J'y étais avec Rihanna à la Barbade - Article paru dans Be (numéro 142) en novembre 2013
















J'y étais, à la Barbade, avec Rihanna
texte et photos : Violaine Schütz

Riri a annulé le concert-événement qu'elle devait donner sur son île natale des Caraïbes le mois dernier, mais a organisé une soirée dans un club pour se rattraper. On y était, à l'affût d'anecdotes méconnues qui révèlent la petite fille émouvante derrière la super star provoc. 

La bad girl n'a pas oublié les siens
La date était historique : on avait déjà nos places, comme 28000 fans venus du monde entier, pour voir la chanteuse performer « parmi les siens » dans un stade de Bridgetown, La Barbade, là d'où Riri vient, à quelques mètres des bidonville où elle a grandi. Alors quand la pop star a annulé au dernier moment, on s'est dit que décidément, la punkette qui arrive de plus en tard à ses concerts et s'est récemment faite virée de la mosquée d'Abu Dhabi, ne respectait plus rien, ni personne, pas même ses compatriotes. Quelques jours plus tôt, elle s'affichait en train de fumer des joints avec Snopp Doggy Dog sur son compte Instagram, l'air de rien. Que s'est-t-il passé ? Enquête faite, l'annulation ne venait pas de la chanteuse elle-même, mais de son tourneur, qui ne pouvait pas acheminer le matériel nécessaire à la bonne conduite du live. Crédible, puisque Rihanna s'est quand même rendu sur son île, en plein « Diamonds World tour », le 29 octobre, pour se reposer. Et pour consoler ses fans, elle organisait une soirée dans son QG, le Sugar Lounge Club, ouverte à tout le monde, moyennant 30 dollars barbadiens (soit environ 10 euros). La fête débute à 22h, quelques trois cent personnes ultra lookées dansent (de manière très sexuée) sur du gros hip hop dans un superbe club à ciel ouvert très Ibiza. Rihanna apparaît alors que tout le monde désespère de la voir arriver, à 3h15 (la boîte ferme à 4h). Jambes huilées, sourire sponsorisé par MAC (elle porte un des rouges à lèvres dont elle est l'égérie), bracelets en or ornés de pierres, vêtue simplement d'une adorable petite combi de pyjama en soie Stella McCartney printemps-été 2012 et de sandales beiges, la diva s'avère très chic, loin de l'image vulgaire qu'elle donne à voir dans ses vidéos et ses photos. Son visage semble innocent comme celui d'une star qui redevient petite fille au contact de son peuple. Elle salue la foule, serre chaleureusement des mains, joue le jeu en dansant, parlant à tout le monde et en posant avec ses fans venus d'Angleterre, de Suisse, des USA, de Belgique et France, ne vacillant pas un instant devant l'hystérie collective qui l'entoure, les hurlements et les flashs d'iPhone. Ici, tout le monde l'aime. A la folie (plusieurs Barbadiens manquent de s'évanouir en la voyant). Elle est chez elle. Un clubber nous révèle que Rihanna vient souvent dans ce club car elle trouve les filles « sublimes, et adore les voir danser. » On reconnaît là bien celle qui avait mis 8000 dolllars dans le string d'une strip-teaseuse bien en chair dans un club de Miami en avril dernier. « Badgal » forever. Pourtant, quelques jours plus tard, tout en noir, jupe aux genoux, veste large fermée, et sandales plates, elle participait à une journée de charité à la Barbade, le « Dance 4 Life », une initiative destinée à « inspirer, mobiliser et unir les jeunes pour repousser la diffusion du VIH », parlant avec plusieurs enfants, leur faisant des câlins et réalisant des interviews à leurs côtés. Une autre facette de la « sexy bitch ».

Elle déchaîne les passions dans son pays
La date de naissance de Rihanna a été déclarée jour férié à la Barbade (elle a donné un concert gratuit le jour où c'est arrivé, à ses débuts), et on analyse les paroles de son dernier single, « Pour It Up », dans les écoles, alors que les enfants n'ont pas le droit de voir le clip. Cette vidéo, ultra hot, dans laquelle la performeuse est déguisée en strip-teaseuse, a d'ailleurs choqué pas mal d'habitants de l'île. Un de nos indics qui travaille pour l'office de tourisme de la Barbade (le BTA) nous a raconté : « J'étais chez le coiffeur et ça a été la plus longue séance au « barber shop » de toute ma vie. Je suis arrivée à 4h et repartie 5 heures après. Le sujet des discussions ? Le clip de « Pour it Up ». On est très chrétiens ici. Et en gros, d'un côté il y avait les femmes, qui n'aimaient pas, et de l'autre, les hommes, qui ne comprenaient pas pourquoi les femmes n’appréciaient pas. A la fin de la conversation, l'une d'entre elles, qui va pourtant à la paroisse, a lancé : « bon, c'est quand même bien qu'elle apprenne aux blanches comme Miley Cyrus, ce qu'il faut alors pour twerker. Il faut des fesses de black pour ça ! » La relation de Rihanna à son pays est ambiguë. Il y a chez eux beaucoup de fierté : l'enfant du pays est selon le magazine Forbes la quatrième personnalité la plus puissante du monde en 2012 et a été élue la même année par Billboard « meilleure artiste pop » des deux dernières décennies. C'est pas rien. Rihanna représente même la Barbade pour un contrat de 3 ans dans une vidéo et des campagnes de pub pour l'office de tourisme. Un patron d'un grand hôtel de luxe nous explique que les Barbadiens, très puritains affichent un comportement assez hypocrite vis-à-vis de leur ex petite chérie : « On l'adorait quand elle rendait hommage à la musique d'ici (reggae, calypso, soca) jusqu'à ce qu'elle commence à jurer, à prendre de la drogue, à poser quasi nue, et à porter des vêtements imprimés camouflage (interdits à la Barbade car ce sont les dealers qui en raffolent, pour faire un pied de nez à l'armée, ndr). Mais ici tout le monde fait ça, sans le dire. Ce qu'on ne supporte pas chez elle, c'est qu'elle l'affiche et laisser ainsi croire à tout le monde qu'on est tous comme ça sur cet île. C'est peut-être une « mauvaise » fille, c'est une bonne ambassadrice, la meilleure qu'on puisse avoir. Elle vend la Barbade à des millions de personnes. »
Les filles qu'on rencontre en boîtes de nuit (notamment au Sugar et au Priva), celles qui sont nées en 88 comme la chanteuse (ou un peu avant), portent des robes sexy moulées sur des corps de rêve volontiers tatoués, qui twerkent, « bubble buttent » et se rasent un côté de la tête sont quand à elles unanimes : « C'est notre idole, clame l'une d'entre elle. Contrairement à Beyoncé, qu'on aime aussi, mais qui est très lisse, et semble tout contrôler, Rihanna se montre comme elle, ne faisant aucun secret de ses excès et osant tout, en se fichant de l'avis des autres, comme lorsqu'elle s'est remise, avec l'homme qui l'a frappé (le rappeur Chris Brown, ndr), contre l'avis de tous. Elle est vraiment libre d'esprit. C'est nôtre Madonna à nous. » Elle offre aussi à ces jeunes femmes la possibilité d'un rêve, celui d'un ticket de sortie vers la gloire mondiale.

Elle en a bavé
On s'est rendu dans le quartier où elle a passé son enfance, à Bridgetown, fait de bungalows délabrés remplis de familles nombreuses, et devant son école, aux airs de camp militaire, et on s'est rendu compte combien Robyn Rihanna Fenty a fait du chemin pour en arriver aux sweats Givenchy et aux vestes Chanel. Sa maison, minuscule, vient d'être retapée (par ceux qui l'ont racheté) mais elle ressemblait avant aux « taudis » qui l'entourent. Sa voisine de palier, une femme qui semble avoir été usé par la vie et être passé par de sérieux problèmes de drogue affirme que bizarrement, Rihanna (qui a déménagé aux États-Unis à 16 ans) revient souvent ici :  « Elle a amené Oprah Winfrey ici, et a fait tourné mes deux petits garçons dans la vidéo d' « I drink to that ». Petite, elle s'habillait comme un garçon manqué, écoutait beaucoup de musique et chantait sur le palier. Elle a toujours voulu être chanteuse mais personne n'y croyait. J'ai l'impression qu'elle revient ici pour réfléchir et se souvenir d'où elle vient. » Un chauffeur de taxi qui l'avait conduite plusieurs fois à l'école ado dans son bus de l'époque raconte que la jeune fille vient de loin. « Elle faisait la tête à chaque fois qu'elle allait à l'école. Ses parents, que je connais bien ne possédaient rien, et vivaient une relation tumultueuse. Ils ont divorcé quand leur fille avait 14 ans, et le père ne vit plus sur l'île. Mais ce dernier, Ronald Fenty, qui travaillait dans un entrepôt et vendait des fringues dans les marchés avec sa fille, buvait, se droguait, et avait un comportement plutôt violent. Mais il y a une explication à son mal-être. La mère de Ronald avait la malchance d'être la femme la plus noire de la plantation, et à cause de ça, de se faire violer par ses patrons. C'est pourquoi Ronald, né pâle, était surnommé ici « The White Bajan » (le Barbadien blanc), et on l'excluait de la communauté. La couleur de peau claire de Rihanna vient de là, et ses yeux vraiment verts, ça remonte sûrement du côté de sa mère, d'origine afro-guyanaise.» Le passé paternel explique en partie les démons et tendances S&M (comme son dernier tatouage réalisé dans la tradition maori digne d'une torture par exemple) qui semblent habiter la pop star aujourd'hui et éclairer le mystère de la rare force émotionnelle de sa voix.

Sa famille, c'est sacré
A part son père, avec lequel elle entretient des rapports tendus, Rihanna est restée très proche de sa famille, dans laquelle elle vient se ressourcer très souvent, pour Noël et lors du Carnaval annuel de Crop Over lors duquel elle défile dénudée et déchaînée, une bouteille de Rhum (la boisson local) à la main. Sa mère, Monica Braithwaite, ancienne comptable, a ouvert une boutique de fringues, Fabulus (Rikett Street, Bridgetown), dans laquelle elle vend des chaussures colorées, des robes bling bling et des tee-shirts à l'effigie de sa fille. On la rencontre dans sa boutique, peuplée de photos de Rihanna arborant toutes les couleurs de cheveux. Monica affiche un sourire radieux, plein de fierté à la vision d'adorateurs de celle qu'elle a enfanté : le fan club français et suisse de la chanteuse venu en masse dans la boutique ce jour-là, en larmes face à la génitrice de leur idole. Les vendeuses toutes très mimi (en t-shirts Riri) sont toutes des cousines de la chanteuse, et dans la même rue, se situe une autre boutique de vêtements qui appartient à l'oncle et la tante de l'interprète de « Diamonds ». Rihanna est aussi très attachée à ses deux frères, ses demi-sœurs, son demi-frère, et elle fait preuve, d'après tous ceux qu'on a rencontré sur l'île d'une grande générosité envers eux. Elle vient d'acheter à la Barbade près du resort 5 étoiles très huppé de Sandy Lane (Tiger Woods s'y est marié et les people américains comme Gwyneth Paltrow viennent y passer des nuits magiques à 2000 euros la chambre) une maison donnant sur la plage pour 22 millions de dollars. La façade ultra blanche est digne d'une carte postale. L'intérieur ? Cinq chambres et salles de bain, immense piscine, salle de sport privée et équipe de sécurité tournant 24h sur 24, assurée par le staff du Sandy Lane Hotel. La rebelle des charts y a installé sa mère, et son plus jeune frère, Rajad. Vivant actuellement entre NY et LA, elle souhaiterait passer plus de temps ici, pour se ressourcer. A 25 ans, la gamine du ghetto est revenue au pays par la grande porte. Fierté internationale.

Les adresses de Rihanna à la Barbade
Le restaurant The Tides dans lequel il faut commander son dessert préféré : le cheesecake Oreo-Mars-Scotch. Succulent.
http://www.tidesbarbados.com/home.php
La plage de Crane Beach (où elle a tourné le spot de tourisme de la Barbade) et qui est considérée comme une des plus belles plages du monde. Son hôtel vaut également le détour.
Le Boatyard Club, dans lequel elle allait beaucoup (de jour comme de nuit) avant d'être connue.
http://www.theboatyard.com/

Comment y aller ?
Via American Airlines, vol aller-retour à partir de 700 euros.
http://www.aa.com/
A savoir ? On peut aller à la Barbade toute l'année car il y fait toujours entre 25 et 30 degres.
Où dormir ? Au sublime et très anglais Coral Reef Club. En basse saison, il faut compter 200 euros la nuit pour deux.
http://www.thecrane.com/

Commentaires

Articles les plus consultés