(archives) Itw de brigitte Fontaine pour le BB Nuit - 2011


Brigitte Fontaine : On boit toujours de son eau

Dire Brigitte Fontaine en quelques signes est impossible. 15 livres, 18 albums depuis 1966, quinze ans de silence, des rôles au théâtre, des apparitions médiatiques caustiques et remarquées, de la folie dans ses textes, et beaucoup d'intelligence dans sa poésie, une présence flamboyante, voici à peu près ce dont on peut parler. A l'heure de la sortie d'un disque de duos, L'un n'empêche pas l'autre, et d'une anthologie de ses paroles, la libellule de l'Ile Saint-Louis se confie un peu à nous.

Le Bonbon Nuit est un magazine qui traite de la nuit et du clubbing. Je voulais donc savoir comment est né votre dernier single, le morceau « dancefloor » ?
D'une impulsion, une envie folle de danser. Je n'étais pas sur une piste de danse, juste chez moi. J'ai pensé à ma copine Grace Jones car c'est la reine du dancefloor. Ce morceau est une tuerie. Tu l'écoutes, tu te lèves, tu danses.

Vous sortez un disque de duos, est ce que tout ceux que vous avez contacté vous ont dit oui ?
Il devait y avoir un duo avec Ben Laden. Mais il est mort. Il a sans doute eu peur. Sinon Beth Ditto avait dit oui pour chanter « God's Nightmare », mais elle a trop traîné. Tant pis pour elle. Sinon, il y aurait pu y avoir Johnny. J'avais écrit une chanson pour M. Et quand Johnny Hallyday l'a entendue, il l'a voulue. C'est Tanagra et en fait je l'avais justement écrit en pensant à Johnny. Ca dit : « Je suis fou de toi/Viens dans mon épaule/Jolie Tanagra/Tu me fous la gaule ». Finalement Johnny l'a enregistré et sorti. Les journalistes ont dit que son album est nul, sauf cette chanson.

Pourquoi un disque de duos ?
Au départ, je n'étais pas pour. Quand la maison de disques me l'a proposé, j'ai refusé. Je trouvais ça ringard. Mais après ça ils ont insisté deux mois, comme la chèvre de Monsieur Seguin, je me suis dit que finalement c'était l'occasion d'inviter quelques amis et d'imposer mes conditions. C'était l'occasion de travailler avec des gens que j'aime comme Ivor Guest, le producteur gallois qui a travaillé avec Brian Eno et Grace Jones (sur Hurricane, formidable mais passé totalement inaperçu en France) notamment et qui avait déjà bossé sur mon précédent album Prohibition, et
Areski bien sûr.

Une anthologie de vos textes a récemment été publiée, comment viennent ces textes ?
Tout naturellement. Mais le début vient comme un nuage atomique qui descend du ciel, après c'est très guidé avec la conscience mais aussi l'inconscience et très écrit.

Dans votre duo avec Emmanuelle Seigner, « Dressing », vous parlez de chiffons, vous aimez beaucoup la mode ?
Je suis folle, malade de fringues. J'adore Issey Miyake, qui m'a fait plein de cadeaux, comme ces bottes que j'ai depuis 15 ans, c'est un masterpiece. Aujourd'hui, je porte aussi de la voile de soie japonaise, qui a fait une expo dans une galerie pour le secours populaire japonais et un peigne en écailles anciennes.

Avant la musique vous vouliez être actrice, et avez joué au théâtre, vous ne vouliez pas être chanteuse ?
Je ne voulais rien. Je savais que je ferais du théâtre et que j'écrirai. Chanter je n'avais pas prévu. Quand j'avais 12 ans à Morlaix, le directeur d'un théâtre avait proposé à mes pères que je parte avec lui et sa troupe pour jouer sur les routes de Bretagne du Cocteau et du Shakespeare que j'adorais. Mes parents ont refusé sans me le dire. Je l'ai appris plus tard. J'aurais pu gagner beaucoup d'années. Je leur en ai voulu. Ils voulaient que je passe mon BAC. J'ai du passé mon BAC, monter à Paris, galérer, souffrir.

Ses adresses préférées à Paris
Les jardins du Palais Royal et la Place Colette, à côté de la Comédie française
L’île Saint-Louis, sauf le samedi et le dimanche

L'un n’empêche pas l'autre (Universal Music)

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