dimanche 21 août 2011

(Archives) Itw de Squarepusher / Article de couv paru en novembre 2006 dans Trax


Texte : Violaine Schütz

Squarepusher
Ecce homo

Onze ans de carrière, dix albums, une collaboration fidèle à un label de grande classe, Warp, c’est une légende de l’électronique qu’on rencontre à Londres, pour une des rares interviews accordées à la presse. C’est que le mythe Squarepusher, n’est pas réputé cordial. Pourtant, derrière la machine, c’est bien l’homme qu’on a rencontré. Et quel homme !


Dans le métro, une affiche de Lily Allen, sur laquelle il est écrit « sale pute ». Partout, des posters de Razorlight et des Killers (américains pourtant), et puis ce petit dej bien gras aux beans-bacon, la cocaïnomane Kate Moss présentée comme un modèle de carrière en couv’ d’un mag gratuit sur la réussite, des fashion victimes aux cheveux arc-en-ciel entassées devant les boutiques. Voilà ce qu’est l’Angleterre pour le touriste français qui en un jour de trip promotionnel ne parvient qu’à accéder au cliché.

Cette excentricité exacerbée mais paradoxalement élevée au rang du plus grand conformisme, est totalement incarnée par la greluche blonde platine en mini robe écossaise qui présente le « culture show ». Une émission de la BBC à laquelle est invité Squarepusher, et où nous devons le rejoindre. La scène se déroule à l’Annex 3, un bar branché loué par la puissante chaine anglaise, qui ressemble à s’y méprendre à un club échangiste, avec ses dorures baroco-kitsh. Une armée d’assistantes, de maquilleurs, de gens de la télé refont les prises de la présentatrice.

Pendant ce temps, faussement impassible, et réellement tendu (cf sa chemise corail trempée de sueur), le grand Tom Jenkinson alias Squarepusher essaie de se concentrer sur sa basse. N’y parvenant pas, il tourne le dos à l’assemblée qui s’affaire autour des chips « cheese-onion » et des sandwichs de pain de mie triangulaires (le repas du staff pour la journée) en répétant avec une dextérité qui frôle la virtuosité les notes du « Rappers Delight » de Grand Master Flash. Tout de suite, ça vous situe un homme. Non, il n’a pas joué la ligne de basse de la dernière drouille rock placardée en couv du NME, mais Grandmaster flash. Et quand on l’entend enregistrer son morceau, seul à la basse, sans machines, on comprend pourquoi Flea, le bassiste des Red Hot Chili Peppers a dit de lui qu’il était le plus grand joueur de basse du monde. On comprend aussi qu’André 3000 d’Outkast, réclame une collaboration avec ce petit génie qui ne semble décidément pas à sa place dans ce décor très « strass et paillettes ». D’ailleurs, il ne fera qu’une prise de son titre, là où on lui en exigeait trois pour « des gros plans », et bafouillera pendant son bout d’interview avec la présentatrice. C’est un euphémisme de dire que ce type ne semble pas à l’aise avec les médias.

Sale boulot

Peu après, c’est les intestins noués qu’on le trouve dans un café. Le bonhomme est connu pour détester les interviews, pour préférer les emails et pour fausser compagnie à ses interlocuteurs. D’entrée de jeu, après la réussite de « cette tache critique » que constitue la sortie de son sachet d’Earl Grey de l’eau chaude sans en foutre partout, il explique, d’une voix puissante et déterminée : « Je n’aime pas les interviews. Je suis bien meilleur à l’écrit qu’à l’oral. Et puis, les journalistes ne veulent écrire que ceux qu’ils veulent entendre. Trop de groupes rentrent dans le jeu des médias, en disant exactement ce que les gens attendent, c’est une connerie ! La musique se suffit à elle-même, elle parle d’elle-même, elle n’a pas besoin de commentaires. Je n’aime pas l’idée d’avoir à me justifier, à m’expliquer, à promouvoir. Il y a toujours une disparité au final entre la façon dont se voit un musicien et la façon dont le monde le voit. On ne se prend pas au sérieux, mais chacun va y aller de sa théorie. Et finalement je resterai prisonnier de l’image médiatique, que je parle, ou pas. Et c’est très dangereux d’enfermer une personne, qui par essence est susceptible de changements, dans une image fixe, comme on le ferait pour un produit. Regarde par exemple que ce que les mass-médias ont fait de Michael Jackson, tu trouves ça cool ?»
Il s’excuse pour son impolitesse. Mais que faire après ça ? Prendre son avion illico, rentrer six pieds sous le pavé bruyant d’Oxford Street. Alors qu’on a l’impression d’exercer le pire métier de crevard du monde, Tom donne le coup de grâce : « Il faut en finir avec la rhétorique pour renouer avec l’enthousiasme. » Aie ! Et le pire, c’est que le bougre n’a pas tort ; Le mélomane sait qu’il faut parfois se taire et écouter. En finir avec les théories vaseuses qui n’ont jamais effleuré l’esprit du musicien. S’en tenir à ses dires, et aux faits. On laissera donc les beaux discours de côté. Ne pas décortiquer, embrumer, laisser parler le plus possible « le maître »... Car le plus bel hommage que l’on peut faire à une musique complexe et réputée « difficile » n’est-il pas de l’aborder avec simplicité ?

Pote avec Aphex

Et le premier fait très simple concernant Squarepusher, n’est pas le moindre. Le prodigue a été découvert par Richard- Aphex Twin- D. James alors qu’il improvisait de la basse sur de la jungle : « C’est vrai et c’était très drôle, c’était mon tout premier concert sous le nom de Squarepusher, en septembre 1995, dans un pub miteux de Londres. D’un coup, je vois ce type, dont je suivais la musique, et connaissais la gueule. Je me souviens m’être dit : s’il vient me voir à la fin du set, ce serait fabuleux, et s’il ne me calcule pas, je serais vraiment désespéré. Et il est venu ! On a un peu discuté et je lui donné une K7 de mes morceaux que j’avais sur moi. C’est devenu Feed Me Weird Things, une compilation de mes travaux des deux années précédentes. »
En 1995, le jeune franc tireur techno se retrouve à 20 ans signé chez Warp et les deux années suivantes, après quelques maxis, deux albums sortent : Le premier, Feed Me Weird Things (96) sur le label d'Aphex, Rephlex, et le second, Hard Normal Daddy (97), chez Warp, dévoilent au monde un producteur fou, télescopant quelques centaines d’années de musique, pour aboutir à un collage de bidouillages sonores inédit entre free jazz et drum & bass. Squarepusher devient alors le chainon manquant entre les ravers et l’intelligentsia techno. Créateur ultra inventif, cultivé, et lecteur de philosophie (il aime citer Schopenhauer), la presse voit vite en lui le talent novateur à formation classique (il était bassiste et batteur dans divers groupes avant Squarepusher) qui remplira parfaitement les colonnes occupées auparavant par des « man machine » au QI de footballeurs.

Trop humain

Mais le problème avec les médias, c’est que pour parler de Tom, ils en font des tonnes, dissertant longuement sur l’improvisation, la texture de sons qui au fil de 10 albums seront en perpétuel renouvellement. Impossible d’étiqueter Squarepusher, même si certains inventeront le terme de « drill & bass ». Tom reste difficile à enfermer, à catégoriser, en bon briseur de chapelles et éternel insatisfait. « J’ai toujours essayé de ne pas refaire le même album, de ne pas répéter une formule. C’est ma seule règle. Je prends donc le fait d’être difficile à catégoriser comme un compliment. Je ne critique pas la catégorisation (bien pratique dans les magasins de disques), elle a une fonction sociale car elle permet aux gens, et surtout aux jeunes de s’identifier à un mouvement, d’être dans l’appartenance. Mais à part ça, les étiquettes m’ennuient. Je ne pense pas qu’il y ait une séparation nette entre les genres, même entre le rock ou la house. Tout ça reste de la musique. Acoustique ou électronique, c’est pareil. Cela est sans doute rattaché aux fonctions qu’on attribue aux instruments. On pense que les machines sont faites pour obtenir des mélodies mécaniques et répétitives. Mais pourquoi pense-ton ça ? Repousser les limites de l'instrument, détourner la façon dont on joue communément de la basse par exemple, c’est ma façon de me révolter contre ces clichés. Il y a beaucoup de bonne électronique de nos jours, mais elle n’est souvent qu’une illustration des usages basiques des machines. Il s’agit juste presser un bouton pour obtenir le son qu’on aime. Or, il n’est pas nécessaire d’avoir de l’argent et un matos d’enfer pour faire de la bonne musique, mais simplement d’y foutre son âme, de s’impliquer ! ».

Penseur techno

Cette volonté de se servir d’un ordinateur comme d’un instrument à part entière en le reliant au cœur, et de rendre les machines humaines n’a pourtant pas empêché la presse de tisser une fausse image de Squarepusher. En dix ans, on a imaginé sa musique comme quelque chose de claustrophobique et cérébrale à l’excès, un peu comme un happening à la Fondation Cartier. On l’a pensé aussi harmonieuse qu’une symphonie de marteaux piqueurs un dimanche matin-lendemain de biture et aussi aride qu’un frigo sans pintes. Les concerts « conceptuels » de Squarepusher (dont une performance de 12 minutes en hommage à Jimi Hendrix en juin 2005 au London's Royal Festival Hall où il mixait tracks d’Hendrix à la basse et électronique) ont perpétué cette image d’Epinal du savant fou. Au point qu’on en a oublié l’aspect sautillant et purement jubilatoire de ses expérimentations.

Les Beach Boys dans la place !

En ce sens, Hello Everything et sa pochette rose, est une réponse joyeuse à ceux qui trouvent la musique de Squarepusher plus respectable qu’écoutable. Il faut le dire : elle n’est pas destinée à une niche d’élus qui adorent se palucher sur un son que la plèbe ne comprend pas. Tous ceux qui ont écouté plus de dix minutes l’un des dix albums de notre homme le savent. Il y a toujours eu chez l’alchimiste Squarepusher des morceaux accessibles, peut-être même plus que chez Autechre ou Aphex. Bien sûr, Tom aime à déstabiliser l’auditeur dans un jeu de fausses pistes dont la liberté totale et les contre pieds assumés, entre révérences et irrévérences, surprises et déconstructions, poussent l’auditeur dans ses retranchements. Mais Tom a toujours su dosé calme et tempête, élégance et brutalité, chaos et mélodie. « Je veux que l’auditeur se sente stimulé, questionné, inspiré, enjoué. » En un mot, « aimé » pourrait-on résumer, comme les Beach Boys lui avaient soufflé. « J’ai lu dans les notes de pochette d’une édition de Pet Sounds que Brian Wilson avait voulu organiser les sons de manière à ce que l’auditeur se sente « aimés par eux ». J’ai débord trouvé la remarque assez touchante, mais elle ne correspondait pas à mon sentiment de l’époque (1998). Mes intentions étaient alors d’essayer de surprendre les gens. L’aspect mélodique m’importait moins. Je suppose que je me fais vieux (rires) et que c’est pour ça que je me préoccupe plus des aspects plus conventionnels de la musique. Mais il y a eu aussi une décision consciente de ma part, après avoir travaillé sur Ultravisitor (2004), de me dire que mes chansons avaient pris trop de temps. Tant d’efforts pour si peu ! (rires) Avant, je passais des mois sur un morceau, aujourd’hui, des jours. J’avais envie de retourner à une forme de spontanéité. Je pense que même si la musique est électronique et qu’elle ne vient pas directement des mains de quelqu’un, elle doit rester reliée à la spontanéité.»

Autre fait responsable de la douceur (toute relative) du nouveau Squarepusher, un déménagement dans le fin fond rural de l’Essex, dont il ne sort que pour aller voir des amis dans des pubs ou des groupes dans l’East End. « Je vis près d’une réserve naturelle dans la campagne, et c’est la première fois que je m’évade en dehors de la ville, que je quitte Londres. C’est pour ça que cet album est plus relax, là où je vis, au lieu des bruits urbains d’activité constante (tu dois savoir de quoi je parle en vivant à Paris), il y a plus d’espace et de calme. Je m’endors dans le silence le plus complet. C’est étrange et effrayant car tu es forcé de te retrouver seul face à toi-même, à ton imagination, sans information venant de l’extérieur pour brouiller le contenu de ton esprit. Ca m’a conduit à une approche moins aliénée de la musique ».

Squarepusher et Scarlett Johansson : même combat

Bon, dit comme ça, vous allez vous imaginer que Squarepusher va signer un jingle de pub pour les résidences secondaires, remixer Britney Spears, et demander des nappes cordes à André Rieu. Mais ce n’est pas parce qu’il est accessible, que c’est un vieux papi assagi. Quand on lui parle, et qu’il grimace, c’est encore l’agitateur schizophrénique et torturé qu’on entend. Celui là même que Sofia Coppola a percé à jour en utilisant le superbe « Tommib » (sur Go Plastic, 2001) dans son très beau Lost In translation. Ce titre illustre à lui tout seul le spleen de la jeune et jolie blondinette Scarlett Johansson perdue à Tokyo. D’où notre intertitre saugrenu suggérant des accointances entre la starlette ricaine aux gros seins et l’Anglais barbu et bourru. Car si les mots de chaos et de folie ont souvent circulé sur les tracks de Squarepusher, celui de noirceur est le plus justifié.
Il suffit d’écouter la reprise très controversée du « Love Will Tear Us Apart » de Joy Division sur Do You Know Squarepusher ? (2002) pour s’en convaincre : c’est un esprit mélancolique qui aime les longues plages ambient qui mettent la larme à l’œil autant que les avalanches de BPM. Né d’un père très versé dans le jazz et d’une mère atteinte de problèmes psychiques, le prolifique et infatigable Squarepusher a toujours semblé vouloir se réconcilier avec deux parts de lui-même : ce refus violent du compromis qui le pousse à l’isolation et cette volonté de dire « Hello Everything », d’être intelligible et aimé.

La dernière chose qu’il nous confie d’ailleurs c’est en avoir assez de prêcher aux initiés. « Tout à l’heure à la BBC, je me sentais mal. Ces gens ne me connaissent pas et n’en ont rien à foutre de ma musique. C’est déstabilisant cette fausse audience constituée de figurants. Mais en même temps, c’est peut-être une bonne chose, car des fois en concert, j’ai l’impression de prêcher à des convaincus. Ils veulent juste écouter les fameux « tubes ». Alors est-ce que ce n’est pas mieux de jouer devant ces gens de la BBC que devant ceux qui, par amour, exigent beaucoup de vous ? Un peu comme, j’imagine il est plus difficile d’interviewer quelqu’un qu’on aime que quelqu’un dont on se fout, non ? » Mister Jenkinson aurait-il deviné la fan derrière la journaliste, lorsqu’en lui tendant une main-tremblante- il préfère nous faire la bise, avec la simplicité chaleureuse des plus grands…

Hello Everything (Warp/Discograph)
www.warprecords.com

mardi 16 août 2011

Article : Que sont-ils devenus? (Publié dans Tsugi fin 2010)

Que sont-ils devenus?

texte : Violaine Schütz

Il y a ceux qui ne s'arrêtent jamais (avec plus ou moins de dignité) et ceux qui ont préféré stoppé les frais pour embrasser une autre voie. On a retrouvé ce que sont devenus ces figures du rock, du rap et de la pop à la spectaculaire reconversion.

Les drogues, le sexe, et le rock'n'roll à outrance (sans oublier la crise du disque), un jour ou l'autre, ça finit par user. Mais que fait-on après, quand on a été adulé et joué dans les stades et puis qu'un jour, on se réveille « trop vieux pour ça »? Quelques anciennes gloires peuvent heureusement servir d'exemples. En France, on a Valli (Chagrin d'Amour) devenue chroniqueuse radio, un ancien Au Bonheur des Dames qui possède une grosse agence de prod et d’effets spéciaux, tout comme un ancien Indochine, qui dirige une boîte d’audiovisuel. L’ancien chanteur des Civils, lui a trouvé la planque : chroniqueur culinaire à Télématin. A l'étranger, les reconversions sont encore plus spectaculaires. L'ex chanteur d'Iron Maiden, Bruce Dickinson, est aujourd'hui pilote de ligne (spécialisé dans les Boeing 747) et a lancé sa propre marque de matériel d'escrime. La Cicciolina avait ouvert la voix, en lançant son partie politique. Peter Garrett (leadeur de Midnight Oil) lui a emboité le pas en quittant la musique dans les années 90 pour la politique. Il fait désormais campagne pour le Parti travailliste australien et est ministre de son pays pour l'environnement, le patrimoine et les arts. Richard Coles (clavier des Bronski Beat puis des Communards) est passé de garçon coiffeur à enfant de chœur en poursuivant des études de théologie au Kings College de Londres. Il a été ordonné Révérend en 2005 et aumônier de la Royal Academy of Music de Londres. Autre rock star à être rentré dans le droit de chemin, Bill Wyman, qui a quitté les Stones en 1993 est maintenant leader sur le secteur (on l'avoue un peu étroit) du détecteur de métaux. Mais c'est sur trois cas encore plus inattendus qu'on s'est focalisé.

De la brit pop au fromage bio
Alors que Damon Albarn assure sa retraite avec les Gorillaz, son ancien camarade de Blur, le bassiste à mèche Alex James s'est lancé avec autant de succès dans le fromage bio. Retiré dans la campagne anglaise, le fermier s'est spécialisé dans les brebis de races rares et organise des tournées pour promouvoir ses fromages. Réaliste, il a récemment déclaré « Les fans de Blur n'achètent plus de disques, ils achètent du fromage ». Il a aussi trouvé le temps d'enregistrer un reportage sur les dangers de la cocaïne (une veille copine) pour la BBC. Toujours dans la famille « cool britannia », l'ex de Damon Albarn, Justine Frischmann d'Elastica (qui a lancé M.IA), est quant à elle devenue peintre, après des études d'arts visuels arts et de psychologie à l'Université bouddhiste de Naropa (dans le Colorado, où elle vit aujourd'hui). Autres rescapés de l'époque, les Menswe@r (probablement ce que la brit-pop a enfanté de pire), ont eu la bonne idée de se séparer rapidement après leur premier album. Depuis leur guitariste Simon White est devenu l'un des managers du moment (Bloc Party, Does It Offend you Yeah! et Phoenix). Moins chanceux, le chanteur rouquin travaille dans un service après-vente de téléphonie portable. Quant à Russell Senior (guitariste) et Nick Banks (batteur), qui ont quitté Pulp en 1997, ils ont ouvert une boutique d'antiquités à Sheffield, spécialisée dans les lunettes vintage et une autre de céramiques de collection. Bref, la pop mène à tout, à condition d'en sortir.

Kim Wilde, belle plante

Ex sex-symbole des années 80, la blonde a fait fantasmer toute une génération de jeunes peroxydés avec « Cambodia », « You me Hanging’On » et « Kids in America » (encore playlistés par les sélectors des années 2000) avant de se retirer en 1996, fatiguée par le « rock'n'roll ». Mariée (à une rock star, faut quand même pas déconner), et mère de plusieurs enfants, elle a décidé de se lancer (à fond) dans l’horticulture, suivant des cours de jardinage à l’école Capel Manor de Londres (elle vit aujourd'hui dans la campagne anglaise). A l'instar de Gonzales qui a été primé pour le concert le plus long, Kim Wilde figure dans le Guiness des records pour « la transplantation du plus gros arbre ». Paysagiste, consultante en aménagement paysager et animatrice pour la BBC, elle a même publié un livre, Mon Premier Jardin (éditions Ouest-France, on ignorait leur existence). « Le jardinage a été pour moi une thérapie, un moyen de fuir le rythme trépidant de ma vie de chanteuse. Je me souviens d’une fois où, à peine rentrée d’une tournée à l’étranger, je me suis précipitée dans le jardin, encore vêtue d’un pantalon noir moulant et d’une veste à épaulettes, pour dorloter ma pyracanthe. », explique-t-elle dans le fameux bouquin qu'on va peut-être éviter de lire. Du coup, on s'inquiète. Quelqu'un a-t-il des nouvelles de Jeanne Mas ? A-t-elle abandonné son perfecto pour les cours de tricot?

NWA : du rap au porno
Les clips r'n'b l'ont démontré, le rap est télégénique. On ne compte plus les stars du hip-hop reconverties (souvent dans des rôles de dealers ou de gangsters) en acteurs et Joey « Reverend Run » Simmons, membre fondateur de Run DMC dans les 80's, a eu droit à sa propre émission sur MTV il y a quelques années. Arrêtons-nous sur le cas NWA. Si son confrère Ice Cube a fait carrière dans le cinéma et la télévision sans arrêter le rap, DJ Yella (Antoine Carraby de son vrai nom), est lui devenu, la quarantaine passée, réalisateur et producteur de films X à temps plein après avoir stoppé la musique en 1991. Dans les rares interviews accordées depuis, il explique qu'il faisait déjà des films pour adultes quand son camarade Eazy-E était en vie, mais sous pseudo ("Tha Kidd"). Lorsque ce dernier est décédé (en 1995), son amour pour la musique est mort en même temps. Depuis il ne trouve du plaisir que dans ses films. D'autres rappeurs pourraient aussi se reconvertir à plein temps dans le cinéma (Ice T, épatant en policier Fin Tutuola dans la série New York Unité spéciale) ou dans le porno (Snoop, qui a déjà réalisé quelques films). Un exemple de réussite pour les écoles de commerce, mais peut-être pas vraiment pour pour la jeunesse.

samedi 13 août 2011

Melancholia


Vu hier au ciné, le dernier Lars Von Trier, Melancholia. Kirsten y est épatante, d'une justesse incroyable, émouvante, terrifiante, hypnotisante, et le film, malgré quelques longueurs et kitcheries, très beau. Alors que j'avais tenu 15 minutes devant la palme d'or (Tree of life) et sa succession pompeuse de fonds d'écran d'ordi d'intro.

dimanche 7 août 2011

Interview de The Horrors (publiée dans le Bonbon Nuit 11-juillet 2011)



The Horrors
De belles horreurs

Texte : Violaine Schütz / Photo : Neil Krug

Le quintette anglais The Horrors est sans doute l'un des meilleurs groupes de rock actuel. Ils sortiront fin août leur nouveau disque, le troisième, Skying, décrit par leur chanteur, Faris comme « Joy Division et Gary Numan ayant eu un enfant illégitime. Lâché dans la nature il a développé une obsession un peu malsaine, mais bonne aussi, pour The Cure ». On a rencontré Rhys « Spider » Webb (bassiste et joueur d'orgue) et Joshua Third (guitariste), pour nous parler du monstre.

Votre précédent album était produit par Geoff Barow de Portishead, pourquoi avoir choisi de produite celui ci tout seul ?
Rhys : Quand on a a enregistré Primary Colours avec Geoff, à la fin des sessions, il n'arrêtait pas de dire : « mais en fait vous n'avez pas besoin de moi, vous devriez vous débrouiller tout seul, vous savez ce que vous voulez les mecs ! ». Il nous a donné la confiance de faire les choses nous-mêmes. On a enregistré le disque dans un studio qu'on a construit nous-même dans le quartier de Dalston, dans l'East-London.
Joshua : Une destination top-secrete. Beaucoup d'amis ont fait la fête dedans.

Que signifie le titre de l'album, Skying (qui peut se traduire par « s'élever dans le ciel » ou « planer »)?
Joshua : En écoutant l'album, on peut trouver plusieurs significations. Ça pourrait avoir un rapport avec la drogue, par exemple (rires).

Quand on écoute les nouvelles chansons du disque, on sent quelque chose de moins « dark » que sur le précédent, ce qui se confirme à la vue de vos looks, plus jean-tee-shirts que total look noir, vous êtes devenus heureux ?
Joshua : Je suis incroyablement heureux en ce moment.
Rhys : (rires) Non, en fait, je trouve qu'on n'a jamais été « dark ». Il y avait quelques chose de lumineux et vivifiant, une vraie euphorie un peu épique sur Primary Colours. On était excités en le faisant, pas du tout déprimés. Mais dans les mélodies, les couleurs et les textures, c'est moins fuzzy et psychédélique qu'avant. On part moins dans tous les sens. On a essayé de plus se concentrer en écrivant quelque de plus délicat et en laissant de l'espace, des respirations.
Joshua : Je dirai que cet album est moins apeuré. Et plus « pop ».

Il y a quelque chose de très romantique dans ce disque, qu'est ce qui l'a nourri ?
Joshua : J'ai été beaucoup influencé par Nikola Tesla, c'est mon scientifique préféré. Il a découvert l'électricité et l'ancêtre de la radio. Il a aussi écrit une théorie sur les armes à énergie au début du XXe siècle, intitulée « Rayon de la mort ». Un type génial.
Rhys : Joshua ressemble à une sorte de savant fou quand on le regarde évoluer dans le studio. Et il répare tout. Sinon pour revenir à nos influences, ce qui nous nourrit le plus, c'est l'idée d'avoir du bon temps. Passer du bon temps dans les bars entre amis à écouter de la musique électronique ou n'importe quelle musique qui te fait te sentir transpercé et transcendé par elle.

D'ailleurs Rhys, tu as un club à Londres, je crois ?
Oui, je dirige un club à Londres depuis 4 ans, le Cave Club, c'est un club psychédélique à la base mais qui passe de la soul, Funkadelic, les Rolling Stones, du Curtis Mayfield, et du vieux garage 60's; Mais on aime aussi Frankie Knuckles, la house de Chicago, du cosmic-disco, de la techno. Il y a toute sorte de musique de fête. Londres est encore une bonne ville pour se retourner la tête. C'est la meilleure ville pour profiter de la musique. Malgré la mauvaise image renvoyée par l'East London et ses hipsters, c'est encore un endroit où tu peux aller dans n'importe quelque pub et écouter de l'excellente musique passée par un DJ, ou écouter un groupe en train de jouer, n'importe quel soir de la semaine. C'est très inspirant.

Skying (XL Recordings/Beggars)
En concert à Rock En Seine le 28 août

Objet du désir : les boots Miu Miu glitter de l'hiver 2011/12

merci Merci

En allant chez Merci hier, le concept store bobo du boulevard Beaumarchais, je suis tombée sur le livre du photographe du site theselby, et dedans j'ai découvert avec joie l'intérieur de l'appart de Faris Badwan de The Horrors, qu'on ne voit pas sur le site. Quelques scans...



Le hors-série d'été de Tsugi est en kiosque

avec mes papiers sur Gruff Rhys, les Pale Fountains, les Calamités et Lucio Battisti dedans. A vos kiosques!

Entretien avec Nicolas Jaar publié dans le nouveau Redux (n°38) actuellement dispo


Nicolas Jaar

Texte : Violaine Schütz

Considéré comme le nouveau jeune prodige de l'électronique par le Landerneau de la critique hype (la blogosphère en tête), le new-yorkais Nicolas Jaar épate en sortant à 20 ans un album qui puise dans des décennies de musiques. On l'a rencontré.

Depuis presque deux ans, ses maxis (« Time For Us », « Russian Dolls ») et ses remixes (Ellen Alien) affolent les mp3 blogs et les clubbers. Pour les ayatollahs de la musique électronique, son nom résonne comme une formule magique. Nicolas Jaar ou le petit prodige qui produit depuis l'adolescence des morceaux lents et hypnotiques (on dépasse rarement les 110 bpm) incarnés par une voix d'outre- tombe qu'on jurerait déterrée de chez Factory Records. Mieux, diplomé de la Brown University en littérature comparée et philosophie, le jeune gomme qui vient d'avoir 20 ans multiplie les références pointues à l'art, au cinéma et à la philo, allant jusqu'à intituler un EP Marks and Angels en hommage aux deux penseurs communistes et un morceau « Deleuze’s Will’ » ou à intégrer Guy Debord dans un set. Certains le trouvent à ce titre « pompeux » ou trop sophistiqué. D'autres se délectent de voir et entendre un garçon qui fait de la musique sur un laptop avoir plus de culture et de jugeotte qu'un DJ décérébré sous substances illicites.

Quand on l'interviewe, il cite d'emblée en influences « Bertolluci, Antonioni, Keith jarret, Pink floyd, The Doors, New Order, Manzoni, Magritte. Sur « Etre », le morceau d'ouverture de mon premier album, Space Is Only Noise, c'est Serge Daney qui parle avec Godard, il y a beaucoup de références à la culture française dans ma musique. Je suis allé au lycée français à New York et Santiago et ma mère est française, donc toute ma vie j'ai été bercé dans la culture française, c'est pour ça. » Voilà qui vous resitue, d'entrée de jeu un homme. Mais Nicolas Jaar peut aussi être charner. Ceux qui ont écouté ces morceaux « Mi Mujer » ou « El Bandido » savent qu'il aime les ryhtmes chaloupés et l'exotisme et affectionne une certaine sensualité qui ensorcèle l'auditeur comme un piège.

« J'ai vécu au Chili, à Santiago, mais attention ce n'est pas la jungle, il n'y a pas des singes qui courent partout. Par contre c'est peut-être de là que vient mon amour pour les sonorités chaudes. J'écoute aussi beaucoup de musique éthiopienne. » Mais l'intello de l'électro avoue avoir une approche très mentale de la production. « J'ai appris la techno avec les disques, notamment ceux de Villalobos, quand j'avais 14 ans, et que je faisais des cd's pour des amis,pas en sortant en club. Je ne suis pas un clubber et c'est sans doute pour ça que j'aime ce qui est lent et ne fait pas forcément danser. » On peut pourtant danser sur Space is Only Noise mais de façon langoureuse, seul, un peu à l'écart du monde et toujours avec la larme à l'œil. Même si au fond, c'est un disque d'électronique qui s'écoute à la maison. Car sa house teintée de minimale est aussi mélancolique que lancinante, puisant son aura dans Satie, l'abstract hip hop, le jazz, le dub et la musique concrète plutôt que dans les beats sous acid de Detroit ou Chigaco. Il y a aussi du violon, du piano, quelque chose de très soulful et profond notamment dans la chanson « I got a woman » qui sample la voix de Ray Charles et récite un poème de Tristan Tzara.

Comme le dit le meilleur morceau de l'album, « Space Is Only Noise If You Can See ». Pour voir la musique spatiale et filmique de Nicolas Jaar, fils d'un cinéaste américano-chilien (Alfredo Jaar), il faut fermer les yeux et se faire son propre film. Ce n'est pas un hasard si le producteur termine notre conversation par un révélateur : « Je ne sais encore ce que je vais faire de ma vie, mais j'aimerais réaliser des films ».

Space is Only Noise (Circus Company/La Baleine)

mercredi 3 août 2011