Mon interview de D.A.F est dans le dernier Bonbon Nuit


 


D.A.F
Les parrains

Texte : Violaine Schütz

Ce duo allemand culte des années 80 est un pionnier de la musique EBM et cold-wave. D'après John Peel, c'est même eux qui ont inventé la techno. Ce groupe aussi radical (musicalement) que conceptuel (verbalement), a imprimé les oreilles et les rétines à travers une poignée d'albums puissants et nihilistes et d'une dangereuse imagerie homo-érotique/S&M. Issus de la Neue Deutsche Welle (la nouvelle vague allemande), les toujours alertes (presque la soixantaine) Gabi Delgado-Lopez, fils d’émigrés espagnol au chant et Robert Görl, pianiste classique reconverti dans la batterie, et l'électronique, se racontent avant leur concert à la Gaîté Lyrique (qui avait ce soir-là renoncé à la joie).

Que signifie votre nom ?
Robert : Deutsch-Amerikanische Freundschaft (amitié germano-américaine)? C'est de l'ironie bien sûr.

Quand vous êtes vous rencontrés ?
Robert : Dans un bar (le Ratinger Hof) à Düsseldorf, en 1978, c'était l'automne, comme beaucoup d'autres gens. Des comptoirs de bars naissent beaucoup d'histoires. Le lendemain, on fondait le groupe. Avant on avait joué dans d'autres formations, Gabi dans des groupes punk et moi, j'avais appris la musique classique et le piano.

Quel a été le déclic pour faire ce groupe ?
Gabi : Le punk. D'un coup, il n'était plus nécessaire de savoir jouer d'un instrument ou d'avoir de l'argent pour acheter du matériel. On pouvait improviser. Plus jeune, je m'étais dit que je voulais faire de l'art, mais je ne savais pas si je choisirai l'écriture, la peinture ou autre chose. Quand l'attitude punk est arrivée, j'ai su qu'il fallait que j'opte pour la musique. Avec la révolution punk, une vraie opposition s'est crée contre le bourgeois, les élites: on crée ses propres vêtements, son label, ses règles, on n'avait plus besoin de personne. Tu n'as pas appris la musique ? Ce n'est pas grave, joue ! Fais-le toi même, tu t'en fous de ce que les autres disent. C'était l'énergie la plus novatrice et moderne qu'on ait pu vivre. C'était tellement frais qu'on s'est dit : pourquoi faire du vieux rock'n'roll ? C'était si neuf qu'on devait innover nous-mêmes. Et pour cela, on ne voulait pas des instruments de nos grands-parents. On a acheté des synthés, qui n'étaient pas chers du tout à l'époque.

Au départ, vous étiez deux, puis il y a eu d'autres membres dans le groupe, puis vous êtes redevenu un duo quand votre troisième disque est sorti (Alles ist gut en 1981) ? Vous aviez trouvé la bonne formule ?
Robert : Oui, à deux, il y a moins de compromis à faire. Et on n'aime pas les compromis. A plusieurs, il y en avait toujours un pour dire qu'il fallait ajouter ceci ou cela, qu'il fallait que ce soit plus noise, ce qui est un handicap. A deux, on est plus radical et minimal, c'est plus brut et pur. Daf c'est nous deux qui entrons en studio sans savoir ce qu'on va faire, sans avoir répéter avant, et puis qui essayons des boucles, comme deux artistes en résidence. C'est un « work in progress ». C'est très direct, un échange créatif, une alchimie. Pour trouver un nouveau style, il ne faut pas s'embarrasser de compromis, il faut rester près d'une idée pure et minimale.

Quelles étaient vos influences quand vous avez débuté DAF ?
Gabi : J'écoutais beaucoup de disco à l'école, du funk, de la soul, James Brown mais aussi T-Rex et le glam rock. J'étais influencé par le dadaïsme, le constructivisme, le surréalisme, Max Ernst, Tristan Tzara.

Qu'écoutez-vous aujourd'hui ?
Gabi : Beaucoup de flamenco, car c'est très chaud, ou de la musique mainstream qui passe dans les supermarchés car elle contraste beaucoup avec notre musique. On aime aussi le silence, éteindre MTV et se concentrer sur autre chose, car il y a de la musique partout aujourd'hui.

Les paroles de votre tube, « Der mussolini » (« Dance the Mussolini, move your behind, clap your hands, and now the Adolf Hitler, and now the Jesus Christ ») sorti en 1981, ont scandalisé les gens à l'époque et la police venait à vos concerts pour rétablir le calme. Votre musique porte-t-elle un message politique ?
Gabi : Non, nous nous intéressons aux mots eux-mêmes : sont-ils sexy ou pas, sonnent-ils bien ? C'est comme de la poésie, on associe les phrases entre elles en les vidant de leur sens. On trouvait que le nom Mussolini sonnait bien isolé de sa signification, en dehors d'une idéologie, c'est du dadaïsme.

Vous vous érigez tout de même contre une certaine forme de conservatisme et de moralisme ? A travers vos morceaux, vous semblez à la fois anarchistes, anti-impérialistes, anti-américains, anti-consuméristes...Et votre utilisation du sexe à outrance dans vos paroles va assez loin dans l'anti-puritanisme, comme dans le très cru « Drück dich in mich » («Pénètre-moi»).
Gabi : Si message il y a c'est : rien n'est interdit, rien n'est sacré, rien de mauvais, il faut tout essayer.

De nombreux artistes (Wagner, Rebotini, Discodeïne) s'inspirent aujourd'hui de votre musique et reviennent à l'EBM/cold wave, comment l'expliquez-vous ?
Robert : On a inventé beaucoup de choses sur nos premiers albums, comment utiliser l'électronique d'une certaine façon. On a du coup beaucoup de respect de la part de la house et d'autres styles musicaux qui nous considèrent comme leurs grands-pères.

Travaillez-vous sur un nouvel album ?
Oui, il sortira en 2015, tenez vous prêts. Punk un jour...


Discographie
Ein produkt der Deutsch Amerikanischen Freundschaft (1979)
Die Kleinen und die Bösen (1980)
Alles ist gut (1981)
Gold und Liebe (1981)
Für Immer (1982)
Live in Berlin 1980 (1983)
1st Step to Heaven (1986)
Hitz-Blitz (Compilation 1986–1987) (1989)
Best of D.A.F. (1988)
Fünfzehn neue D.A.F-Lieder (2003)
 

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