mercredi 14 mars 2012

Gomina (RIP) / Gun Club

Avant de devenir rédac chef du Bonbon Nuit, j'ai lancé un fanzine pour le Scopitone intitulé Gomina avec le génial Joachim Roncin en D.A, et dedans on a publié des textes, photos et illustrations dont on était très fiers.En voilà un :


« I got the keys to the kingdom and the world can’t do me no harm » 

The Gun Club 
JEFFREY LEE PIERCE LE DIVIN
par Nicolas Ker

Kid Congo raconte qu’il a rencontré Jeffrey Lee Pierce dans une boîte de nazes à Los Angeles et que celui-ci, au terme d’une nuit de cuite, lui a proposé de monter un groupe ensemble, et que Congo serait le meilleur guitariste du monde alors qu’il n’avait jamais joué une note. Un an après, les Cramps (qui sont déjà une pointure, rien à voir avec le statut de losers du Gun Club) proposent à Kid Congo de les rejoindre, il hésite par loyauté envers Jeffrey, celui-ci lui rétorque instantanément : « Fais-le direct, moi à ta place je le ferais, de toute façon on rejouera ensemble parce qu’on
se marre bien tous les deux et qu’on sait tous les deux que l’art ce n’est pas si important que ça. » Et en ça, Jeffrey Lee est divin.

D’ailleurs, deux ans après, Kid Congo, s’étant emmerdé chez les Cramps, rentre à Los Angeles, traîne à nouveau avec Jeffrey. Celui-ci a obtenu un financement conséquent et un des meilleurs studios de L.A, et un soir de cuite, il
propose à Kid Congo d’en profiter et d’aller enregistrer n’importe quoi, genre ils engagent le pianiste de Julio Iglesias, reprennent un vieux blues pourri de comédie musicale (une sorte d’équivalent de « Cats » de l’autre truffe de Broadway, Andrew quelque chose), « The Las Vegas Story », rigolent de leurs propres blagues (il suffit d’écouter l’album pour se rendre compte que c’est magnifique)… Un soir, totalement raide, Jeffrey lui dit : « Il faut quand même faire une belle chanson pour faire genre. » Il prend une guitare et compose « Secret Fires » en 10 minutes et en ça, Jeffrey Lee est divin.

Billie Holiday, dans son autobiographie, raconte qu’elle a toujours fait n’importe quoi : elle a par exemple acheté un salon de coiffure à sa mère et s’est ramenée complètement bourrée à son inauguration. Sa mère, ultra-énervée, a jeté Billie dehors en lui disant qu’elle lui foutait la honte devant ses amies. Billie s’est dit : « salope, c’est moi qui lui ai acheté son salon, cette bonniche ingrate, je vais me venger » et, toujours totalement raide, est rentrée chez elle et a écrit « God bless the child » pour pourrir sa mère. Elles se sont évidemment réconciliées le lendemain, la chanson est restée. Jeffrey Lee Pierce et Billie Holiday sont tellement investis par une tragédie d’une ampleur universelle et d'une compréhension intime de celle-ci
qu’ils ne peuvent plus que faire des blagues. Et leurs blagues ont la dimension de celle du démiurge qui nous a balancés comme des merdes sans fonction dans un univers sans sens, plein de tristesse et de beauté.
 

Kid Congo

“The last conversations I had he was very up and very happy and he was actually reading me stuff from his book like he was reading all of that stuff he was writing about channeling Isaac Hayes through the Tokyo radio tower. It was really insane stuff and he was reading that to me and we were completely hysterically laughing on the phone. And that was my last conversation with him. Which was, in hindsight, a nice last conversation to have.”

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