dimanche 27 novembre 2011

Robert + Siouxsie

Dj set à l'Hotel Telfair (Ile Maurice) du 28 novembre au 4 décembre avec Céline (Kiss The Girl)

vendredi 18 novembre 2011

Article : The Rapture - Rave éveillée (article paru en septembre 2006 dans Trax)


Texte : Violaine Schütz

The Rapture
Rave éveillée

The Rapture a réinventé le rêve américain. D’obscur groupuscule noisy, né il y a dix ans dans l’anonymat d’une banlieue de San Diego, il est devenu la sensation post-post-punk que les clubs branchés de la terre entière s’arrachent. Comment ? En tentant l’aventure techno. Une des plus palpitantes de ce siècle…

Evoquant la signature récente du groupe avec une major (Mercury/Universal), Patrice Bardot bouclait ainsi son papier de couv consacré à The Rapture, en 2003 : « Un peu comme à l’armée : si tu as signé, c’est pour en chier. The Rapture va-t-il se venger en ne parlant plus aux journalistes ? James Murphy va-t-il s’acheter un loft rue du Faubourg St-Honoré avec l’avance de Mercury ? Nolwenn Leroy sera-t-elle remixée par ses compagnons de label ? » Pas de panique, rien de tout ceci n’est arrivé. Par contre, à l’écoute de Pieces of the People We Love, le second (et très attendu) album du groupe, force est de constater que beaucoup de changements ont été opérés. Une prod qui a coûté bonbon, du disco en veux-tu, voilà…Et comme les Rapture causent encore aux journalistes, on a profité d’une chaude matinée de juillet, pour en savoir plus sur ces nouveautés ensoleillées.

Rapture à la Plage
Un café chic dans le cinquième arrondissement de Paris : Vitto Roccoforte (le batteur aux cheveux grisonnants), Luke Jenner (le grand frisé, chanteur et guitariste), ainsi que les faux jumeaux (et vrais cousins), Mattie Safer (voix, basse, synthés) et Gabriel Andruzzi (saxo), ont tous leur théorie sur The Rapture vol II, le blockbuster de la rentrée dance. « Il est plus lumineux et spacieux », assure Vito. Pour Gabe, « Il est plus fun, soulful et évident qu’Echoes. C’est un peu « The Rapture va à la plage » ». Pas faux. Sur Pieces of The People we Love, le punk-funk d’antan a pris des couleurs, bronzé au soleil de L.A. (où la moitié des enregistrements ont eu lieu). Il miroite de reflets ignorés, étincèle d’un groove nouveau : « On est vraiment un groupe de funk, depuis l’arrivée de Gabe », assure Mattie. Ce changement de cap (sous le soleil exactement), ils le doivent en partie à une production éclairée : Paul Epworth (Bloc Party), Danger Mouse (Gorillaz et Gnarls Barkley), Ewan Pearson (remixeur des Chemical Brothers et de Depeche Mode). Tous ont contribué à faire que sur Pieces, The Rapture sonne comme il toujours du le faire, soit comme un incroyable groupe de dance.

Rapture à la dèche
Il est bien loin le temps où Luke servait des godets dans un bar new-yorkais (un cocktail y porte aujourd’hui son nom, le Jenner-ino). Bien loin aussi celui où les garçons dormaient sous les ponts. En 1997, date des premiers pas de la formation à San Diego, personne n’aurait donné très cher du cas (social) The Rapture. Fondé par Luke et Vito, deux fans de baseball épris de punk angoissé, le groupe n’existe que pour pouvoir entrer au club Casbah, le seul endroit de la ville où il se passe quelque chose. Leur premier EP, l’obscur et bruitiste Mirror (sorti en 1999) « n’était qu’une sorte de brouillon de ce qu’on est aujourd’hui, explique Luke. Il était très influencé par Suicide, Can, Cure, Television. On essayait de faire comme les grands, mais on était trop bidons pour leur arriver à la cheville ». En effet, à part une version primitive d’ « Olio » assez remuante, c’était loin d’être le délire auditif. Mais un fait divers va changer la donne.

New York’s dreamings
Un jour, leur bassiste de l’époque, Brooks Bonstin, qui hébergeait le duo, retrouve sa maison détruite dans un incendie. Luke et Vito ne avent pas où aller ; Bonstin leur propose de s’installer à Seattle chez une amie à lui. Il omet cependant un détail. La fille en question bosse chez Sub Pop, le label grunge mythique. Elle conseille à son boss, Jonathan Poneman, d’aller les voir live. Coup de foudre ! Le découvreur de Nirvana craque pour leur prestation apocalyptique et signe illico le combo pour un mini LP. Sauf que, Poneman n’est pas le seul sur le coup. Un autre patron de label, qui les a vu lors d’un concert new-yorkais improvisé a lui aussi flashé sur les Californiens. Son nom, James Murphy. Il est le tout jeune fondateur, avec l’ex Mo Wax Tim Goldsworthy de la structure DFA. Début 2000, il enjoint le groupe à rejoindre la Big Apple, pour produire l’album promis à Sub Pop. « C’était une période difficile, se souvient Luke. On vivait avec cinq dollars en poche, et devait affronter en studio des gens qu’on venait juste de rencontrer et qui avaient un tas d’idées sur nous. Mais c’est cette étape tendue, concordant avec l’arrivée de Matt (17 ans à l’époque et de fortes influences disco, ndr) qui a servi de révélation dance. J’ai grandi en écoutant Depeche Mode et New Order, sans réaliser que c’était de la musique de club. J’ai vraiment pris conscience de ça à New York. Je pense aujourd’hui que nous faisons partie de l’histoire de cette ville. Nous somme une extension de sa mue « clubbing », car on a subi ce qui se passait alors, et en même temps on a contribué à faire d’elle ce qu’elle est aujourd’hui. »

Echos hype
De cette folle période où se succèdent les fêtes DFA, reste un témoignage : le EP Out Of The Races And Onto The Tracks (2001), qui laisse entrapercevoir les penchants dance de Rapture. Mais c’est le maxi « House Of Jealous Lovers » sorti fin 2001, qui va tout chambouler. Le tube monumental, qui mélange guitares post-punk et cris typiquement new-wave à un rythme discoïde, déclenche l’hystérie dans tous les clubs qui le jouent, et permet à Rapture de tourner partout. Des prestations au festival Aquaplanning de Hyères en 2002, puis à la Villette Numérique répandent la nouvelle en France. The Rapture devient alors le phénomène mutant à signer d’urgence. Dans l’euphorie, ils enregistrent douze titres en septembre 2002 sous le titre Echoes. Débute alors une véritable foire d’empoigne entre labels pour récupérer le groupe qui pactise finalement avec Universal en juillet 2003 pour un montant, que la légende, veut exorbitant. S’en suit une tournée de plus d’un an passé à écumer les clubs techno et les festivals rock. Le propos (live) s’affine : énergie punk-funk, certes, mais aussi improvisations free-jazz ou funk pur.

Coups d’une nuit ?
La tournée est un succès. Pourtant The Rapture sont inquiets. Echoes a cartonné. Ils doivent prouver, au fameux tournant du second LP, qu’ils ne sont pas des coups d’un soir. Pendant trois ans, The Rapture va donc se donner les moyens d’assurer, à commencer par ceux financiers. Pour réaliser Pieces Of The People we love, Mercury leur offre Paul Epworth, Danger Mouse et Ewan Pearson. Mais le processus d’écriture ne va pas se faire sans écartèlement. Luke se souvient d’un bras de fer constant : « Parfois, on ne veut pas reconnaître ce qui serait le mieux pour nous. Il y a des chansons qu’on ne voulait même pas enregistrer, comme notre premier single, « Get Myself Into It »! Avec ces producteurs, on a beaucoup appris. Notamment avec Danger Mouse qui nous traitait comme de simples samples. Mais, c’était pour notre bien ! (rires)» Les affrontements se jouèrent aussi ailleurs : «« On en a écrit plus de 40 chansons et enregistré 17. Finalement il en reste 10, c’est une sorte de best of, explique Luke. Comme nous avions beaucoup de matériel, il fallait se battre pour son point de vue, et étudier les arguments de chaque membre du groupe. » Mais l’accouchement opéré, tous sont contents du résultat, à l’instar de Matt : « Cet album est bien meilleur que le précédent, parce qu’on peut y entendre la voix de chacun. On a tous progressé et nous sentions plus confiants pour développer nos individualités musicales. J’ai fait la moitié des vocaux, parce que techniquement je m’en sentais enfin capable. »

Party de plaisir
Grace à une prod lumineuse, et à sa nouvelle démocratie (« On est un vrai groupe maintenant, claironne Vito) The Rapture assume aujourd’hui pleinement sa vraie nature : dansante, frivole, festive, et proprement jouissive. Il n’a même jamais été aussi proche de la signification de son patronyme (« extase » en français), reniant ses élans noirs et destructeurs pour une house complexe mais décomplexée, aux accents pop et psychédéliques. The Rapture ose enfin s’imposer ouvertement comme une machine à danser. « Les deux seules choses sur lesquelles nous sommes tous d’accord concernant le groupe, déclame Luke, c’est que : Nous sommes un « party band », et que nous aimons la « dance music ». Etre DJ’s et jouer live en club nous a aidé à comprendre ce qui fait bouger une foule, et a vraiment influencé le disque. » Pour Matt, « Nous sommes des clubbers et Pieces of People We Love, une grande fête. La métaphore qui définit d’ailleurs le mieux le groupe à mon sens, c’est celle d’un appart improvisé en dancefoor. Des gens très différents se font de l’œil, et peut-être bien qu’ils finiront par baiser ensemble dans un recoin au son d’un saxo fou et d’un beat ravageur…(un gang bang, quoi ! ndr) « Avant, on se demandait comment on allait faire pour manger, poursuit Luke. Maintenant, on se préoccupe seulement de savoir comment faire danser les gens. On vit un putain de rêve éveillé ! » Et nous-avec eux- une rave éveillée qu’on n’est pas prêt d’écourter…A quand l’after ?

Pieces of the People We Love (Mercury/Universal)
www.therapturemusic.co.uk
www.myspace.com/therapture

dimanche 6 novembre 2011

Interview de Wu Lyf parue dans le Tsugi 42


Wu Lyf
La beauté du diable

Par Violaine Schütz

Certains parlent de son du futur, d'autres de vaste fumisterie engendrée par le web. Après un an d'emballement général autour de quelques mp3/hymnes furieux et puissants, le quatuor mancunien tombe enfin les masques en sortant un disque et donnant des interviews. L'heure du verdict a sonné.

Flashback. Juillet 2010 au Midi festival de Hyères qui a fait jouer avant tout le monde Animal Collective, Ariel Pink et Girls, tout le monde attend impatiemment le troisième concert donné par de mystérieux Mancuniens, les Wu Lyf (pour World Unite/Lucifer Youth Foundation). Le deuxième soir du festival, ils délivrent à la Villa Noailles leur premier concert en France. Epique, survolté, tapageur, ils enflamment la pinède et les festivalies. Épatée, on achetait leur vinyle vendu avec un foulard, quelque part entre celui d'un bandit et celui de Ben Laden, identique à ceux qui servaient à cacher leurs visages sur les rares photos vues d'eux sur le web. Jusque là, depuis presque six mois, les Anglais avaient su entretenir le mystère. Un site inbitable, quelques vidéos effrayantes, des collages pour hipsters, des slogans définitifs (« tout ce qui est à l’extérieur de ma maison est chez moi » disait leur myspace) et surtout trois mp3 d'une musique vraiment neuve qui ramenait le rock à quelque chose de primitif et très fort. Un orgue d’église, une voix d'écorché vif mais soulful et presque mystique dans les éraillements, une batterie virevoltante, des guitares hésitant entre blues minimaliste d'antan et électricité propre au rock expérimental des années 90 (Sonic Youth en tête), et la lenteur du post-rock, voilà pour ce qui est reconnu. Sur les blogs, l'emballement est sans précédent, on parle de musique du futur, de commencement d'une nouvelle ère. Pendant ce temps, Wu Lyf excite les esprits en ne donnant aucune interview.

Nouveaux Residents
La seule information officielle qui circule à leur sujet est une bio de dix lignes, véritable casse-tête pour journalistes, dont la traduction demeure imprécise. « Wu Lyf n’est rien, juste quatre enfants débiles qui cherchent un chez-soi, deux frères qui ont trouvé deux autres frères et jouent de l' « heavy pop ». Je ne me sens pas chez moi ici, comme votre cœur ivre sur le kérosène et vous n'avez besoin que d'une étincelle. Et dans la foi aveugle ils croient ce qu'on leur dit de croire et exploitent votre vraie mère jusqu'à ce que son sang coule bleu. (...) Et en matière de réglementation efficace, les gens ont été conditionnés et on leur a dit qu'il n'y a pas de fils de substitution. (...) Apporter du carburant aux incendies allumés par des enfants plus aveuglés par l'éblouissement du spectacle. Alors, allez dire à feu. » Démerdez-vous avec ça. De plus ces nouveaux Residents, refusent aussi les séances photos. Du coup, n'apparaissant jamais en même nombre sur leurs images presse, on ne sait même pas en quoi consiste le collectif. Wikipédia finit même au bout de quelques mois par supprimer leur fiche, pour manque de consistance (elle a depuis été réactivée). Aussi, quand l'heure de la rencontre approche, à un mois de la sortie de leur premier album, Go tell fire to the mountain, le suspense est à son comble.

Bas les masques
Mai 2011. Au Point éphémère, on a rendez-vous avec Wu-Lyf. On vient enfin d'écouter le disque, et on n'est pas déçu. Pop furieuse emprunte de religiosité (et enregistrée live dans une église), voix dramatique qui prend aux tripes, soul d'outre tombe, embardées post-rock, on y retrouve la verve de leur fameux live au Midi festival. Mais on se rend au lieu de l'interview la trouille au ventre. On apprend en effet que les garçons (qui sont en fait quatre) ont fait passé des entretiens aux journalistes pour savoir si ils étaient « cool enough » pour les interviewer. Au dernier moment, ils ont annulé, au pif, la moitié des entretiens prévus. On rencontre finalement le chanteur (qui joue aussi de l'orgue) Ellery Roberts et Tom McClung, le bassiste, qui ne dira pas un mot mais ce contentera de rire bêtement. Et ça part mal. Entre foutage de gueule (« tout est vrai dans notre bio »), digressions déplacées (« on est à la recherche de petites copines, c'est où qu'on peut en trouver ici ? »), citations de Debord incompréhensibles, mauvaise foi flagrante (« On a enregistré dans une église mais ça n'a rien de mystique, c'est pour le son, et Lucifer, c'est pas du tout une référence religieuse. ») et réponses désagréables (« Manchester ? Rien à foutre. Tout ce qu'on veut c'est se casser. On ne fait pas partie de cette histoire musicale»), on peine à obtenir quoi que ce soit de tangible. Merci les gars, c'est pas comme si on avait un 3 pages à écrire...en même temps.

Derrière les inepties, une vérité sur l'époque ?
Au bout d'un bon quart d'heure, on craque. « C'est quoi le problème, vous voulez pas faire l'interview ?» Ellery, qui ressemble à un branleur de 20 ans sapé comme un lecteur de Vice, devient soudain très sérieux. « Oui on déteste les interviews...et les journalistes. On se voit mal raconter qu'on s'est rencontrés en faisant du skate (des planches entourent leurs bagages au Point FMR, ndr), et qu'on a commencé à faire de la musique il y a trois ans. Et puis on ne voulait pas donné d'interviews car on n'avait que trois morceaux. On voulait avoir un album pour pouvoir en parler, quelque chose de concret. Parler sans qu'il y ait de substance, c'est absurde. L'époque est comme ça, elle enfle des choses qui ne sont presque rien. » Leur opacité questionnerait donc-t-il notre temps ? « On vit dans l'ère de la surmédiatisation. On est complètement boulimiques. On télécharge des mp3 de groupes dont le web nous dit tout. Et puis on les jette. La musique c'est quand même censé être un truc qui se mérite. On a voulu faire un vrai disque avec un ordre, pas une collection de singles iTunes dont tout le monde se foutrait après le buzz. » Et il faut avouer que les mecs ont mis du cœur à l'ouvrage. Il y a dans Go tell Fire To The Mountain une vraie ferveur qui ne va pas calmer le culte que leur voue leurs fidèles depuis le premier buzz.

Objet de culte
« L’exaltation, ce mélange d'euphorie et de dépression, qu'on peut ressentir à l'écoute du disque est peut-être liée à celle qu'on y a mise pendant l'enregistrement, explique Ellery. On a enregistré live pendant trois semaines intenses, jour et nuit, sans s'arrêter. On voulait capter cette énergie des concerts, quelque chose d'assez brut, ne rien cacher du tout, surtout pas les erreurs. Notre peur, c'était d'avoir quelque chose de trop léché. On aime pas l'électronique pour cette raison, tout y est trop calculé. On aspire à quelque chose de très simple, sans intellect, qui se serait déroulé avant la culture. Les paroles racontent d'ailleurs l'histoire d'un garçon qui vient d'une société pas civilisée, avant de se retrouver propulsé dans un monde civilisé. Il n'y bosse pas, s'y sent mal à l'aise et reste à errer avec son gang. Puis il se réveille et se rend compte que tout ça n'était un rêve. Le genre d'histoire qu'on imprime dans les journaux. » L'histoire d'Ellery et son crew ? « La Lucifer Youth Foundation et le groupe, c'est comme un culte, une religion. On avait rien avant le groupe, alors on allait pas laisser ça aux mains de l'industrie. On voulait pas signer avec n'importe qui. On a refusé toutes les offres de maisons de disques pour sortir l'album sur notre propre label, L Y F Recordings. On fait nos pochettes, notre site, nos photos, en toute indépendance. » Et sans compromis. Leur plus grosse frayeur étant de perdre cette liberté artistique chérie. « La musique a toujours été un hobbie. Avec la sortie du disque on est paniqué à l'idée que ça devienne un job, qu'il y ait une professionnalisation de la seule chose qui nous tenait à cœur. C'est très étrange comme situation. Est-ce que la passion survira à la discipline, à la routine de la tournée et de la promo ? Jusque là, on a pas fait d'études, on a choisi la vie. » World Unite/Lucifer Youth, Foundation, plus qu'un nouveau démon de la hype : un groupe dont la musique et le discours ont la beauté du diable. Vénéneuse et éternelle.

Go Tell Fire to the mountain (Lyf Recordings/Pias)

Interview de Connan Mockasin, parue dans le TSUGI n°40


Connan Mockasin
Chérie, j'ai agrandi la pop

Par Violaine Schütz

A 28 ans, Connan Mockasin, néo-zélandais exilé à Londres, est déjà un objet de culte. Son premier album de pop étrange et songeuse a tapé dans l'œil d'Erol Alkan qui l'a signé sur son label Phantasy, Thom Yorke ou encore Johnny Marr. Rencontre avec un excentrique presque aussi barré que sa musique.

« La première fois que j'ai vu Connan, c'était au Social Club pour la soirée anglaise d'Erol Alkan, Durrr. Marc Tessier de Record Makers m'en avait parlé en me disant que c'était le truc à voir ce soir là. J'étais venu soutenir Zongamin et j'ai été envouté par « machin chouette mocassin » (j'avais mal compris son nom). Nous étions 35 dans la salle et pourtant, ce petit homme, mi Warhol-mi Thurston Moore nous a électrocuté ». Pedro Winter, comme d'autres trendsetteurs qui ont rencontré une chanson de Connan, ne tarissent pas d'éloge sur le néo-zélandais installé à Londres Connan Mockasin. Même son de cloche du côté de Guillaume Sorge (de la Galerie 12mail et du label D-I-R-T-Y). « C'est singulier, on sent qu'il y a un univers particulier et malgré le son très référencé pop 70's, ce disque est très personnel et ne ressemble à aucun autre. J'aime les disques immersifs et celui-ci en est un. C'est un vrai album qui s'écoute en entier, un gage de qualité ultra rare à l'époque où internet tend à transformer la musique en un robinet à singles surcompressés, robinet qui ne s'arrêterait jamais de couler. » Pourtant, mieux vaut prévenir les non initiés. On ne pénètre pas facilement dans Please Turn Me Into The Snat, faux premier album solo de Connan Hosford, de son vrai nom.

Le chant des dauphins
D'abord il y a cette voix, entre Klaus Nomi, une femme et un robot-jouet, qui monte très haut et pourrait en crisper plein. Et puis cette musique, pas vraiment de la pop mais du rock psychédélique pendant deux minutes, puis du jazz éthéré et le morceau suivant de l'expérimentation d'avant-garde pure. L'épique « Forever Dolphin Love » est à ce titre un véritable morceau de bravoure de dix minutes qui commence de façon instrumentale comme une démo hallucinogène de Japan ou de Bowie période Station To Station pour prendre après un passage prog rock-ambient l'auditeur dans les filets d'une mélodie chantée céleste et mélancolique. On a rarement entendu quelque chose d'aussi prenant et d'aussi beau. Erol Alkan ne s'y est pas trompé, signant le blondinet sur son label Phantasy, et s'exclamant : « C'est un génie, en total décalage avec tout ce qui se fait autour de lui ». Mais comme tous les génies, Connan ne s'appréhende pas facilement en interview. Le Néo-Zélandais baisse les yeux lors de notre rencontre, répond par des hochements de touffe de cheveux, ponctue ses phrases de longs silences, prend des pauses d'enfant autiste. On lui extirpe des informations comme de douloureuses confidences. « J'ai enregistré ce disque parce que ma mère m'a dit que je devrais faire un album. C'était l'été, je campais dans une tente installée à côté de chez mes parents, comme une petite église, et il faisait très chaud. J'ai tout enregistré dans l'ordre final des morceaux, comme une session live, sur un matériel très basique, avec des machines bas de gamme, des vieux machins et un programme d'enregistrement pour PC que plus personne n'utilise. Quand on écoute le disque au casque, on peut entendre le bruit des bottes de ma mère, sa voix, et les bruits qu'elle faisait quand elle m'amenait à manger ou qu'elle était en train de préparer le café. »

Histoires de fantômes néo-zélandais
Éternel enfant le Connan? « On peut entendre un enfant de six ans chanter sur un morceau. Mon enfance m'influence beaucoup. C'est à ce moment là que beaucoup de choses se sont joué. J'étais déjà différent des autres. A 10 ans (quand j'ai commencé la guitare) en Nouvelle Zélande, à Te Awanga, je fabriquais des sculptures en tuyaux avec une soudeuse offerte par ma mère, et je m’amusais avec mes frères à cacher dans les arbres des lecteurs de cassettes émettant de drôles de sons. Les voisins ont fini par croire que la région était hantée ».
Aujourd'hui c'est les adultes que Connan, exilé à Londres car en Nouvelle-Zélande on ne comprenait pas sa musique avoue-t-il, hante avec ses chansons aériennes, tordues, innocentes et oniriques qui complexifient la pop. « J'ai fait trois albums avant celui-là qui ne comptent pas. J'étais dans une sorte de groupe de blues-rock (Connan and the Mockasins, ndr) avec qui j'ai beaucoup tourné. Quand tu es dans un groupe, tu ne fais jamais vraiment ce que tu veux, mais une tonne de compromis. C'est très frustrant. C'est la première fois que je fais la musique que je voulais faire, quelque chose de personnel ». Étonnamment libre, Connan qui est aussi peintre à ses heures (il a signé la pochette, très torturée, du disque) et rêve d'être acteur, a recrée à Londres sa famille, des Freaks musicaux comme Micachu & The Shapes qui aime déconstruire les schémas ou les rockeurs iconoclastes Late Of The Pier (avec qui il a un side project baptisé Soft Hair). Comme eux, il se soucie guère des hypes, n'hésitant pas à chanter dans une langue inconnue, inventer des personnages ou à sortir un double album avec un live. Véritable excentrique, on pourrait même voir en lui un fils spirituel de Joe Meek ou de Syd Barrett. La pop a trouvé son trublion.

Please Turn Me Into The Snat (Phantasy/Because)