraiment très fort.

Crystal Castles (Universal)
www.myspace.com/crystalcastles

Violaine Schütz




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