Le B018 à Beyrouth (article paru dans le Bonbon Nuit 21 - mai 2012)


Le bon club
Le B018
Dansons sous les bombes

Par Violaine Schütz

Qui n'est jamais allé au B018 à Beyrouth n'a jamais clubbé. Au delà de la simple virée en boîte, c'est une expérience totale qui se vit à fond. Récit d'une nuit sous la terre.

 C'est au milieu de nulle part. On y va en voiture, en taxi, ça prend du temps, puis on arrive sur une sorte de zone désaffectée qui a été rasée (le quartier s'appelle la Quarantaine, ça veut tout dire, et c'est en fait le site d’un massacre commis pendant la guerre en 1998). On se demande alors où se trouve le club et si on ne s'est pas trompé d'adresse. En fait, le B018 s'immisce sous terre, dans un bunker en sous-sol (désigné par Bernard Khoury) dont l'entrée est gardée par deux cerbères colossaux sosies libanais de Pascal Brutal. On y va à 3h du mat car le B018, ouvert depuis 2006 est un lieu d'after. On amadoue les videurs puis on descend les escaliers et là, le choc. Un homme nous glisse à l'oreille : « Tout ce qui se passe au B018 reste au B018 ». Il avoue y avoir embrassé pour la première fois une fille. Le B018, c'est là que les gays au Liban flirtent et que le Moyen-Orient s'encanaille, aspiré par la noirceur souterraine et les effluves de BPM.

Pulsions de vie

Il faut dire que le lieu prête à tous les excès. Très sombre (on distingue à peine le visage des clubbers), on voit tout juste les serveurs sapés en infirmiers (tout de blanc vêtus), le sol en pierre grise, les décors en bois, du velours rouge, et des guéridons en marbre blanc veiné. Dans ces viscères, on danse pendant des heures sur des banquettes en forme de cercueils de bois, comme si il n'y avait pas de lendemain, sur de la minimal mixée par un DJ aux faux airs de Ben Laden (barbe longue et tee shirts). On boit beaucoup de vodka. Et au bout de plusieurs heures de danse exaltée, le toit s'ouvre sur le ciel, on lève alors les bras sous les étoiles, en respirant enfin. Il règne dans cet endroit quelque chose de très fort, une ambiance : « dansons sous les bombes ». On sent que la guerre et la mort ont rôdé ici il y a peu, et que des pulsions de vie se déchaînent sur le dancefloor. On ressent dans cet antre un peu la même liberté qu'à Berlin, poussée à son paroxysme. www.b018.com

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