(Archives) Interview d'Asia Argento pour le Bonbon Nuit n°32




Asia Argento - L'incomprise
Texte : Violaine Schütz
Une filmographie dense, un univers fort (empreint de contre-culture), un look rebelle (inspiré par le punk), l'Italienne Asia Argento fascine et impressionne. Première femme réalisatrice (si jeune) dans son pays, actrice respectée, Djette, photographe, elle enchante aujourd'hui avec un premier album électro rock bizarre et envoûtant. Rencontre.
Quand as-tu commencé à chanter ?
A 17 ans, j’étais dans un groupe de punk-rock italien, Kids Sparkle Fun. Sinon je chante vraiment depuis 12 ans (elle en a 37, ndr). Ma voix sort très grave, mais j’ai trouvé comment m’en servir seulement il y a trois ans. J'ai trouvé plusieurs voix en fait, dont une qui peut aller dans les aigues, très haut. Ce qui m'intéresse dans la musique, ce sont les mélodies mais surtout écrire les textes, qui sont comme des de la poésie, renfermant un message. Mes chansons comportent un début et une fin. Je m'en fous de la voix en fait, je ne suis pas Beyoncé. Je ne suis pas une chanteuse, mais une poètesse. J'aime chanter des petites histoires comme faire de petits films. La musique c’est des visions, c'est ce que je vois. C'est comme ça que j'écris les textes des chansons, après avoir écouté les instruments. Pour les morceaux avec mon ex, le chanteur italien Morgan (le père de sa fille, Anna Lou), j'ai aussi composé avec lui la musique. Il m'a laissé faire, ce plaisir. On faisait tout ensemble, c'était une histoire magnifique.
Comment as-tu rencontré ceux qui ont collaboré sur ton disque, Total Entropy ?
Beaucoup d’entre eux, je les ai rencontrés via les réseaux sociaux. The Legendary Tigerman par exemple, il m'a contacté sur myspace il y a quelques années. On avait un ami en commun, Mondino qui a réalisé ma pochette et celle de son disque. Mondino m'avait déjà envoyé sa musique et j'étais obsédé par les one man bands (homme-orchestres) comme l’Américain Hasil Adkins (il interprète le rôle d'un joueur d'orgue de barbarie dans le deuxième film d'Asia comme réalisatrice, Le Livre de Jérémie, 2004) ou Hans Adler. Après on a travaillé sur deux morceaux. On a aussi improvisé sur un morceau basé sur un poème de Bukowski. Bukowski, tout le monde l'a lu à 16 ans, alors ça résonne dans nos cœurs. C'est comme le Coca Cola, c'est simple, tout le monde peut comprendre.
Vas-tu faire des concerts ?
J'en fais un après-demain au Silencio, entourée de Morgan, Archigram (le groupe d’Antipop, qui est mon ex), Toog et The Legendary Tiger man. Je vais commencer par réciter un poème : Les neuf portes de ton corps de Guillaume Apollinaire. Il ne faudra pas danser, ou alors en restant assis, danser dans sa tête. Le live sera suivi d'un DJ set des musiques les plus bizarres jamais entendues. Ça fait 15 jours que je le prépare.

L'un d'eux s'intitule « My Stomach Is the most violent of all of Italy », tu peux nous en expliquer les paroles ?
Ça parle de mon rapport avec l'Italie, car l'estomac, c'est le deuxième cerveau. Je garde tout à l’intérieur, et c’est très violent ce que je ressens. Impossible pour moi d’agir sur un coup de tête. Je réfléchis tout le temps, beaucoup trop, c'est pour ça que je ne dors que 4 ou 5 heures par nuit.
D'où vient le titre de ton album, « Total Entropy » ?
De la chanson « The Interimlovers » d’Einstürzende Neubauten, dont je m'étais déjà inspirée pour mon premier film en tant que réalisatrice, Scarlet Diva. J'avais fait plusieurs radio shows à New-York, en Angleterre puis à Rome qui portaient aussi ce nom.
Tu en est où de ton métier d'actrice ?
J'ai des enfants. Alors faire l’actrice, c'est comme aller travailler à la banque. Je fais de l'art tous les jours de mon côté, dans ma vie quotidienne. Mais j'ai aussi la possibilité de faire beaucoup d'autres choses. Je passe des disques dans des soirées, pour beaucoup d'argent même dans des discothèques de merde avec personne qui bouge car je mets de la musique bizarre (rires). Tourner des films comme actrice, ce n'est pas ce que je veux faire dans la vie.
Es-tu en train de tourner un nouveau film en tant que réalisatrice ? Tournes-tu dedans ?
Oui, je m’apprête à réaliser un nouveau film qui s’appelle L’incomprise mais je ne joue pas dedans. Basta ! Comme je suis en train de disparaître dans mon corps (Asia est très mince quand on la rencontre, ndr) je veux aussi disparaître dans le cinéma. Je n'ai pas besoin de beaucoup d’argent pour vivre. Dans l'idéal et dans le futur, je ferais des films comme réalisatrice, de la musique et seulement quelques films en tant qu’actrice s’ils m'apprennent quelque chose.
Tu as tourné dans le deuxième film de Fanny Ardant, Cadences Obstinées, qui sortira en décembre. C'était comment ?
Elle m'a beaucoup appris sur l'esthétique des acteurs, sur le fait de jouer, sur la fluidité, sur comment bouger comme s’il s'agissait de danser. Je suis très honorée d'avoir tourné avec elle. Et c'était la troisième fois que je tournais avec Depardieu, que j'adore.

Tu dis que ton prochain film s’appelle L’incomprise, c’est ce que tu ressens aujourd’hui ?
Dans mon pays, je n’ai pas toujours été bien comprise. C’est un rapport d’amour/haine entre eux et moi, je suis leur fantasme mais en même temps ils me trouvent un peu trop « too much ». En France, même les choses les plus extrêmes, les gens en rigolaient avec moi et acceptaient. J'étais incomprise, et je me sens toujours incomprise mais moins. Quand cinq ou dix personnes dans le monde sont comme toi, tu n'es plus seule. En tout cas, la vraie Asia est de retour. Encore plus Asia, avec une énorme bite rouge et chaude. Ça fait du bien.



« Total Entropy » (Nuun Records / La Baleine)
Encadré : Asia en kit
Sur son iPod
Le rappeur américain Kendrick Lamar. Avec ma fille Anna Lou qui est à fond sur le rap (des trucs bien comme The Pharcyde mais aussi des choses merdiques comme Nicky Minaj) on l’écoute tout le temps. J'aimerais écrire des chansons comme lui, notamment les paroles « I'm real, I'm really really real » tirées de sa chanson « Real ».
Un artiste à découvrir
Le directeur de la photo allemand Fred Kelemen. Il m'a donné beaucoup d'idées pour un court-métrage que je viens de tourner pour la France, en noir et blanc, avec un collectif qui s'appelle Women Stories. Je n'ai pas volé, c'est un hommage. Allez voir son site (fredkelemen.com), c'est très beau ! C'est un poète de la lumière.
Un sport
La boxe, qu’elle pratique depuis longtemps.
Sa devise 
« Make art every day ».



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