(Archives) Coco Moore pour Jalouse (paru en avril 2016)

Coco Gordon Moore : sonic girl


Cette héritière de la scène art-rock des années 80/90 enfantée par les leaders du groupe culte Sonic
Youth, a posé pour Marc Jacobs, monté un projet punk et fait ses premiers pas dans la peinture
underground. On vous dit pourquoi cette bombe grunge de 21 ans est la « fille de » la plus excitante
du moment.

Avec son regard clair paumé, sa silhouette de top, ses longs cheveux blonds et sa moue
pulpeuse, Coco ressemble à un croisement entre une Courtney Love jeune, une Bardot grunge,
Jemima Kirke et Chloë Sevigny. Ce physique peu commun l'a conduit à poser pour de nombreux magazines branchés outre Manche ainsi que pour des campagnes mode. Elle s'affichait ainsi chez Marc Jacobs l’an dernier, et chez Madewell en février. Touche-à- tout décomplexée, elle a aussi formé un groupe bruitiste intitulé Big Nils et peint à l’acrylique des toiles abstraites assez torturées parsemées de phrases énigmatiques. Des activités créatives peu étonnantes vu son pedigree.


Jeunesse sonique
Difficile de faire plus cool comme parents que Thurston Moore, chanteur guitariste aux cheveux
longs et au look d’éternel adolescent et Kim Gordon, vocaliste/bassiste ultra lookée et sexy. Pendant
plus de vingt ans, dans Sonic Youth, groupe alternatif avant-gardiste new-yorkais, ils ont incarné
l’un des couples les plus mythiques du rock et de la contre culture. Après des années passées dans
l’underground de la Big Apple des années 1990, et à faire beaucoup de bruit sur scène, ils gagnent
en notoriété dans les années 1990 avec une signature chez Geffen et un son plus pop. Neil Young
les convie à faire leur première partie et le quatuor devient ami avec Nirvana avec qui ils partent en
tournée en 1991. Avec des disques comme Goo et Dirty, ils créent la bande-son idéale de la
génération X, désabusée par l'absence de perspectives professionnelles et adepte d'une imagerie minimale refusant le glam et le consumérisme. La bien nommée jeunesse sonique aura ainsi une influence majeure sur le mouvement « grunge », cette non mode adoptée par les kids de l'époque.





En 1994, le groupe sort l’un de leur meilleurs albums, Experimental Jet Set, Trash and No Star.
Mais surtout, le 1er juillet, le couple Moore/Gordon accouche d'une petite fille, Coco Hayley qui prend les noms de ses deux parents. Dans son autobiographie intitulée Girl In A Band, sortie l’an
dernier aux Éditions Le Mot et le Reste, Kim Gordon, amie intime de Kurt Cobain, raconte : « À
l’heure où j’écris ces lignes, Kurt est mort depuis vingt ans ; Coco en aura vingt cet été. 1994,
l’année où ma fille est née et celle où Kurt est mort, a sûrement été la plus heureuse de ma vie, mais
la plus amère aussi, car la joie y fut aussi extrême que la tristesse. » Ce qui explique peut-être
pourquoi Coco déclarera à Dazed And Confused, en 2015 : « J'ai vu aux premières loges ce que la célébrité pouvait faire à une personne, et je n'ai aucun intérêt dans celle-ci. »

Une enfance sur la route
Punk, passionnés et prolifiques, les parents enchaînent les disques, les tournées, les projets solos et
les échappées vers d’autres d’autres arts (expos, cinéma). Mais pas question pour eux de tout arrêter
à cause de la parentalité. Ils amènent donc Coco partout. Encore bébé, on la voit sur des clichés
avec William Burroughs et Allen Ginsberg ou en backstages avec tout le gratin rock de l'époque. Enfant, elle pose avec ses géniteurs pour Juergen Teller. Pourtant, tout est loin d'être rose pour la petite, comme la mère l'explique dans Girl In A Band. Kim doit répondre à des questions pénibles telles que : « Qu'est-ce que ça fait d'être une femme/une mère dans un groupe de rock ? (…) Même si l'homme est convaincu que les parents devraient être égaux, ce n'est jamais le cas. Ce n'est pas possible. La plupart du temps, c'est la femme qui se retrouve à élever l'enfant ». En tant qu'artiste ultra active et féministe convaincue, la bassiste cale les tournées sur les vacances scolaires. Mais elle avoue : « Rien n'est jamais assez bien. Aucune femme ne peut accomplir tout ce qu'elle a à faire. On ne peut pas tout être à la fois - une mère, une compagne, une amante, tout en restant efficace au travail. » En octobre 2011, Kim et Thurston divorcent, après 27 ans de mariage - une durée canonique dans un milieu où le coups d'un soir et les groupies sont légion - à cause des infidélités. Le groupe devra alors se séparer, laissant leurs fans inconsolables.






Ma mère cette idole 
Coco considère sa maman comme sa plus grande influence, en matière d'art comme en mode. En mars dernier, elle racontait au magazine Interview : « Ma mère a toujours été une immense icône
pour moi. J’essaie d’inclure des parties de son style dans le mien. » Car, précurseuse des
slasheuses, Kim Gordon ne s’est pas contenter de tenir la basse, elle a toujours eu un sens du style
épatant, coloré, aventureux et arty. Dans les années 1990, elle a crée une ligne de vêtements
devenue cultissime, qui faisait du « normcore » avant l’heure, X-Girl. Elle s’accoquinait avec Sofia
Coppola et découvrait alors Chloë Sevigny, choisie comme mannequin. Puis Marc Jacobs, Calvin
Klein et Hedi Slimane pour Saint Laurent ont fait de Gordon leur égérie. Styliste pour Urban
Oufitters et Surface To Air, actrice vue chez Gus Van Sant, Richard Kern, Olivier Assayas, Todd
Haynes et la série Girls, commissaire d’expos, artiste plasticienne, auteure d'essais, membre d'autres groupes à l’esprit « riot girl » ou encore productrice du premier album de Hole, elle ne s’est jamais rien interdit.

T’as le (no) look Coco
Coco semble avoir tiré les leçons de vie de son héroïne de mère. Son attitude simple – son compte
Instagram est privé – héritée des valeurs punk de ses parents, son refus de la célébrité et des
événements mondains émeut. Dans un monde où « les filles de » cherchent toutes leur seconde de
gloire à tout prix, elle se rapproche plus d’une Frances Bean Cobain, la fille de Kurt Cobain et
Courtney Love, qui expose ses œuvres picturales sous pseudo et clashe Kendall Jenner et Lana Del
Rey sur Twitter. Low-profile et normale, elle a demandé à faire retirer sa page Wikipédia, refusant
de jouer les starlettes dépourvues de talent. Et au lieu de poser, elle préfère créer dans l'ombre ou poster des photos sans maquillage et en t-shirt N-Synch sur son Facebook. Quand elle était enfant,
elle ne rêvait ni de faire de la musique, ni de l’art, mais d’être vétérinaire. D'ailleurs, elle ne vit pas à L.A ni à NY, mais dans l’Illinois. Coco y étudie les arts plastiques pour son second semestre à
l’Art Institute de Chicago, une ville bon marché et pas show-off pour un sous. Sa spécialité ? La
peinture, qu’elle pratique parfois sept heures d’affilé, trois jours par semaine et le dessin. Le reste
du temps, elle aime rester chez elle avec ses colocs, à écouter de la pop détestée par ses parents,
regarder la télévision et boire du vin rouge. Sur l'une de ses peintures, on peut lire : « Today I spent 14 hours in my room on my computer. » Voilà ce qui se passe quand a eu des parents beaucoup trop pointus : se révolter consiste à mater en replay de la télé-réalité sur son canapé avec un verre de
Beaujolais.

http://cargocollective.com/cocogm
http://cocomoore.tumblr.com/

Violaine Schütz

Commentaires