(Archives) Première interview de Poni Hoax parue dans la presse, c'était pour Trax, en 2006




Poni Hoax
Philo, sexe & rock’n’roll

Nicolas Ker, le chanteur-dandy de Poni Hoax parle comme le lapin d’Alice au Pays des Merveilles, et aime Patrick Juvet. Laurent Bardainne, le compositeur du groupe, adore, quant à lui, Robert Palmer. Faut-il pardonner leur mauvais goût ? Oui, car le premier album éponyme du quintet français, déjà plébiscité par Optimo et Morpheus en DJ set, sonne sans doute comme ce qui se fait de mieux aujourd’hui en matière d'électro pop post-punk hantée et lumineuse.

Il faut imaginer le tordant de la scène. Un dimanche ensoleillé, 19h30, dans un des derniers bistrots de Montmartre ayant résisté à l’invasion d’Amélie Poulain, pendant que des petits vieux jouent au billard, Nicolas, chanteur de Poni Hoax, trois bières dans le gosier, se lève au son des premiers accords d’«I Love America», met ses boots sur la table, enfourche des lunettes noires tout droit sorties de Délivrance, le film, et se met à hurler du Patrick Juvet. Ca, c’est juste avant de nous avoir livré sa théorie liant l'inertie du chaos à l'alcoolisme et d'embrayer sur Wittgenstein, comme symbole de l’échec.
Ce n’est pas tous les jours qu’une interview vire en débandade philosophico-potache, et il est bon de le noter. Car, ici, la pose n’est pas empruntée, elle n’est que l’expression d’une musique surprenante, décrite (un peu vite) par Feist dans le New York Times comme du «dark disco». Encore faut-il ajouter que ce punk bacchanal qui doit autant à Joy Division que Jacno, n’est jamais facile, ni trop référencé, mais d’une ambition musicale folle.
« Les musiciens d’aujourd’hui, explique Laurent, manquent d’ambition. Quand tu lis une interview de Franz Ferdinand, qu’on adore au demeurant, ils disent qu’ils savent que ça ne va pas durer, qu’il faut faire des singles. Je trouve cette lucidité, cette volonté de coller aux besoins du marché, flippante. » Nicolas poursuit : « Dans les 60’s, il n’y avait que des bons disques qui sortaient en même temps (les Doors, le Velvet, les Beatles) et c’était normal. Depuis deux décennies, dès qu’il y a un disque un minimum ambitieux comme Ok Computer ou Mezzanine, tout le monde crie au miracle. Pour moi, une des raisons de cette décadence, c’est que depuis les 80’s, et l’avènement du SIDA, il y a eu une désexualisation de la musique. Nous, on veut resexualiser le rock (d’où la fille nue sur la pochette de leur disque, ndr). Marre de ces mecs pas sex comme Interpol et de ces crevettes asexuées de chez Hedi Slimane ! »
Des propos ambitieux, mais Poni Hoax ont les moyens d’être exigeants. Des paroles philosophico-sexuelles originales d’abord, puis des mélodies hallucinantes empruntant à tous les genres. « On veut faire des disques intemporels. Nous venons du free jazz, du surf, et apprécions des choses aussi diverses que la no-wave, le classique, les Violent Femmes, les Stooges, Robert Palmer. « Johnny and Mary », quelle chanson ! »
Toujours à la lisière du mauvais goût, Poni Hoax font de la musique de backroom, mais rêvent de villa lumineuse et de clips avec Mariah Carey, dans lesquels ils laveraient (torse-nus) sa bagnole. «Mariah est géniale. Mais ma référence ultime c’est Céline Dion. Une femme qui s’habille en pharaon lors de son mariage avec René à Las Vegas, et décore sa maison de manière kitsch, moi, ça m’influence. Tout comme Paris Hilton. Elle me fascine. C’est la représentation parfaite de l’Occident. D’un côté, tu as Ben Laden, de l’autre Paris. Je suis en train d’écrire un livre portant son nom, qui traite de Dieu.» On sourit aux propos alcoolisés de Nicolas, en pensant que c’est rare que la musique soit aussi bonne que la descente.


Poni Hoax (Tigersushi)



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