Itw de Booba - Texte et Nathalie 6 et Violaine Schütz pour le Bonbon Nuit (archives)


Booba
Futur is b(l)ack
Texte : Miss Sixty-Six et Violaine Schütz

Le duc de Boulbi (Boulogne Billancourt), l’empereur du gansta rap français, le bitume avec une plume, est de retour dans les bacs depuis fin novembre, avec son dernier album Futur, dark, mélodique et puissant. Encore et toujours n°1. Les années passent mais pas sa rage ni son talent d’écriture. Exilé à Miami, Élie Yaffa (de son vrai nom) pose ses corones sur la table, et nous parle musique, nuit, argent, rap game, business, chanson française et coups durs.

Vous avez été numéro 1 avant même la sortie de l'album sur Itunes, ça vous étonne ?
Non, et j’en suis très satisfait. J’étais déjà numéro 1 avec les précédents albums. Mon but c’est donc de le rester. C’est normal.
Les fuites qui ont eu lieu sur le Web de l’album proviennent d'où, vous en pensez quoi ?
Ça ne me plaît pas particulièrement, je préfère que les gens achètent mon disque, mais c’est tout le temps comme ça maintenant. Dès que vous envoyez l’album à la Fnac et chez les principaux disquaires, vous ne maîtrisez plus rien. Une semaine avant la sortie officielle, quand les disques sont encore en stock, les fuites sont inévitables.
Vous téléchargez vous-même des morceaux ?
Je ne dis pas que je n’en ai pas du tout chez moi, mais c’est rare. Je ne suis pas du tout un pro de l’informatique qui passe tout son temps sur Internet.
Pourquoi ce titre, Futur ? Dans Caesar Palace (chanson extraite de l'album Lunatic sorti en 2010), vous chantiez déjà « J'suis dans le futur »… C’est une obsession ?
(rires) J’aime bien l’idée du futur, il faut aller de l’avant. C’est la seule façon de durer et de rester le meilleur. Il faut laisser les autres derrière, avoir des idées avant tout le monde, je ne suis pas un suiveur, je ne l’ai jamais été et ne le serai jamais.
Futur est un album très sombre, ça vient d'où ? C’est le reflet de votre personnalité ou d’un état passager ?
Je ne suis pas quelqu’un de dépressif en général et je trouve que mon album est plus réaliste que pessimiste. Mais ça fait partie de moi, de ma vie. J’ai traversé des moments durs et très noirs. Ma force, c’est d’en parler et de les transformer en positif. Je parle des intempéries. Comme on dit « Je prie pour le meilleur et me prépare pour le pire ».
Cette mélancolie casse l'image rap du « gros dur » ? C’est venu comme ça ou c’est prémédité ?
Aucun de mes albums n’est prémédité. Les idées de mes chansons me viennent comme ça, au feeling. Elles ressemblent à ma vie, j’écris en fonction de mes émotions. En vérité, c’est aussi la musique que j’écoute qui m’inspire, selon les instruments, ça m’oriente dans tel ou tel sens. Tout le monde a plusieurs facettes mais je ne suis pas lunatique. La référence au nom du groupe que j’avais formé avec Ali, Lunatic, c’était pour dire que nous étions tous les deux très différents.
Quand écrivez-vous ?
N’importe quand, dès que j’ai une idée, je la note sur mon blackberry. Pas mal en avion puisque je voyage beaucoup.
Quelles sont vos principales destinations ? Pour le boulot ou les vacances ?
Les States (Miami, Los Angeles), la France, le Brésil, l’Afrique, la Thaïlande. A cause de mon emploi du temps qui me fait pas mal bouger, je prends souvent quelques jours off dans les lieux où je me produis. J’adore l’Afrique et la Thaïlande pour cela.
Que lisez-vous ?
Rien ! Je ne lis jamais. Je n’arrive pas à me concentrer sur un livre plus de cinq minutes. Idem pour les films si je suis chez moi. Si je veux en voir un en entier, je vais au cinéma. Le dernier en date : Looper avec Bruce Willis (de Ryan Johnson).
On dit que vous aimez le chanteur Renaud, c’est étonnant : info ou intox :?
C’est vrai, j’ai toujours apprécié ses textes, il a une écriture cinématographique. Ce fut le premier 33 ou 45 tours que j’ai eu. Je l’écoutais petit sur mon tourne disque. Impossible de me rappeler comment il était arrivé là, si on me l’avait offert, mais j’ai accroché tout de suite. Quand il chantait Laisse béton : « J'étais tranquille j'étais pénard/ Accoudé au comptoir/ Le type est entré dans le bar/  A commandé un café noir/ Pis y m'a tapé sur l'épaule/ Puis y m'a r'gardé d'un air drôle / », j’étais dans le bar avec lui, ça me transportait complètement.
Vous aimeriez le rencontrer, chanter avec lui ?
Pas spécialement, je m’en fous un peu. Mais j’aime toujours ses chansons.
Une journée type de Booba ?
Je n’en ai pas, je me couche très tard, jamais avant deux heures du mat’. J’adore la nuit, tout y est permis, les démons sortent la nuit (rire). Il n’y a pas de bouchons, c’est plus intime, plus cool et je n’aime pas la foule. Quand je donne un concert ce n’est pas la même chose, c’est mon public, cela ne me dérange pas, mais faire la queue, me retrouver sur les Champs au milieu de plein de gens, je déteste.
En passant chez Universal avec le label AZ, vous avez touché le pactole (on parle de 400 000 euros) ?
C’est une avance normale pour un artiste comme moi. Vu tout le travail que j’ai déjà effectué avant d’arriver chez eux, je suis une valeur sûre. C’est comme dans le foot, quand un club achète un joueur professionnel comme Ibrahimovic, on attend de lui qu’il marque des buts, ce n’est pas n’importe qui, c’est un investissement. Je suis un gros joueur qui n’a plus besoin qu’on lui apprenne son métier ou que l’on doit entraîner de A à Z.
Que répondez-vous à ceux qui disent que vous vouez un culte à l’argent ?
Face à l’argent, il y a beaucoup de jalousie. Les gens en France ont peur de montrer qu’ils en ont, ils craignent d’être montrés du doigt, alors ils se planquent, n’achètent pas de grosse voiture, même s’ils aimeraient, pour ne pas attirer l’attention. Mais s’ils ont travaillé dur pour cela, en quoi est-ce dérangeant ? Moi, j’assume parfaitement, je titille même les jaloux et les envieux, j’en fais des tonnes exprès. L’inverse est hypocrite, car pourquoi fait-on des études si ce n’est pour avoir un bon job et ensuite un gros salaire ? Les gens jouent au loto, rêvant de décrocher la cagnotte, et ensuite ils n’assument pas. On devrait féliciter ceux qui réussissent ou qui font du business ; aux États-Unis et ailleurs, ces exemples sont motivants, ça donne de l’espoir à tous. En France, on dirait que certains préfèrent tirer tout le monde par le bas.
Dans Tout c’que j’ai, à propos de la France, vous dites : « Je ne me sens pas chez moi, c’est ça que vous cherchiez. » C’est pour cela que vous êtes parti aux États-Unis ?
En fait je remercie l’Etat français de m’avoir rejeté. Ça m’a donné la rage, la niac, j’ai eu envie d’aller voir ailleurs, de bouger mon c…, de me battre encore plus et surtout d’être indépendant. Quand j’entends : « La France tu l’aimes ou tu la quittes », ça m’énerve. Il a fallu que j’aille à l’étranger, à commencer par l’Afrique, pour comprendre que ce n’était pas du tout comme ça ailleurs. ça m’a fait un choc de constater que là-bas, les gens sont accueillants : même s’ils sont dans la misère, ils partagent le peu qu’ils ont avec toi. Avant Miami, j’ai d’abord vécu en Angleterre à Londres, puis à Los Angeles. Miami ce n’est pas les Etats-Unis, c’est une ville cosmopolite, avec plusieurs cultures et ambiances qui y sont mélangées.
Comment es-tu perçu là-bas, quand tu te promènes dans la rue ?
Les gens me prennent pour un sportif de haut niveau, un joueur de football américain ou un basketteur, parce que je suis grand et à cause de ma tenue vestimentaire. Ils ne savent pas du tout que je suis chanteur. En plus, mes albums sont en français.
Quels artistes écoutez-vous en ce moment ?
Adèle, Rihanna, Chris Brown, Lil Wayne, Kanye West, Future, Chief Keef, Rick Ross, 2 Chainz.
Est-ce que l'idée, comme vous le chantez, c’est « de tous les niquer » ? La revanche vous l’avez déjà prise ou vous voulez encore en prendre une ?
Il y a toujours des mecs à niquer ! (rires). Bien sûr c’est une image, mais la musique c’est comme le sport, faut être le meilleur, en permanence. Et il y aura toujours des p’tits jeunes, des p’tits nouveaux à écraser.
Je sais qu’on vous a beaucoup posé la question ces derniers temps, mais un combat de boxe aura-t-il lieu avec Rohff (le projet a été lancé plusieurs fois sur le net) ? Si oui, où cela pourrait-il se passer, à huis clos ou en public ?
C’est pas d’actualité, et ce n’est pas moi qui en parle ou qui relance le truc, ce sont les journalistes et le public. En tout cas, une chose est certaine c’est que je suis sûr de pouvoir  remplir deux Bercy si je décidais de monter un combat de boxe de thaï contre lui !
C’est quoi une nuit réussie selon Booba ?
Une nuit avec une bonne gamelle (une bonne bouffe) chez des potes. Je sors pas mal à Miami, quasiment pas à Paris. Ou alors ça m’arrive d’aller au Crystal Lounge rue de Ponthieu, mais c’est surtout pour le boulot.
A 35 ans, vous n’êtes pas en train d’atteindre une certaine sagesse, une force tranquille comme le Maître Yoda tatoué sur votre main?
Ni l’un ni l’autre. On évolue mais on ne change pas.

Futur (Universal)
Tournée en avril

Commentaires

Articles les plus consultés