Archives - Interview d'Arielle Dombasle (2011) pour le bonbon nuit



Diva et plus que ça

Arielle n'est pas une femme, c'est une sorte de sur-femme. Blonde, intello, chanteuse, actrice, mannequin, réalisatrice, égérie...Rien ne semble résister à cette femme fatale qui allie au charme un sens inouïe de la répartie. Sa dernière aventure ? « Diva Latina » un album de retour aux racines, où elle dévoile le côté le plus caliente et « dancefloor » de sa personnalité. Rencontre avec une néo-diva.

Quand on s'en va pour aller rencontrer LA blonde, c'est avec des papillons dans le ventre et de légères palpitations qu'on s'avance vers le lieu de l'interview. On pense à sa beauté gracile Pauline à la plage de Rohmer, à une interview très spirituelle face à un Ardisson énamouré dans Lunettes Noires pour Nuits blanches, à sa puissante voix entraînée à l'Opéra ou encore à son excursion glamour au Crazy Horse. En vrai, dans les somptueux salons du Louvre, sa mini-robe bleue comme ses yeux océan, ses grandes boucles, sa silhouette de sirène, sa moue boudeuse, et ses bons mots désarment d'emblée. Mais au bout de quelques minutes, c'est son incroyable gentillesse qui frappe chez Arielle, pas du déesse intouchable sur son piédestal, mais femme généreuse et blagueuse n'hésitant à vous apprendre que « el bonbon » en espagnol, ça veut dire les fesses, à charrier notre photographe et à nous souffler entre deux réflexions plus philosophiques qu'une frange, ça nous irait bien. L'entretien peut commencer.

Comment allez-vous Arielle en cette journée promo?
Oh ce n'est pas vraiment une journée spécifiquement différente des autres. Je passe mon temps à rencontrer des gens et nous autres les performers, c'est notre vie d'avoir des relations avec des journalistes et des interviews en général.

Votre nouveau disque s'intitule « Diva latina » : pourquoi cet attrait pour l'Amérique latine?
Mon précédent album Amor Amor, a été un si merveilleux succès (ndrl : disque de platine). Les gens m’arrêtent dans la rue pour me dire : oh, mais chantez en espagnol. J'ai fait cette petite incursion en français avec Katerine et Gonzales pour l'album Glamour à mort, et là je reviens à ce que j'aime tant. Le latin swing dans ma langue natale l’espagnol. Le français est une langue plus intellectuelle. Je l'ai apprise au lycée. L'espagnol, comme le latin et l'italien, c'est étonnant pour chanter. Il y a tous ces phonèmes qui sonnent immédiatement, et sont si bons et délicieux à articuler. Ça semble couler de source.

Vous avez vécu dix-huit au Mexique, comment vous êtes vous retrouvé là-bas et quel souvenir en gardez-vous?
Mes grands parents étaient ambassadeurs de France et mon père a eu un coup de foudre pour le Mexique, la rencontre avec ma mère, la passion de ce pays, de l'archéologie aux civilasations disparues en passant par la Tequila...et ma mère. J'ai aimé grandir là-bas, la beauté du pays ! les gens étonnants,  la musique populaire dans n'importe quel petit village, pour n'importe quel raison on entend cette merveilleux musique et les gens dansent ! Les latinos font de la musique avec tout ! Des rythmes, des percussions avec ce qu'ils trouvent, en tapant sur des bouts de bois, guirro, cajon, congas. C'est cet archaïsme dans les percussions que je voulais retrouvé dans le côté roots de l'album.

Cet album, très ouvert dans ses sonorités, sort juste après de nombreux débats politiques sur l'identité, c'était voulu?
Surement, absolument même. Je suis un objet rapporté, culturellement métisse. J'ai beau avoir un aspect terriblement « french touch », je reste latine. Et le fait de chanter un morceau avec Mokobe, symbole de rap urbain revendicatif au sein de 113 s’inscrit dans ce que j’aime, le mélange culturel. Sur cette reprise de « Pata Pata » de Miriam Makeba, avec ma culture latine, je voulais ce son afro-cubain et la présence de Mokobe, cette voix étonnante, et ce flow de rap ! La musique est le pays des rencontres, du métissage et de la liberté. Il y a de l'humour aussi dans les paroles écrites par Mokobe quand il me demande : « Hé Arielle, tu as peur des rappeurs ?». Avec cette question en filigrane : A quoi finalement se réduisent les peurs? L'inconnu?

Comment avez vous choisi les reprises de chansons latines qui figurent sur ce disque?
Elles correspondent à des choses que j'ai aimées, des moments qui ont compté. Ce qui est bien avec les reprises c'est qu'elles évoquent des émotions énormes puisque ce sont des tubes pour beaucoup de gens ! J'aime l'idée d'avoir vécu avec mes contemporains et d'avoir aimé les mêmes choses, celles qui durent. « Porque Te Vas » de Jeanette par exemple, beaucoup de gens gardent des souvenirs forts d'instants vécues en l'écoutant. Mais le spectre du disque est très varié, de Nilda Fernandez à la Mano Negra subjectif et je n’ai suivi que ma sensibilité. Je n'ai pas d'œillère, un peu comme un cheval fou. Passionnée.

Il y a sur ce disque un amour des décalages, avec à la fois l'électro et la musique latine, la voix de cantatrice et d'autres choses plus pop, ça vous vient d'où?
Sans doute de la volonté de ne jamais s'enfermer dans des diktats. On a toujours tendance à mettre les gens dans des petits wagons pour les pousser sur des rails qui filent tout droit. La vie n'est pas comme ça. Elle est pleine de chemins qui bifurquent, de passion, de rencontres, d'étonnements, de curiosité, de vie. La vie ce n'est que ça, du moins celle des artistes. On n'est pas des produits mais des êtres libres, c'est une affirmation avec laquelle j'essaie d'être toujours en phase. Quand j'étais au Conservatoire, on m’appelait la moderne, et le baroque que j'ai commencé à chanter , je l’ai tout de suite interprété accompagnée par des sons électro. « Il faut devenir soi-même, et ça prend du temps », disait Rimbaud. Et s'incarner au plus proche de sa vie rêvée, en prenant des risques, en étant inventive. Car il y aura toujours des gens pour vous dire de ne pas faire telle ou telle chose.

Il y a aussi un côté très dancefloor dans ce disque...
C'est ce que je voulais. Faire un disque qui donne envie de danser à tout le monde, et c’est le cas. Quand j'ai fait mon premier disque, c'était une cantate de Bach que j'ai enregistré avec un LA 4 XC, ordinateur surpuissant de l'époque, et j'étais accompagnée à l'Ircam par un orchestre synthétique. j'aime l’audace, danser, sortir ! Je suis vivante quoi ! Je vais souvent au Montana et au Baron.

Dans le clip de « Porque Te Vas », réalisé par votre ami Ali Mahdavi, on vous voie en homme et femme, torero et femme fatale, ça signifie quoi?
C'est la vision d'Ali. Il a tellement de talent ! Il a une passion pour les figures très féminines : Gene Tierney, Ava Gardner, Grace Kelly, Marlene Dietrich, sa grande déesse. Chez moi, il voit de l’hyper féminité, dit-il, mais il voit aussi un matador, je l’ai donc joué ! Homme femme. Sur l'album, il y a un hymne de corridas, « El Gato Montes » mais la corrida au Mexique, c'est le vecteur par lequel passe l'insurrection, forces animales.
Où en êtes vous de votre carrière d'actrice?
Je fais moins de films car la musique me prend tout mon temps et me dévore. 

Vous avez repris « Hasta Siempre », l'hymne au Che, vous vous sentez l'âme d'une révolutionnaire?
Enfin, d’une certaine manière, oui, d'ailleurs on m'a dit, horrifié : « Comment tu peux reprendre cette chanson, alors que le Che a fait couler tant de sang ? » Je sais qu’il a eu in fine un parcours très contestable, mais pour nous, les latinos, il reste une figure charismatique qui a fait qu'un peuple entier s'est soulevé. Les événements récents du Printemps arabe méritent de grands leaders. Car quel bonheur de voir des gens prendre le pouvoir et se révolter.

Diva Latina (Mercury/Universal)

Ses adresses fétiches
-L’hôtel Raphaël, où j'ai vécu, et qui a abrité Godard, Gainsbourg, Grace Kelly et Rosselini, lieu mythique donc
- Le Ritz, où habitait ma marraine
  • Tous les parcs, Bagatelle, Babylone, Montsouris, Monceau, je m'y sens bien
  • Les Trois Baudets, pour un concert
  • Le Carmen, à Pigalle où j'ai récemment écouté chanter Fifi Chachnil, qui m'a donné les dessous qu'on voit en transparence sous une robe que m'a faire Jean-Paul Gaultier sur la pochette

    Violaine Schütz

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