Interview de Tristesse Contemporaine publiée en 2012 dans le magazine Redux


Propos recueillis par Violaine Schütz

Composé de trois musiciens exilés à Paris, la Japonaise Narumi, le Suédois Leo Hellden (Aswefall) et l’Anglais Maik (ex-Earthling), Tristesse Contemporaine chante une certaine morosité cold-wave en l'updatant de synthés modernes. Ou la mort qui danse. Rencontre.

D'où vient votre nom, vous êtes dépressifs ?
Non, on est tout à fait hystériques, mélancoliques, des punks à temps partiel et des rêveurs à temps plein. Le sentiment de la mélancolie dans l'art en général nous touche et nous inspire énormément, mais nous sommes pas du tout des gens dépressifs. 

Et vous trouvez l'époque triste ?
Cette époque est triste dans le sens où nous sommes seuls même entourés par le monde. Rien n'est nouveau, car rien ne peut être caché (avec le net notamment), mais nous nous efforçons d'être le premiers à être au courant de quelque chose quand même. C'est plus suffocant que triste, mais c'est notre temps et nous nous adaptons en fait assez facilement. Nous apprenons à être engourdis mais peut-être aussi à être plus flexibles et ouverts à d'autres moyens de vivre.
Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Narumi et Maik se sont rencontrés à Tel Aviv lorsqu’ils préparaient un live pour Telepopmusik. Ils se sont découvert un amour commun pour la musique, les livres, l’art et la photographie, depuis ils sont inséparables.
 Leo et Narumi se sont rencontrés à Paris quand elle a rejoint Aswefall pour leur live. Quand Aswefall est rentré après avoir donné quelques concerts au Japon, nous sommes tous les trois devenus des amis très proches. Quand Leo et Narumi ont commencé à faire de la musique ensemble,  ils ont senti le besoin d'un chant. C'était alors naturel de demander à Maik. Après la naissance du morceau « 51 Ways To Leave Your Lover », notre première chanson, on a pensé que ça valait le coup de continuer à faire de la musique ensemble parce qu'il se passait quelque chose de très spécial quand nous travaillons tous les trois ensemble.
Sur votre premier album éponyme, un de vos morceaux s'intitule « Hell Is other people », c'est ce que vous pensez ?
Dans un certain sens, oui. Il y a des gens qui passent leur vie entière dans les rêves des autres. Parfois, nous devons oublier les autres. On ne peut pas exister sans les autres. Ils sont comme notre miroir, très importants, mais il faut quelquefois les oublier. Ce n'est pas de l’égoïsme mais une manière de respecter les autres.
De quoi parle votre tube, « I Didn't Know » ?
Tout le monde a vécu des histoires assez dingues. On avait toujours laisser nos envies et nos rêves prioritaires, même si en conséquence ça nous a mis dans une situation terrible qu'on a regretté après. Même si nous savons dès le début avec certitude que le résultat de cela sera horrible, il nous est pourtant impossible de nous empêcher d'aller jusqu'au bout. C'est de ça dont parle ce morceau. Vous ne savez pas - mais vous savez…
De quoi vous inspirez vous pour vos textes ?
Le chapitre 10 de « Beautiful Losers » de Leonard Cohen, la dernière phrase de « Last Exit to Brooklyn » par Hubert Selby Jr, les paroles de « On Our Honeymoon » par The Wake et de « Lorraine » par Bad Manners, la section de cuivres en Geno par Dexy’s Midnight Runners, l'écoute de « A Blues In Drag » par The Glove. Quand Alan Vega dit « Let’s hear it for Frankie » dans la chanson «Frankie Teardrop» de Suicide, les bruits étranges sur le premier album de Daft Punk, la couleur grise, The After Parties, l'ennui, le regret et l'échec.
Votre disque est-il une thérapie ?
On n'écrit pas des chansons pour faire une thérapie mais comme on s'exprime travers elles, il y a peut-être une sorte d'effet « exorcisme »… Mais ce n'est pas une thérapie, la musique se situe plus haut, au delà de nous.

Comment décririez-vous votre musique à quelqu'un qui ne l'a jamais écouté ?
Obsession, melancholia, analog sounds, and dreams.

Qu'est ce que Pilooski, qui a produit le disque, a apporté à votre son ?
On a écrit, composé et enregistré l’album dans notre studio à Gallieni et même si nous étions très contents du résultat, nous étions conscients d’un manque de puissance dans notre son de basse et le beat si on voulait le jouer fort et qu'il continue à sonner comme on le souhaitait. Nous aimons le son de l’album des Discodeine, et des autres productions de Pilooski, et comme on travaillait étroitement avec le label parisien Dirty, le choix du producteur s’est fait assez naturellement. C'était difficile de passer notre bébé à quelqu'un mais nous somme vraiment contents du résultat final.
A quoi ressemblent vos live ?
Beaux, forts, sombres et lumineux. On commence à jouer les nouveau morceaux aussi en live et de plus en plus de gens dansent à nos concerts. Ça c'est chouette! On a aussi aussi de bons souvenirs de notre premier concert au Pop In : on était tous les trois étaient très malades et sous codéine / antibiotiques. C'est peut-être d'ailleurs pourquoi nous gardons ses bons souvenirs.

Le dessin de votre pochette est quelque peu dérangeante, il s'agit de quoi exactement ?
C'est la peinture d'une artiste française, Marie Vidon. qui s'appelle "La danse".Elle explique ça représente « la vulgarité et la monstruosité du monde et une petite fille qui se penche pour montrer comment danser... »

Votre musique évoque une certaine techno mélancolique des 80's, et certains groupes de Factory Records (The Wake, Section 25, New Order), ça fait partie de vos influences ?
Oui, nos univers musicaux ne sont pas si éloignés, on a en commun dans le groupe un amour certain pour la musique britannique, notamment la scène de Manchester (dont Factory records) mais pas seulement. On est attiré par la bonne musique d’un peu partout en fait. On partage le goût de la musique électronique belge, allemande, new-yorkaise, de la techno de Detroit…Quand on écrit des morceaux on ne sait jamais trop où on va. On se retrouve en studio et on commence à écrire. Il y a une tension positive qui se crée et qui nous emmène dans la bonne direction.
Vous avez tous quitté vos pays, pour Paris. Cette ville et ses habitants vous influencent ?
Paris tel qu’elle est aujourd’hui c'est quelque chose qui nous fait froid dans le dos. Bastille, Le Louvre, le jardin des Tuileries, ce sont des fantômes de la ville qui nous inspirent, ce qu'elle était avant. Sinon dans les artistes parisiens, on aime ceux des labels Kill the Dj, Versatile, Tigersushi et bien sûr de Dirty, notre label.

Ou avez-vous trouvé le masque d'âne porté sur scène? Il a son importance ?
Au début, c'était une sorte de protection pour Maik, car il est assez timide devant d'un public, c'est peut-être est-ce encore le cas. Le masque aide également les gens à entrer dans notre univers. Il aide à ouvrir à d'autres possibilités, subtiles et rêveuses.

Qu'est-ce qui vous fait danser ?
« Voodoo Ray » de A Guy Called Gerald, bon son acid, la house old shcool, Studio One et... « Billie Jean » de Michael Jackson. Ca fait danser tout le monde, non? (rires)


Tristesse Contemporaine (Dirty)

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