Interview de Björk parue dans le Bonbon Nuit 27 décembre 2012


Björk
Bâtarde sensible

Texte : Violaine Schütz / Photo : L'égoïste

La pop star islandaise iconoclaste sort son meilleur disque depuis longtemps. Bastards, album de remixes de l'ambitieux Biophilia contient des versions de ses morceaux par Death Grips, Hudson Mohawke, These New Puritans ou Omar Souleyman pour se révéler passionnant. On a lui téléphoné en Islande, pour l'entendre nous parler de ce projet de sa voix chantante inter-coupée de rires cristallins. Irrésistible.

C'est ton troisième album de remixes, pourquoi Biophilia se prêtait bien à cet exercice ?
Ce n'était prévu au départ, mais je me suis retrouvée avec beaucoup de morceaux remixés, et beaucoup de choses me plaisaient. Sur Biophilia, tout était très élémentaire, ce qui laissait beaucoup de place à la réinvention. Les chansons avaient de la place et de l'espace pour respirer, employant le silence autant que la mélodie. J'avais aussi envie de faire danser les gens, que les chansons aient plus de beats et de jambes pour bouger. Les remixeurs ont amené Biophilia à un autre niveau. J'ai ensuite eu envie de tout mettre sur un CD. Beaucoup de gens n'ont pas la patience de tout télécharger sur le net, les gens de mon âge, de ma génération s'y perdent, à force. C'est une copie pour eux. Quand j'avais fait Debut, c'était l'époque où je sortais beaucoup à Londres et on trouvait beaucoup de vinyles blancs avec des remixes. En sortant sa version remixée, je l'ai appelé The Best Mixes from the Album Debut for All the People Who Don't Buy White Labels, car j'ai pensé à mes amis qui passaient plus de temps dans le bus ou les cafés qu'en clubs. Là j'ai pensé à ceux qui ne sont pas très au fait avec les nouvelles technologies.

Comment as-tu fait la sélection parmi tous les remixes qui étaient sortis en ligne ?
J'avais envie de raconter une histoire, et de ne pas faire trop long. J'ai choisi les morceaux les plus cohérents entre eux, pas forcément mes préférés.

Comment as-tu choisi les remixeurs ?
Il y a une histoire différente avec chacun d'eux. Omar Souleyman, des amis m'ont fait écouter sa musique il y a deux ans, et je me suis dit : waaah, je veux absolument faire un disque avec cet homme. Matthew Herbert, je le connais depuis très longtemps, et on a beaucoup travaillé ensemble. Death Grips, c'est par mon amie Leila Arab, qui m'a envoyé un lien vers leur musique il y a un an. Ils me rappellent vraiment Public Enemy. Pour le reste, j'ai découvert sur Internet, sur Youtube.

C'était un besoin pour toi de donner ton disque à d'autres personnes, de travailler avec d'autres personnes et de leur faire totalement confiance ?
Oui car je suis quelqu'un qui me lasse très très vite. Alors j'ai besoin de travailler avec des gens qui m'excitent. Je suis très curieuse du point de vue des autres aussi, ce qu'un remix peut être. Ça me donne des challenges pour progresser. Je fais de la musique depuis si longtemps, et tout le temps, que je ne dois pas m'enfermer.

Qu'est-ce qu'un bon remix pour toi ?
C'est une version qui respecte le cœur de la chanson tout en l'amenant totalement ailleurs. Il y a des règles non écrites du remix. Et en même temps, c'est une forme de collaboration qui laisse une extrême liberté. Dans les standards de jazz, c'est la même chose : on voit vraiment la personnalité de l'autre. « My funny Valentine » par Billie Holiday ou par Miles Davis c'est deux univers différents qui sont reflétés, mais on reconnaît toujours la chanson.

Biophilia était un album centré sur l'idée de nature, qu'en est-il de Bastards ?
C'est toujours la nature, mais une nature différente. Pour moi, la nature c'est quelque chose de très hardcore. C'est l'Islande, les irruptions, les volcans, la neige, le blizzard. Ca peut être très destructeur et en même temps c'est la vie. Biophilia est élémentaire, dans le sens « état de nature ». Mais Bastards se rapproche du côté hardcore.

Peux-tu nous rappeler le principe de Biophilia, sur appli iPad et crée sur iPad ?
C'est un projet fondé sur les connexions entre la musique, la nature et la science. L'idée c'est que ça arrive dans les écoles, sous forme de workshops, comme ça a été le cas à New-York et en Islande, où beaucoup de parents et d'enfants ont participé et découvert l'interaction entre sons et physique.

Pourquoi ce titre de Bastards ?
Parce que tous les artistes sur ce disque sont en quelque sorte des « bastards ». Et je me sens comme l'une d'entre eux. (rires)

Bastards (One Little Indian Records)
Biophilia en résidence à Paris à partir de février 2013

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