Mon papier sur Winona Ryder paru il y a quelques mois sur Vanity Fair

http://www.vanityfair.fr/culture/people/articles/winona-ryder-la-carriere-ratee-dune-actrice-a-hollywood/77

Winona Ryder, à la recherche du temps perdu
A l’affiche de The Iceman, Winona Ryder crève l’écran. L’occasion de s’interroger sur les raisons de son rendez-vous manqué avec Hollywood.
Cette éternelle adolescente a changé la façon dont le cinéma voyait les femmes puis elle a disparu. Punie pour un vol par un star system vengeur, la carrière d'actrice de l’enfant chérie et icône des 90’s lui a été soutirée début 2000. Mais était-ce son seul pêché ? Winona n'aurait-elle pas été sacrifiée pour n'avoir jamais grandi ni jouer la comédie dans sa vie ? Retour sur une existence passée à résister aux conventions.
Macabre, bizarre et androgyne : Un style anticorformiste
Winona Laura Horowitz (de son vrai nom) n'aurait jamais été élue reine du bal dans son Minnesota natal. L’Américaine d'origine russe et roumaine a les yeux bien trop noirs, les cheveux trop sombres (vraie blonde, elle les teint en corbeau façon 40's depuis l’adolescence), la voix trop grinçante et le teint trop diaphane. À l'âge de 10 ans, quand ses parents déménagent dans la petite ville de Petaluma (Californie), elle se fait d’ailleurs bizuter par les autres élèves qui la prennent pour un garçon et quitte l'école pour étudier à la maison pendant un an. A ses débuts au cinéma, on lui refuse des rôles. « Pas être assez jolie », lui dit-on. Étrange et solitaire, la jeune fille se pare de noir. Banco. Quand elle rencontre Tim Burton qui cherche l’héroïne de son Beetlejuice (1988), elle a déjà le look de l'ado gothique lunaire Lydia Deetz (la seule qui peut voir les fantômes). Arrivée en avance pour passer les essais, elle discute pendant une demi-heure de The Cure et d'Edward Gorey avec un jeune homme looké comme elle. Quand elle lui dit qu'elle a rendez-vous avec Burton, il lui répond, intimidé : « Mais, en fait, c'est moi ». Les deux ados impopulaires et solitaires de la cour de récré se reconnaissent. Dans Beetlejuice, Winona porte ses propres vêtements. Elle donne ainsi une voix à toutes les filles perdues aux cheveux gras, garçons manqués et ados torturées nées sous la bannière étoilée qui s'identifient à sa jolie neurasthénie. Et ouvre les portes de la gloire aux beautés androgynes, poétiques et mélancoliques modernes : Kristen Stewart, Keira Knightley, Natalie Portman et Mila Kunis lui doivent beaucoup. Ce n'est pas un hasard, si pour son retour dans un film de première classe, Black Swan, les deux dernières jouent les danseuses qui la remplacent dans le ballet de NY. 
 
Une vie privée rock et anarchiste
Née en 1971, de parents hippies, Winona a grandi auprès d'un père libraire, Michael Horowitz, qui a été l'archiviste des ouvrages du gourou psychédélique et pionnier du LSD Timothy Leary (devenu parrain de la petite fille). Michael était ami avec de nombreux artistes de la beat generation comme comme Allen Ginsberg et Philip K.Dick. C'est ainsi que Winona est initiée aux grands mythes de la contre-culture américaine. A sept ans, ses parents déménagent dans une communauté sprituelle près de Elk (Comté de Mendocino, Californie) qui cultive la simplicité extrême et vit sans électricité. Elle passe son temps à lire. L'Attrape-coeurs est son livre préféré, son meilleur ami. On ne revient jamais tout à fait de l'enfance. Punk un jour, punk toujours. En décembre 2001, elle est prise en un flagrant délit de vol à l’étalage. L'actrice subtilise pour 4700 dollars de vêtements et accessoires chez Saks à Beverly Hills. Condamnée à plusieurs peines de travaux d’intérêt général ainsi qu'à un suivi psychologique, Winona ne cessera de s'excuser par la suite. Mais trop tard, Hollywood ne lui pardonnera jamais. 
 
Des rôles névrosés qui ne mentent pas
Son prénom, l'actrice le doit à la Princesse Winona, le personnage amérindien d'une légende issue de la région des rives wisconsinoises du Lac Pépin. La princesse se serait jetée dans le vide du haut du Maiden Rock (Comté de Pierce) pour éviter de se marier à un soupirant qu'elle n'aimait pas. Dans la vie, l'actrice fait des choix. Elle dit non à Coppola qui la voulait dans Le Parrain 3 parce qu'elle n'aime pas le scénario. Sofia Coppola la remplace au pied levé. Elle opte pour des films d'auteurs indépendants (ou de cinéastes avec vision-Scorsese, Coppola, Jarmusch, Burton, Allen, Jeunet) dans lesquels elle incarne souvent la fille mélancolique, hystérique, névrosée ou destinée à une fin tragique. Une carrière entière à façonner les variantes d’un seul et même personnage. Elle-même. Il y a la Victoria de l'iconoclaste Heathers (1988), thriller dérangeant déguisé en comédie ado, où elle joue une jeune lycéenne qui se met à se venger en tuant les élèves populaires du lycée qui se moquent des freaks. Parrain de Clueless et Mean Girls, il hisse les brunes caustiques, les losers et les nerds au rang de héros dans une inversion des rôles jubilatoire. Dans Night on Earth (1991) de Jarmusch, elle incarne une jeune femme qui refuse de devenir actrice pour continuer à être chauffeuse de taxi quand Gena Rowlands lui propose de se lancer dans le cinéma. En 1992, sous les traits de Mina, dans le Dracula de Coppola, elle préfère le bestial vampire assoiffé de sang au sage et joli fiancé notaire. Ryder produit Une vie volée (1999), parce qu'elle se sent proche du rôle principal perturbé par des troubles psychologiques. Et quand elle interprète Joe dans Les Quatre Filles du docteur March (1994) -encore une rebelle-, c'est pour rendre hommage à Polly Klaas, une fillette de 12 ans enlevée en octobre 1993 lors d'une soirée pyjama à Petaluma (où elle a vécu). Les Quatre Filles du docteur March était le livre préféré de Polly. L'actrice a proposé 200 000 $ pour toute information permettant de retrouver la victime et après la découverte du corps assassiné de Polly, elle contribue à la création d’une fondation portant son nom. Humaine, trop humaine.


Des amours punk
Winona croit en l'amour fou. Quand l'ado mal dans sa peau rencontre le poster boy Johnny Depp, figure ultime du beau gosse nonchalant, à la première de Great Balls Of Fire, elle n'a que 17 ans et emménage directement chez lui. Les deux outsiders du cinéma indé américain vivent une relation passionnelle et fusionnelle de 1989 à 1993, incarnant le couple absolu issu de la pop culture des 90's. En 1989, ils officialisent leur liaison dans la presse. Elle déclare : « Quand j'ai rencontré Johnny, j'étais complètement vierge. Il a changé cela. Il a été mon premier tout. Mon premier vrai baiser. Mon premier vrai petit ami. Mon premier fiancé. Le premier gars avec qui j'ai eu des relations sexuelles. Donc il sera toujours dans mon cœur. Toujours. Amusant ce mot. » La gueule d'ange rock d'Hollywood le lui rend bien : « Je mourrais pour elle. Je l'aime tellement. Je ne sais pas ce que je ferais sans elle. Elle traverse des choses difficiles en ce moment. Je voudrais pouvoir embrasser sa douleur, la faire disparaître, l'arrêter, la tuer! Si elle..., vous savez, je ne sais pas ce que je ferais. Je me tuerais. J'aime cette fille. Je l'aime. Je l'aime presque plus que moi-même. » Joignant l'acte à la parole, Johnny se fait même tatouer son prénom. Il supprimera ensuite (épris de Kate Moss) le « na » pour conserver un comique « Wino forever » (poivrot pour toujours). Pour notre part, on n’est pas prêt à enlever le « na ».


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