Article sur la new soul paru en 2010 dans le magazine Flavour


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Tous ivres de new soul

Amy Winehouse a donné le la. Et puis ce fut l'attaque des clones. Duffy, Adele, Gabriella Cilmi, Raphael Saadiq...tous ressuscitaient la Motown et Stax Records. Explications d'un phénomène, la néo-soul, et portraits de ses meilleurs nouveaux espoirs.

Période de crise financière oblige, l'heure est aux discours rassurants. Pas étonnant que la soul, ce genre si familier et si chaud fasse son comeback à l'heure où on craint tous les lendemains qui déchantent. Simple coup d'œil dans le rétro ou mimétisme total, beaucoup de nouvelles stars de la pop recyclent des formules inventées dans les années 60 et ressortent les archives des mythiques studios Stax et de la Motown pour copier sa géniale inventivité. Tout a commencé avec l'inégalable Amy Winehouse qui, en 2007, clouait tout le monde avec son poignant Back To Black, plus Ella Fitzgerald que nature. Alors qu'on désespère d'entendre un jour un nouvel album d'elle (elle vient de sortir une collection pour Fred Perry au lieu de nouvelles chansons), sont apparus des soul sisters et brothers, blancs et noirs, marchant sur les traces d'Amy et ses glorieux ainé(e)s. Parmi eux, les Anglais Jamie Lidell (dans un genre électro et barré) et Rox (un mix réussi entre Lauryn Hill et Amy) ont su tiré leur épingle du jeu.
Mais comment expliquer ce retour aux racines? Équivalent des robes vintage dans nos placards, la soul (« musique de l'âme ») a ce côté doudou qui change des pop stars jetables et de l'ère du téléchargement. La soul, qui dérive du rhythm and blues et du gospel (musique d'église), c'est aussi un retour à de vrais valeurs, à une époque sans pitié. Alternative salvatrice à l'exubérance de Lady Gaga, La Roux et autres Beth Ditto, la soul, c'est l'élégance, le chic, l'indémodable...des costards noirs aux voix de velours en passant par les cuivres luxuriants. Alors que les musiques noires ont tendance à faire dans le bling-bling r'n'b, la soul post-moderne offre aux timides une remède plus sobre, romantique et authentique. Portrait de trois gentlemen néo-soul qui vont enchanter l'été.

Plan B, le plus hip-hop
Il y a fort à parier pour que ce soit le tube (solaire) de l'été. « She Said » morceau au groove imparable, qui ressuscite la Motown, en y croisant l'ADN du r'n'b UK des années 2000, est signé par l'Anglais Plan B, un blanc(-bec) qui fait swinguer les notes comme un black. Pourtant, c'était pas gagné pour Plan B. Le londonien Benjamin Paul Ballance Drew (de son vrai nom) sortait en 2006 un premier album trash et inégal Who Needs Actions When You Got Words qui l'imposait en sous-Eminem. Mais le rappeur (de 27 ans aujourd'hui) a depuis mâtiné son hip-hop, mis des cuivres dans ses mélodies acérées et du romantisme dans son flow. Du coup, son nouvel album concept, The Defamation of Strickland Banks, qui raconte l'histoire d'un personnage fictionnel, un artiste, Strickland Banks, qui finit en prison, s'est classé numéro 1 des ventes en Angleterre. Sorte de croisement entre The Streets, Justin Timberlake et Amy Winehouse, il mêle acoustique (Plan B joue de la guitare comme personne), soul vintage 60's et voix haut perchée. A classer dans la A list des nouveaux soul-men qui iront loin. Le plus? Ben est également acteur et réalisateur. Un bon plan B si la soul le saoule.
The Defamation of Strickland Banks (Warner)

Mayer, le plus crooner
Impossible en voyant une photo de l'américain Mayer Hawthorne de deviner sa voix. Lunettes de nerd, frange pop, tailleur trois pièces, ce jeune blanc de 29 ans n'a pas le timbre d'un rockeur mais celui, suave, d'un crooner sentimental né quarante années plus tôt, et qui sent bon les dinner, les drive-in et les robes vichy. Normal, originaire des alentours de Detroit (la ville où est née la techno mais aussi de la Motown) Andrew Mayer Cohen, a grandi en écoutant la soul qui passait à la radio et pense que « les meilleures musiques jamais produites proviennent de Detroit ». Nostalgique, le DJ et multi-instrumentiste nourrit aujourd'hui sa pop d'Isaac Hayes, de Curtis Mayfield, de Smokey Robinson et Barry White. Et ça marche! Son premier single « Just Ain't Gonna Work Out » dont l'hédonisme rappelle le « Smile » de Lily Allen, réveillerait la midinette chez Cruella. Et tout le reste de son premier album, A Strange Arrangement, a le même potentiel de séduction : chœurs moelleux, cuivres soyeux, textes torrides, percussions classieuses...Parmi les nouvelles stars de la néo-soul, on tient sans doute l'un des Mayer.
A Strange Arrangement (Stones Throw / Discograph)

Eli « Paperboy » Reed, le plus old-school
Il porte la banane façon Elvis, mais la comparaison s'arrête là. Pour les ancêtres, il faudrait plutôt chercher du côté de Marvin Gaye et Sam Cooke. Jeune prodige issu de Boston, Eli côtoie du haut de ses 24 ans, les plus grands de la musique noire. Roll With You, son second album, (un des disques de l'année?) sonne comme un futur classique. Il faut dire qu'Eli a de qui tenir. Dans le Massachusetts, où il a grandi, il piquait les disques soul et rhythm and blues de son père, critique musical. A 18 ans, quand d'autres montent un groupe de rock alternatif, l'ado part en pèlerinage dans le nord-ouest du Mississippi (où le blues est né) pour rencontrer les héritiers de John Lee Hooker. Après avoir écumé le pays avec sa guitare, il intègre l'université de Chicago et joue de l'orgue dans un quartier noir avec un orchestre de gospel. Résultat? Quand il rentre chez lui en 2004, son premier disque de reprises impressionne jusqu'aux vieux de la vieille. Come And Get It, composé uniquement de compos bien à lui, provoque la même admiration. Enregistré avec sept musiciens et produit par Mike Elizondo (Eminem, Gwen Stefani), ses chansons d'amour à fendre le cœur stupéfient par leur façon anachronique de convoquer Otis Redding sans jamais sonner tout à fait rétro. Et si la vraie nouvelle Amy, c'était Eli?
Roll With You (Capitol)






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