Interview de Sasha Grey pour Be

photo : Sasha par Violaine

50 shades of Grey

A 25 ans, l'ex méga star du porno Sasha Grey, qui a révolutionné le genre par son intelligence et sa culture alternative se réinvente écrivain. Après l'avoir lu et rencontré dans un palace parisien, on y croit sur paroles.

Carré brun lisse, lunettes de nerd, chemisier noir, talons de 15, mini jupe rouge, yeux charbonneux, Sasha Grey ressemble à notre meilleure amie, dans sa version la plus sexy. Mais à la voir avec sa peau blanche, sa poitrine menue, son regard pétillant d'intelligence, on a du mal à y croire à son sulfureux passé. De 18 à 21, Sasha Grey a pourtant été la plus grande star du porno des années 2000, la plus fascinante, la plus aimée, la plus rebelle. Celle qui a commencé par une scène d'orgie dans laquelle elle s'est fait remarqué en haranguant Rocco Siffredi d'un « frappe moi à l'estomac », a ensuite enchaîné les films en faisant preuve à l'écran d'une certaine rage et d'un certain « contrôle » : elle semblait utiliser tout le monde comme un sex-toy, et ne pas subir ce qui lui arrivait. Rare. Jusqu'au jour où elle a choisi d’arrêter. Elle a posé pour American Apparel, Max Azria, Terry Richardson, Vice, joué les Djettes érudites, sorti un livre de photos, et tourné dans l'excellent Gilfriend Experience de Soderbergh, Elle serait bientôt à l'affiche de quatre films, dont la très attendue bio de Linda Lovelace avec Amanda Seyfried, mais ce qui l'importe vraiment, c'est la sortie de son premier roman, aux Editions Le Livre de Poche, Juliette Society.

Belle et rebelle

Dans ce récit comparé à Fifty Shades of Grey, on devine beaucoup de Sasha, à travers son héroïne, Catherine. Jeune étudiante en cinéma, issue d'origines modestes et catholiques, maligne, jolie, cette dernière voit Belle de Jour et se trouve confrontée à ses plus noirs désirs (tendances SM). Elle pénètre alors une société secrète réunissant les Puissants de ce monde lors de parties fines. « J'ai voulu raconter l'histoire d'une fille normale et forte, à qui on peut s'identifier. Car la littérature érotique d'aujourd'hui, très démodée, n'offre pas ce genre de personnages. Je ne sais pas si c'est féministe, mais moi je voulais déjà montrer une fille dans laquelle je me reconnaissais. » Comme Catherine, Sasha est aussi une amoureuse de cinéma (Godart, Orson Welles, Sueurs Froides, Dario Argento) qui a choisi comme premier pseudo Anna Karina avant d'opter pour Grey en référence « à Oscar Wilde, et à l'échelle du Dr Kinsey, la fameuse zone grise entre homosexualité et hétérosexualité. » A l'instar de son héroïne, l'ex star du X, dont la mère était catholique est issue d'un milieu pauvre (père mécano, parents divorcés) et a grandi dans la ville agricole de Sacramento. L'histoire qu'elle conte sonne comme une véhémente critique du pouvoir. « Ceux qui vous baisent dans la vraie vie, dans le sens économique et politique du terme, le font aussi dans leurs lits. Ce sont des pervers à tout les niveaux. Mais je veux aussi laisser passer un message de tolérance. Tout ce qui se passe entre deux adultes consentants n'est pas condamnable. Ceux qui ont un problème avec ça, ont un problème avec eux-mêmes. Il faut en finir avec la culpabilité. ». Punk un jour, punk toujours.

Violaine Schütz


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