Saga sur "Cara Delevingne actrice" parue dans Jalouse en septembre dernier


Cara Delevingne fait son cinéma : Des catwalks aux red carpets

Alors qu'aucune top de sa trempe n'a réussi à briller dans la voie lactée hollywoodienne, Cara Delevingne, 23 ans, est en train de réussir son tour de force en s'imposant comme une vraie actrice. Sans douce parce qu'avec son côté punk et anticonformiste, loin du pedigree d'Anglaise bien née, elle n'a jamais vraiment jouer le jeu du fashion pack.

6600 euros. C'est le prix qu'il en coûte pour avoir les sourcils de Cara Delevingne à vie. Le Dr. Keith Durante, installé à New-York et Southampton, a en effet mis au point le "Cara package" soit une greffe de sourcils pour filles à l’arcade anémiée en mal de branchitude. Et le kit s'arrache. C'est dire si le visage omniprésent du top est devenu un canon. Dans les années 90, les filles voulaient le carré long effilé normcore avant l'heure de Jennifer Aniston dans Friends. Aujourd'ui, elles demandent les sourcils plein de caractère de Cara. Comme Karl Lagerfeld avec son catogan, ses lunettes et sa ligne blanche et noire, la mannequin anglais a imposé son allure (bonnets, regard particulier et tatouages), comme un logo. D'ailleurs Lagerfeld l'adore. Il vante chez cette it girl moderne « pleine de vie et de peps », « son côté Charlie Chaplin », «  son petit visage, ses sourcils épais, et sa silhouette d'oiseau gracile.» Depuis 2011, où elle a débarqué telle une rafale dans la sphère fashion, Cara les affole tous. À dix-huit ans, tout s'emballe quand Burberry l'a fait défiler pour la première fois. Elle pose ensuite pour V magazine, Jalouse, Harper's Bazaar, I-D, W, Love, Numéro, Interview et Vogue. En 2012, elle est élue « mannequin de l'année » par l'organisation britannique British Fashion Council. Chanel, Yves Saint Laurent beauté, Mulberry, DKNY, Pepe Jeans et Saint Laurent en font leur égérie, ainsi que Topshop, H&M, Zara. Cara est tout terrain. La tornade défile pour Dolce & Gabbana, Stella McCartney, Jason Wu, Chanel, Lanvin, Marc Jacobs, Fendi, Victoria's Secret et Donna Karan. Résultat des courses ? En 2014, Miss Delevingne apparaît dans la liste des mannequins les mieux payés au monde avec un salaire annuel estimé à 3,5 millions de dollars par le magazine Forbes. A 7 ans elle posait déjà pour le Vogue italien sous l'objectif de Bruce Weber avant que Sarah Doukas, la directrice de l'agence Storm, et mère de sa meilleure amie d'école ne la repère. Mais pourquoi tant d'amour ?

Le retour de l'individualité dans la mode
Dans les 90's, les mannequins étaient des super stars, mais leurs beautés normées en faisaient des portes manteaux idéaux. Seule -jolie- tâche au tableau ? Kate Moss, l'enfant de la banlieue populaire de Croydon, petite brindille accro aux rockeurs qui a révolutionné l'image du top. Depuis, échaudés par le 11 septembre, les agences n'investissaient plus dans des beautés atypiques mais attendaient en secret impatiemment leur nouvelle Kate, celle qui changerait la donne et redonnerait vie et sauvagerie aux podiums. Et il faudra attendre le physique frais et racé détonnant de Cara (que Mario Testino compare à Moss) : un 1,73m en dessous de la moyenne des consœurs, un regard bleu vert ciel un brin mélancolique, une moue boudeuse, espiègle, mutine, déterminée, un nez en trompette, une tignasse blonde qui rappelle l'innocence de l'enfance et ces grands sourcils bruns épais et broussailleux. Sa beauté n'est pas conventionnelle. Au départ, certains insiders trouvent même qu'elle n'a pas « le physique mannequin ». Son look hors défilé fait aussi dans sa différence, attirant les jeunes filles en mal de modèle qui s'identifient à elle, l'imitent et se surnomment « la Cara army ». Débraillée, négligée, la blonde apparaît en public ni coiffée ni maquillée, comme une touchante réminiscence de l'authenticité du grunge, sans cesse ressuscité en période de crise. Bonnets larges aux slogans originaux (parfois stupides), allure gender fluid, baskets, pantalons larges, sweats, t-shirts à messages, au quotidien, Cara, c'est l'anti-Kardashian : une fille de son temps qui refuse la tyrannie de la société du paraître. Une attitude de tomboy très 2015, qui décomplexe et qui, dans son refus des codes d'élégance et de séduction, s'avère assez féministe et vivifiante.
Icône 2.0
Et cette attitude paie. Son compte Instagram qu'elle abreuve à longueur de journée de selfies et de moments « backstage » affiche 17 millions de followers. Le slogan affiché la résume : « Don't worry, be happy ❤️ Embrace your weirdness ? STOP LABELLING, START LIVING ». Sur Twitter, 3 millions de personnes se passionnent pour ses aventures, racontées avec assurance, enthousiasme et naïveté. Contrairement aux filles d'Instagram qui font semblant de manger et de faire du yoga, Cara se montre sur les réseaux sociaux avec des hamburgers, sodas, tirant la langue, louche, grimace. Elle adore enfiler d'improbables grenouillères de déguisements d'animaux, des costumes d’œufs au plat ou de hot dogs. Elle s'est même fait tatouée le mot « bacon » sous le pied par passion pour le morceau de porc croustillant. Elle apparaît aussi sur les réseaux comme une fêtarde invétérée, toujours entourée d'amis VIP (Pixie Geldolf, Kendall Jenner, Karlie Kloss, Taylor Swift, Georgia May Jagger, Rihanna, Rita Ora surnommée sa « wifey », petite femme), enchaînant avec le sourire défilés et soirées jusqu'à ce qu'un jour de 2013, des paparazzi la surprennent, un sachet de poudre blanche à la main. Mais personne n'a semblé choqué. Sans doute parce que la présence sur la toile de Cara trahit une liberté de ton assez fun et sans filtre symbolisant la génération Y/geek/lol/émoticônes et personnifiant l'époque. Par rapport aux autres tops, qui essaient de rester dignes et splendides en toute circonstance, Cara, elle, semble détachée de tout ça, et s'amuser de son statut. Elle ne cherche pas à être sexy et féminine à tout prix. Si Kate Moss séduisait par son mutisme et son mystère, la petite nouvelle fait dans l'abordable et l'hyper communication, même si sa dernière interview n'était pas très rodée. Elle foirait en effet une apparition TV pour la promo du film Paper Towns à Sacramento et la plèbe se jetait sur elle pour la lapider. Mais Cara, loin de s'excuser, déclarait sur Twitter : « Certaines personnes ne comprennent juste pas le sarcasme ni le sens de l'humour anglais. » La blonde farouche l'a bien compris : les réseaux sociaux la rendent plus puissante que les marques, elle-même étant devenue une marque digitale. Elle ne dépend ainsi plus du bon désir de l'autre, de la volonté des créateurs, forte de ses followers prêts à la suivre partout. Elle peut tout se permettre.

Une vie privée rock'n'roll
Mais derrière ses airs de bonne copine à laquelle on s'identifie, Cara est une séductrice née, dont Tyronne Wood (fils de Ronnie Wood des Rolling Stones), Harry Styles de One Direction, Justin Bieber et le chanteur anglais Jake Bugg ont partagé le lit. Elle aurait même refusé les avances de Léo DiCaprio, qui, on le sait, aime les blondes, surtout celles qui défilent (hors de sa chambre), à Cannes en 2013. Elle avoue aussi être bisexuelle. Elle a vécu une idylle de quelques mois avec l'actrice Michelle Rodriguez, en 2014. Au moment où on écrit ces lignes, elle vient de rompre avec la chanteuse indé américaine St. Vincent, avec qui elle sortait depuis décembre 2014. A ceux qui l'accusaient que son homosexualité n'était qu'une phase, elle a répondu dans le New York Times : « Je suis comme je suis, ce n'est pas une phase, j'aime les hommes et les femmes. Et chacun devrait avoir le courage d'être qui il est ». Mais ce sont des filles dont Cara semble tomber follement amoureuse : « Dans ma vie, je n’ai été blessée que par des femmes, à commencer par ma mère », confiait-t-elle au Vogue UK. Et sa mère, il y avait de quoi.

Un pedigree stylé 
Si Cara a de très bons gènes, sa famille est aussi dorée que viciée. La petite fille très posh a grandi dans le quartier chic de Londres de Belgravia, dans la « haute ». Sa grand mère était la dame de compagnie de la princesse Margaret. Et son grand père, Sir Jocelyn Stevens, une figure de la presse iconoclaste, décédé l'an dernier. Ce directeur du London Evening Standard et du Daily Express. jetait les machines à écrire par la fenêtre et hurlait sur ses employés lorsqu'il était mécontent. Ce magnat carnassier surnommé « dents de piranha » pouvait aussi se montrer flamboyant, comme lorsque, pour fêter ses 50 ans, il faisait flyer 130 amis à Gstaad pour un bal où les tables étaient décorées de diamants et de pierres précieuses. Mais il n'hésita pas à montrer ses fameux crocs, pour sortir sa fille, Pandora, la mère de Cara, d'un squat new-yorkais où elle succombait à une overdose d'héroïne, l'envoyer en rehab en Suisse et faire enfermer son dealer. Chroniqueuse pour Vogue avant de devenir personal-shoppeuse pour le grand magasin préféré des mamies anglaises argentées, Selfridges (habillant même la Duchesse de York), Pandora, beauté fulgurante et party girl des 80's, était encore plus accro à la drogue qu'à la mode. A 20 ans, un tabloid anglais relatait un événement haut en couleur : tout en cuir (et portant dans son sac une baïonnette), elle dansait avec des amis punk sur les tables d'un club, dont elle se fit bannir. Autant dire que la clubbeuse n'avait pas l'instinct maternel et ses absences répétées ont laissé des traces chez ces filles. Elle se bat encore aujourd'hui contre ses addictions, tout en écrivant les mémoires de sa descente aux enfers. Pour compléter ce tableau de socialites accros aux fêtes et au pouvoir, le père de Cara, Charles, ancien célibataire très convoité, issu de la grande bourgeoisie de Londres, est un grand investisseur immobilier toujours bronzé et séduisant. Et sa marraine n'est autre que l'actrice-diva choucroutée ultra bling Joan Collins. Drôle de fée pour débuter dans le grand monde.

Chelsea girls
Quant à la grande sœur de Cara, Poppy, beauté classique fine et distinguée, femme mariée, mannequin et « it girl », elle a quand même réussi à choquer. Au dernier au bal du Met Gala en mai dernier à New York en robe Marchesa décorée avec des coquelicots en déclarant : « Je suis déguisée en opium ». Cela a été perçu comme une référence au symbole de l'agression british pendant les guerres d'Opium de 1800. Même l'autre sœur aînée, la chelsea girl Chloé, médecin, apparemment la plus sage, a quand même quitté son mari au bout de 17 mois de mariage pour le meilleur ami de ce dernier. On a connu plus chic. Si Cara était scolarisée au sein de la prestigieuse Bedales School et que les trois sœurs ressemblaient aux filles populaires du lycée, de bonne famille, minces et blondes, qui aux États-Unis, auraient été cheerladers et reines de promo, la réalité était moins rose. Avec une mère junkie, Cara qui ressemblait, enfant, de son propre aveu à la poupée horrifique Chucky, a manifesté très tôt un mal-être qui l'amena dès l’âge de 9 ans, chez les psys. A 15 ans, elle vit sa première dépression, se déteste, se frappe la tête contre les murs, s'entaille et se griffe. Ce côté torturé dont elle a sans doute gardé des séquelles, la prédestinait à autre chose qu'être la simple reine ultra connectée du papier glacée. Seul le chaos peut accoucher d'une étoile, comme le disait Nietzsche et le démontrait Marilyn Monroe. Et ce passé névrosé a de quoi nourrir Cara au delà de l'idole des jeunes, et donner de la profondeur à une apprentie d'actrice.

Une comédienne née
Ça tombe bien, car comme Cara ne cesse de le répéter dans les interviews (notamment en mai dernier dans le WSJ), Cara se fout de la mode qu'elle juge « vide et superficielle ». Ses passions premières ce sont le cinéma et la musique. Elle chante (excelle dans le beatbox), joue du piano, de la guitare, de la batterie et aurait enregistré deux albums (inédits) sous la houlette de Simon Fuller, ex-agent des Spice Girls. Aujourd'hui, elle veut être actrice et le pire, c'est que ça pourrait marcher. Parce que depuis le départ, Cara, ne semble faire que jouer et s'amuser de tout. Elle a préparé le terrain, en traitant sa carrière de top comme un accident. Et quand elle apparaît à l'écran, c'est une évidence. En princesse Sorokina dans Anna Karenine (2012), elle ne dit rien, mais s'avère très expressive. Elle est aussi convaincante que n'importe quelle starlette débutante prometteuse dans The Face of an Angel de Michael Winterbottom (2014), qui la compare à Julie Christie dans sa manière de projeter beaucoup de choses à l'écran. Cette année, on la verra dans Tulip Fever de Justin Chadwick, London Fields de Mathew Cullen, Kids in Love de Chris Foggin puis dans Pan de Joe Wright, et dans le très attendu Suicide Squad de David Ayer en 2016 ainsi que dans le prochain Besson, Valérian, été 2017. Mais son grand rôle c'est pour l'instant dans l'émouvant La Face cachée de Margo de Jake Schreier, qu'elle le tient. Dans cette adaptation de l'auteur fétiche des teenagers sensibles (John Green, à qui l'on doit Nos Étoiles contraires), elle incarne avec un charme réel le rôle principal, celui de l'ado énigmatique Margo qui vit des aventures épiques et fascine le héros par sa beauté, son énergie rebelle et son étrangeté. Quand elle disparaît mystérieusement, il est prêt à la suivre au bout du monde. Et c'est un peu ce qu'on ressent quand on voit ce qui se dessine déjà chez Cara l'actrice. Un tempérament peut-être aussi dense, intense, sombre que sa fameuse ligne de sourcils.

Violaine Schütz

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