(Archives) Article sur les groupies écrit en 2008 avec mon amie Céline Puertas pour Trax

Anatomie de la groupie 2.0


Texte : Violaine Schütz et Céline Puertas

Vilaines filles, psychopathes, vampires, les groupies ont toujours eu mauvaise presse. A l’heure où le web permet à tout un chacun d’espionner son musicien préféré, le fanatisme hardcore est partout, mais demeure protéiforme. La groupie des années 2000 fait-elle pour autant moins peur ? Pas sûr.

Impossible de passer à côté de la groupie…Au concert, elle se tient au premier rang, hurlant de désir comme au premier jour de la Beatlemania, avant de filer backstage tenter de palper de la rock star. Au début des années 60 pourtant, le ou la groupie signifiait simplement « celui qui traîne avec les groupes », mais aujourd’hui, il est généralement entendu qu’il s’agit de celle « qui crève d’envie de coucher (ou couche) avec sa star préférée. » Pour le Nouveau Petit Robert, la groupie constitue une « personne (le plus souvent jeune fille) qui admire beaucoup un musicien, un chanteur ou un groupe, qui les suit dans ses tournées et assiste à tous ses concerts. »
Une fan puissance 1000 en somme, comme l’explique Busty, auteur de l’ouvrage Groupies. « Selon Pamela des barres (supergroupie des 60's-70's qui compte à son palmarès les Stones, Jim Morrisson, Jimmy page et Jimmy Hendrix, ndr), la groupie veut rencontrer les groupes, à la différence des fans. Ce sont des fans plus zélés que les autres, souvent des passionnés de musique au départ. Mais si elles aiment toutes la musique en général, les groupies peuvent aussi vouloir se taper un musicien juste parce que c’est cool de sortir avec une rock star. »
Mais si au départ, le mot groupie s’applique seulement au rock, aujourd’hui il s’étend tout autant à l’électro et au hip-hop qu’au jazz manouche. Chaque petit groupe possède sa cour, y compris le DJ. La groupie techno se repère facilement. Collée à la vitre du sélector, elle patiente entre le nerd féru de matos et le trainspotter à l’affût de la playlist jouée. Atteindre le DJ, c’est tout de suite moins compliqué que pour le people rock. Lui joue au milieu de la piste, dans une cabine. Exit les barrages de gardes du corps. Les sacro-saints gardiens du temple électro sont en libre service. Et depuis que tout le monde (même ta tante) exerce le métier de DJ, ce dernier n’est plus un demi-dieu inatteignable. Sa groupie peut donc s’en donner à cœur joie.
Sans compter que la groupie moderne a des moyens nouveaux et très efficaces d’approcher son idole. On a beaucoup gloser sur le pouvoir social et sexuel des réseaux virtuels, mais peu sur l’outil génial qu’il constitue pour la fan. D’après Dorian guitariste du trio The Teenagers, « Myspace est le paradis de la groupie qui peut suivre en direct les groupes. En général, toutes les groupies disent « Je ne suis pas une groupie hein ». C’est comme ça que tu les reconnais ! » 

I'm with the band / the DJ
Le groupe The Rapture nous confiait quant à lui être inondé de photos de filles sur sa messagerie. « Elles nous envoient des images d’elles en petite tenue ou carrément nues en nous donnant rendez vous à une date de concert ». Le « pas de pipe, pas de backstage » de Funkadelic ne tient plus. Plus besoin de se « taper » le roadie ou le manager pour accéder au Saint Graal. Un simple mail suffit, dans une logique « Do it yourself » qui sied bien à toute punkette qui réside dans la groupie. Certaines vont même jusqu’à créer leur propre page façon CV. Ainsi Tidos Groupie, fan de Tido Berman de TTC (www.myspace.com/tidos_groupie) ou Groupy-Cuiz (www.myspace.com/groupycuiz), profonde admiratrice du MC Cuizinier, exhibent leur minois (voire plus) sur leur page Myspace. Consécration ultime : Cuizinier fait figurer sa groupie « number one » de son top. Plus fort, certaines filles affichent leur palmarès de star fuckeuse dans leur « top friends », talant toutes les « targets » atteintes tels des trophées.
A l’inverse, les top friends des musiciens rassemblent les filles rencontrées en tournée et prennent ainsi des airs de tableau de chasse. Pour les Klaxons, « on mesure la notoriété d’un groupe à ses groupies. Plus elles sont nombreuses et jolies, plus le groupe est « big ». » Il existe donc pour eux, des « catégories » de groupies : les jolies et les moches. Pas très féministe tout ça. Au-delà de ce clivage, nous avons dressé une typographie de quelques groupies marquantes.

La bad girl
Réputée pour être une fille facile, voire pour certains « une pute gratuite » aux pratiques sexuelles plutôt ouvertes, la groupie trash ne recule devant rien. Fellation, sexe en groupe, exhibitionnisme, sado-maso, les anecdotes salaces ne manquent pas, d’où une certaine mauvaise réputation. Busty avoue : « Les groupies sont considérées comme des hystériques agressives qui en plus d'être une pute, serait une arriviste. La groupie, on l'accuse de tout : c'est le mythe de la femme fatale qui va par exemple acheter de la drogue pour la rock star et donc la pousser au vice, qui en veut à son argent et si ça se trouve, va la laisser sur la paille. A tout ça il faut ajouter un côté élitiste débile qui voudrait que les groupies ne comprennent rien à la musique : elles sont là pour baiser, point. » Cela dit, « accepter de s'asseoir sur une bouteille pendant des heures pour avoir l'honneur de se taper Mötley Crüe, ça a quelque chose d'admirable… c'est aussi un peu inquiétant, mais les groupies sont masos, fondamentalement ».

La fan fleur bleue
A l'opposé de la star fuckeuse, cette catégorie de filles plus soft rêve secrètement d'une histoire d'amour dépassant le coup d'un soir. Busty explique : « Les groupies sont toutes un peu romantiques dans le fond… Sable Starr qui rêvait d'ajouter nom après nom à sa fucklist l'a bien dit, elle crève d'envie qu'un musicien tombe amoureux d'elle. Même si la groupie veut juste s'éclater une nuit, mettre le type à ses pieds, et réussir à supplanter les autres femmes, c'est très important. » La groupie guimauve est moins cash dans son approche. Plutôt que de s'égosiller les seins nus, elle envoie des lettres d'amours passionnées et des petits cadeaux. Les Teenagers, par exemple, ne comptent plus le nombre de pendentifs en forme de cœur reçus sur scène.


La groupie de luxe
Elle a sa propre renommée, sa carrière et sa petite cour. Pour Busty, « elle est l'héritière de la supergroupie, celle que les rock stars recherchent et rêvent de se taper. » Dans ce cas, les rôles s'inversent. Il s'agit d'actrices, de musiciennes ou de top model, comme Kate Moss, plus célèbre que son ex, Pete Doherty, qui n'a qu'à faire son marché dans le NME. Selon le boss de Domino Records, rencontré dans un festival, la brindille appelle régulièrement les maisons de disques ayant signé les derniers petits mignons qu'elle a repérés dans la presse pour obtenir des pass backstages. La classe ! A noter également les cas de Nico, Patti Smith ou Courtney
Love : toutes sont passées par la case « groupie » avant de devenir artistes adulées elles-mêmes.

La groupie mâle
« La groupie a été définie de façon à laisser soigneusement les mecs en dehors de la définition : en anglais groupie peut être féminin ou masculin, en français groupie est forcément féminin. Le mec groupie n'a quasiment pas droit de cité, pourtant il a toujours existé ! Les groupies mecs de musiciens, c'est tabou, les groupies mecs de musiciennes, c'est une espèce rarissime » explique Busty. Pourtant on se doute bien que des femmes aussi fortes et sexy que Blondie, Karen O, PJ Harvey, Cat Power ont toutes leurs groupies mâles. Même nos petites frenchies les Plasticines ont droit à leurs admirateurs enthousiastes. « Les garçons sont plus timides que les filles, ils nous envoient des messages gentils et des cadeaux comme des peluches sur scène » raconte Louise, jolie bassiste du groupe. Dans le même registre, un fan de Michael, basse des Teenagers, s'est fait tatouer sur le bras le même symbole que lui après avoir vu sa photo dans le NME. Moins drôle, le cas de Björk, dont l'un de ses fans s'est suicidé après lui avoir envoyé un colis piégé.

La psychopathe
Contrairement à la chaudasse, cette groupie extrême souvent agace ses proies. Elle ne cherche pas la relation sexuelle à tout prix mais plutôt à s'accaparer une petite partie de la star adulée, un souvenir pour nourrir son imagination torturée. Nombreux sont les groupes qui se font dépouiller par leurs fans : de l'anglais Jack Penate qui s'est fait subtiliser sa pédale à effets en plein concert, à ceux qui voient leur t-shirt arraché par des hystériques, quand ces dernières ne sont pas prêtes à tuer pour la baguette lancée par le batteur à la fin du live. Les DJ’s aussi ont droit à leur lot de fétichistes. Les plus prisés ont intérêt à garder un œil rivé sur leur flycase. En effet, les anecdotes de disques volés en soirée sont légion. Plus original, l’Écossais Calvin Harris, nouveau roi de l'électro disco pop, a pris en flagrant délit une de ses fans en train de lui voler quelques unes de ses frites pour les faire disparaître dans son sac à main. Mais si ses fans là font sourire, soyons honnête. Qui n'a pas le cœur qui palpite en la présence de son artiste fétiche ? Quelque part, nous, les mélomanes, sommes tous un peu des groupies.

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