Extrait du roman "rock'n'roll suicide" 30 chansons pour rater sa vie (Mes journées sont pires que les vôtres, mais mes disques meilleurs)


Après une mauvaise expérience pour mon livre publié chez Scali (la boîte a fermé sans me verser un centime des ventes)...plutôt que de démarcher les éditeurs, je mets ici un extrait d'un roman de pop littérature débuté il y a 6 ans. Si un éditeur est intéressé, merci de me contacter à violaineschutz@gmail.com 
Un peu comme une annonce sur un site de rencontre...Roman cherche éditeur.

Chanson 2 – Guns n' roses- « Welcome to the jungle » ou l'adolescence difficile d'une apprentie rock star dans le Sud

J'ai commencé à sentir qu'il y avait un truc qui n'allait pas chez moi quand on devait remplir, en classe de troisième les petites fiches qui comprenaient ce qu'on voulait faire plus tard et que moi je voulais juste écouter les Gun's et Nirvana.Toutes les filles se partageaient entre « hôtesse de l'air » et « infirmière », y avait de la concurrence. Les garçons, c'était « footballeur » ou « archéologue ». Ils hésitaient quand même, inscrivaient souvent un deuxième choix, du genre « reprendre la boite de papa ». Moi, c'était clair, net, et précis. Je voulais être rockstar. Je voulais hurler des trucs comme « Bienvenue dans la jungle / nous la prenons jour après jour / Si tu la veux tu vas saigner mais c'est le prix à payer / Et tu es une fille très sexy très difficile à contenter ». Je voulais qu’on crie mon nom et arrache mes bas, alors que je ne portais que des gros collants en laine de fillette des Ursulines. Oui, je fantasmais sur des bas qui auraient tenu tout seuls sur mes cuisses galbées et luisantes de rock star. Je voulais être rock star, parce que les rock stars, ça « pêcho » comme disent les jeunes. Et le fait est qu’aussi loin que je m’en souvienne, je n’ai jamais été très forte pour les garçons. Pour résumer la situation : s’il existe une recette pour avoir les réponses à la question primordiale : « Comment mettre les mâles en émoi », comme il en existe une pour le gâteau au yaourt, et bien je ne la connais pas. Ma grand-mère avait oublié de me la laisser celle-là. Et ça aurait pas été dommage qu’elle y pense. Enfant déjà, les garçons me prenaient pour une des leurs, un petit mec, et au lieu de jouer au docteur avec moi, ils me filaient des tapes amicales dans le dos, dealaient des billes dans la cour de récré en essayant de m’arnaquer. J’en ai gardé une sainte horreur de la tape dans le dos et des arnaqueurs en tout genre.

Ado, alors que les garçons s’affolaient dés qu’un jupon passait, mon tee-shirt Slayer acheté en économisant sur les pains au chocolat et assorti à mon jean troué, ne faisaient de l’effet qu’à mes professeurs dépités par ces signes extérieurs de rébellion. Ma révolte et mes cheveux gras ne créaient aucune émeute. Aussi je commençais drôlement à me poser des questions. « Que fallait-il faire pour leur plaire, aux garçons ? » Le sexe opposé me paraissait être un monde très mystérieux dont les codes et les rites paraissaient aussi indéchiffrables que des calligraphies en arabe du Coran de ma mamie musulmane. Je ne comprenais rien aux mecs. Ce problème relationnel avec tout ce qui portait un service trois pièces entre les jambes, avait fini par devenir une obsession. Il fallait agir. Et vite. Avant que je finisse seule, vieille, édentée et fripée, une pinte à la main, un morceau de pizza froide dans l’autre, dévorée par mon chat, Elvis. La solution ne tarda cependant pas à arriver.
Etant née de parents fin mélomanes, qui ont choisi mon nom en référence à la batteuse du groupe français new-wave Lili Drop, il y avait toujours eu chez moi des tonnes de numéros des magazines Inrockuptibles, du NME, de Best, de Mojo et de fanzines plus ou moins obscurs. J’achetais Rock’n’folk, en ultime signe de contradiction face à ce bon goût indie et pointu des parents qui adulaient Joy Division, New Order, tout le label Factory, Michael Nyman, Glenn Branca, Satie, Section 25 et les balbutiements de la musique électronique.

Un jour où j’admirais les posters punaisés au mur de ma chambre, rêvant éveillée devant Pj Harvey en combinaison rose, boa, poils sous les bras et Courtney Love dans sa robe de baby doll, mi pute de bas étage, mi fillette innocente, me vint une idée quasi géniale pour mettre fin à ma misère sexuelle. Ces filles là avaient la classe (depuis, ma définition du chic a quelque peu évolué, je l’admets). Je pensais qu’elles devaient susciter pas mal d’intérêt auprès des mâles. Tout ça parce qu’elles tenaient entre leurs mains un micro et que cet objet phallique leur donnait du sex-appeal. Et si je me mettais à chanter, moi aussi, n’aurais-je pas la même aura et le même succès auprès des garçons ?
Le tableau qui se profilait était trop beau : mon nom sur les affiches, les tickets de concert vendus à l'aube en moins d'une heure, les magazines, prononcé à la télévision, les refus de contrats par amour du rock’n’roll et puis surtout les lettres de fans me harcelant, allant jusqu’à négocier avec le videur (un laisser passer contre une turlutte ?) pour venir me voir backstage. Je serai bientôt vite obligée de me cloitrer chez moi pour échapper aux groupies hystériques. Je resterai alors longtemps assise dans l’herbe épaisse du jardin de mon immense villa flambante neuve, plusieurs garçons amourachés de ma personnes et triés sur le volet (élus ?) autour de moi, obnubilés par mon pouvoir sexuel, me priant de bien vouloir leur offrir une mèche de mes cheveux, pour la conserver dans leur boite à fantasmes d’adolescents, à côté de leur premier poil pubien, de la photo de la star de porno du film de canal + et du string volé à leur voisine.

Je leur raconterais alors tout sur les figures imposées de la chose rock, les groupies, les coupes de cheveux du métal, les boots en cuir à talonnettes et bouts pointus. J’aurais les bonnes Ray-Ban, le perfecto court, le badge Iggy Pop, et puis la démarche « hanches cassées », que je réussissais plutôt bien (j’avais vu faire Patrick Eudeline, en le suivant à Pigalle, lors d’un voyage scolaire parisien) comme si j’avais porté des santiags pendant 115 ans, ce qui aurait été un vrai challenge dans la ville où les tongs sont reines, c'est-à-dire Marseille (mon tombeau natal).

Après une petite annonce passée sur les murs du lycée, je me trouvais un groupe. De délicieux métalleux répondant au doux nom de « radio rebels ». On se réunissait tous les mercredis et samedis après midis dans le garage de mes parents. Lorsque Radio rebels arrivait dans le jardin où se trouvait le lieu de répet, cheveux longs au vent, guitare en bandoulière, les voisins se planquaient chez eux, l’œil torve et la veine battante, semblables aux victimes de Nosferatu avant la morsure du vampire. Du coup, Radio Rebels avait même inventé un signe vengeur avec les mains inspiré du heavy métal pour leur signaler gentiment qu’ils pouvaient aller sucer des queues en enfer. Je crois bien que c’était mon idée. Je n’en suis pas très fière. Tous les blaireaux font le même signe aujourd’hui.

Mais à l’époque, on avait de la gueule. Dans le garage, on avait installé, entre les posters de Lemmy de Motorhead (notre dieu à tous), d’Ozzy Osbourne (avec un rat dans la gueule), ceux de Kurt Russell torse-poil dans New York 1997 et ceux de filles en petite tenues. Un grand miroir récupéré dans la rue gisait contre l’un des murs, afin de contempler le reflet de nos pauses « r’n’r ». « Sommes-nous assez sex and rock’n’roll pour notre futur public ? » se demandait-on, non sans anxiété. Quand les gimmicks n’étaient pas assez burnés, on les répétait à l’infini. Nos chorégraphies prenaient parfois des airs de concours d’Air Guitar, sauf qu’on avait les guitares (même si nous ne savions pas tout à fait en jouer).

Mais malgré tous nos efforts, les fans ne venaient pas frapper à la porte du garage et ma libido commençait à me tourmenter. Je m’étais donc finalement éprise (par la force des choses) du batteur qui avait un peu moins de boutons que les autres et les cheveux un peu moins sales : Pierre. Il y a plus rock comme prénom. J’imaginais plutôt perdre ma virginité avec un Ian ou un Dylan. Pas un Pierre. Mais ma première pseudo-relation sexuelle eut bien lieu avec un type au prénom franchouillard, dans une voiture empruntée à ses parents. La loose totale ! Devant la corniche et toute une bande de papis en train de prendre le Ricard dans le bar PMU d’à côté. On a fait plus excitant comme cadre. Aussi, je décidai, au dernier moment, juste avant qu’on passe aux choses vraiment sérieuses, que ça ne se ferait pas comme ça.

- Non, ce n’est pas une bonne idée, dis-je, simplement.
- Tu me prends pour un con, t’as pas arrêté de m’allumer pendant les répéts.
- Tu ne comprends pas, Pierre. Il ne peut pas y avoir de relation physique entre nous. Il nous faut sacrifier notre amour pour la cause du rock'n'roll. Car je dois rester pure pour faire fantasmer mes futurs adorateurs.
Qu’est ce qu’on n’inventerait pas pour se tirer d’un mauvais pas.


Et j’eus raison de me préserver, car mes efforts finirent par payer. Le moment de gloire de Radio Rebels allait enfin arriver. Nous étions sélectionnés pour jouer au tremplin rock du lycée. C’était un peu comme perdre notre virginité. Nous en rêvions depuis des lustres, et on s’était beaucoup masturbé à ce propos. J’allais enfin prouver au monde (qui n’en demandait sans doute pas tant) combien j’étais une fille sexy et ultra classe. Quelqu’un allait me repérer, c‘était certain. Radio Rebels avait tout fait pour cela, c'est-à-dire que je m’étais teint les cheveux en rose, et imprimé de faux tatouages-décalcomanies sur les bras. Et puis j’avais beaucoup bossé au Mac Do, à imprimer les stigmates des brûlures de frites sur ma peau et à emprunter les sourires indélébiles du clown Ronald, pour me payer les bonnes Ray Ban.

Et voilà, quelques jours après, on y était. Sur la scène. Des tas de lycéens surexcités hurlaient tels des pourceaux égorgés. On commença à jouer, la folie monta très vite et je voulus tenter un ultime truc rock’n’roll, en me jetant dans la foule. J’avais vu Courtney Love faire ça durant un concert sur MTV, juste avant de traiter une de ses fans au premier rang de « salope » parce qu’elle portait le tee-shirt d’un groupe bidon (bonne raison cela dit).
Mais la vie, c’est pas comme sur MTV. La plèbe, sans doute effrayée par mes quelques kilos en trop, ne fut pas au rendez vous. Je me rétamai donc, lamentablement, sur le sol, le nez cassé, en sang. Bonne pour les urgences. A peine, eus-je le temps, face aux soupirs de sentir que la situation n'était pas géniale pour mon aura. Le sang, les larmes, tout y était. Mais rien de cela n’était excitant. J’étais juste en piteux état. Après l’accident, les relations sexuelles ne furent pas au rendez vous et je dus renoncer à devenir une rock star pour me contenter par la suite du rôle moins glorieux, de rock critique.



























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