(Archives) Interview de Boys Noize pour Tsugi

Alors que Boys Noize sort un nouvel album, voici une ancienne rencontre avec lui.

Revolution 808




On croyait l’Allemagne complètement minimale, et puis, il est arrivé : Boys Noize. Nom pluriel cachant un seul homme, Alex Ridha, jeune Berlinois multi-facettes qui depuis deux ans fait figure de plus belle promesse électronique mondiale. Confirmation avec un premier album rare, entre techno élitiste et funky-électro-rock pour tous.

Je fais de la “power-electronic-banging-techno”. Oubliez toute cette merde de new-rave. Ici commence la fête techno”! Boys Noize, 24 ans, n’est pas peu fier. Mais il a les moyens de son discours. Non seulement son premier album, Oi Oi oi -que l’on attendait impatiemment après deux ans de maxis et remixes rutilants- ne déçoit pas, mais il prouve aussi qu’il y a un après Justice. Rencontre avec le nouveau petit prodige du compresseur et de la roland tr-808 qui compte parmi ses fans les Daft, Erol Alkan, The Rapture, Marilyn Manson…Et peut-être vous.

Le grand frère
Hambourg. Son lac artificiel, ses espaces verts, ses petits vieux et son ennui profond. Alex Ridha, ado errant dans la ville ne sait pas trop quoi faire de ses journées et de sa créativité débordante. A 14 ans, il tague les murs d’Hambourg de mots forts et prometteurs. Parmi eux, « Boys Noize ». L’Allemagne est bien calme, mais déjà le garçon rêve de bruit et de fureur. Un grand frère de 10 ans son aîné lui fait alors écouter de la house de 86-87 sans qu’il ne sache encore qu’il s’agit de musique électronique. « Mes parents m’avaient inscrit dans une école de piano à 12 ans. Mais moi, je voulais jouer de la batterie à tout prix. Du coup j’ai appris tout seul en écoutant mes morceaux préférés et en essayant de les reproduire. Et puis, à 14 ans, j’ai trouvé un logiciel tout pourri sur mon ordinateur pour faire des tracks. J’ai écrit mon premier morceau à 16 ans dans le studio d’un pote. La sensation ressentie en créant des morceaux entièrement tout seul a été si forte que je n’ai pas dormi beaucoup pendant deux semaines, durant lesquelles j’ai enregistré 15 chansons. C’était fantastique comme sensation ! »

Berliner
A 21 ans, amoureux, Alex, qui a appris les techniques de production en cinq ans, déménage à Berlin pour suivre sa petite-amie. C’est là qu’il commence vraiment Boys Noize. Remarqué dès 2003 par Dj hell, qui signe son premier maxi sur son label Gigolo, il devient rapidement un jeune DJ over-booké (du Japon aux USA en passant par l’Australie), multipliant ses productions sous son nom ou d’autres pseudos (comme Puzique). Mais ce sont surtout ces remixes qui attitrent l’attention. Ceux qu’ils signent pour Depeche Mode, Bloc Party et Kaiser Chiefs imposent son style à la fois rude et groovy, avec quelque chose de punk et de surpuissant à la fois dans sa manière de maltraiter les pointures rock dans le monde entier. Sa plus belle relecture demeurant celle du « My Moon, My Man » de Feist, somptueuse rencontre entre la brutalité rentrée du premier et la sensualité trouble de la comparse de Gonzales. « Feist, c’était le challenge parfait et j’aime les défis. J’adorais sa voix et je voulais faire quelque chose de « doux » pour elle. Je ne peux pas remixer une chanson que je n’aime pas. Pour moi, un bon remix, c’est quand la musique est totalement différente mais que tu as réussi à garder le feeling de l’originale. »
Punk un jour…
Mais Alex ne se contente pas de remixer les autres, c’est aussi un défricheur. En 2005, il fonde son propre label, Boys Noize Records, pour bénéficier de plus d’indépendance. « J’avais beaucoup de morceaux que je voulais sortir et les labels sur lesquels ils étaient parus auparavant mettaient tous un an à les éditer. Il s’agit plus d’avoir une plateforme pour ma musique et pour délivrer de la bonne électro en donnant à de jeunes inconnus (comme le duo corse Les Petits Pilous, ndr) la chance de sortir leur musique que d’avoir deux remixes pour plaire aux fans de minimale. Mais je n’ai jamais fait de promo, ni de marketing ou de management. Et je ne collaborerai jamais avec une boisson énergétique ! Du coup, le label reste underground. C’est pourquoi les fans ont le sentiment que Boys Noize Rec est leur truc à eux et que personne d’autre ne le connaît, et qu’ils l’aiment. »
Indépendant, DIY, et farouchement opposé à tout formatage, l’attitude d’Alex est exemplaire. « Ce qui m’intéresse en musique, c’est l’originalité, ce qui n’a encore jamais été fait. » Son premier album, qui ne s’intitule pas Oi Oi oi, pour rien, est dans cette lignée. L’œuvre d’un chanteur-dj-producteur autodidacte qui a sort l’objet sur son propre label, et impose son « style » à l’image de la tête de mort-boule à facettes de sa pochette. Entre ombre et lumière, dancefloor et cave, bruit et mélodie, tristesse et joie, Boys Noize, ex ado révolté est peut-être aujourd’hui père d’une révolution.

Oi Oi oi (Boys Noize Rec/La Baleine)
www.myspace.com/boysnoizemusic


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