lundi 31 janvier 2011

La nouvelle saison Marant


s'annonce bien

L'invité de la semaine 2 / guest 10 : Benoit Rousseau

Benoit Rousseau fait la meilleure prog de concerts de Paris, pour le Point FMR et puis il est drôle aussi. On s'est rencontrés il y a plusieurs années en soirées (je crois que c'était au Paris Paris la première fois, ou dans un concert), et il m'a invité plein de fois à jouer avec lui sur les quais de Jaurès des disques de pop indanssable. Sélection indé de qualité :


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Bob Dylan 
http://www.youtube.com/watch?v=h8y3aUgDY6c
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"Fier de ne rien faire"

Le label Born Bad ressort du placard les Olivensteins (le 27 février dans les bacs, en version remastérisée.") L'occasion de réecouteur leur "tube" nihiliste "Fier de ne rien faire"

et sinon voici une petite playlist que JB de Born Bad avait fait pour le Bonbon Nuit il y a quelques mois :

GENEVA JACUZZI " Clothes on the bed" (Vynil Intl)
FEELING OF LOVE " Autoroute" ( Demos - Born Bad)
FORCE DE FRAPPE "Europe" ( 45t Blacksun- 81)
FRANCIS BEBEY "Agatha" (ozileka - Born bad)
TY SEGALL "Imaginary Person" (Goner)
CHEVEU "Quattro Stagioni" ( Born Bad)
SCORPION VIOLENTE "Christopher walken" (Avant Records)
OLIVENSTEINS " Je hais les fils de riche" ( Demos-Born Bad)
GAZ GAZ" Iodine Summer dream" (Demos)
MOON DUO "Stumbling 22nd Street" (Woodsist)

L'invité(e) de la semaine/ guest 9 : Célia


J'ai rencontré Célia par écrits interposés, à l'époque on avait toutes les deux un blog et le sien racontait ses errances à NY avec brio. Après ça on est devenu amies et on a formé le collectif de djettes JVC avec Jill, et on s'est beaucoup amusé en jouant plein de disques de pop et de dance...Sa sélection à la fois chic, chouette et émouvante lui ressemble : "so lovely"!


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dimanche 30 janvier 2011

Exotica

Nina Kraviz rocks


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The Soft moon - parrallels

Althea & Donna - Uptown Ranking

my youtube playlist for the "chic is the new punk" blog :
http://www.chicisthenewpunk.com/2011/01/sunday-playlist-30-guest-violaine.html

Ms.45 l'ange de la vengeance

Koudlam - I will fade away (by Jamie Harley)

Koudlam : "I Will Fade Away" from Jamie Harley on Vimeo.

samedi 29 janvier 2011

Ariel Pink & the kids

L'invité du jour/8 : Marion MissPrane

J'ai rencontré Marion par mon amie Jill il y a quelques années au Paris Paris. J'ai plusieurs fois joué aux soirées Je kiffe mes cops (son duo avec Jill) où seules les filles ont accès aux platines. Sa sélection youtube (pas que musique) est aussi vitaminée,cool et "open mind" qu'elle.


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vendredi 28 janvier 2011

Dj sets février/mars



29 janvier
dj set @ Pin Up avec Eva Peel de 23h à l'aubre

3 février
dj @ Fleche d'Or Serge Party
http://www.sergemagazine.fr/?p=280

18 février
dj set @ Point FMR Tsugi Party x Club Folamour avec La Sera live
http://www.facebook.com/profile.php?id=621564806#!/event.php?eid=191497914193870

23 février
dj set@ Le Lautrec 22h/2h

24 février
dj set @ la dame noire (rendez vous tsugi)



26 février
dj @ Ritz w Céline (Kiss the girl)

16 mars
dj set à Aix aux 15 ans de Tricatel avec les Shades live et Cyril

18 mars
dj @ Ritz Bar w Céline (Kiss the girl)

19 mars
dj @ Mains d'oeuvres Full Moon Party

L'invité(e) /guest 7 : Chloé Bonvalet


J'ai travaillé dans les mêmes bureaux que la jolie Chloé Bonvalet l'an dernier. Elle ensoleillait mes demi-journées avec ses tenues soignées, sa bonne humeur et sa blondeur Deneuvienne. Elle nous fait une belle sélection qui dévoile son univers.


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jeudi 27 janvier 2011

L'invité du jour /guest 6 : Jamie Harley

Jamie fait de l'illustration sonore pour des pubs et de très jolies vidéos aux collages oniriques; Il m'avait invité à faire mon top 5 sur Schmooze, cette fois-ci c'est lui qui se prête au jeu avec une sélection spéciale "classiques"...
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mercredi 26 janvier 2011

Metronomy - She Wants

Editing Kate

(Editing Kate - Film 1) TOMORROW NIGHT WE'LL GO ANYWHERE from Jamie Harley on Vimeo.

Today Is Our Life

Memory Tapes : "Today Is Our Life" from Jamie Harley on Vimeo.

L'invité de la semaine /guest 5 : Stéphane "Alf" Briat

L'ingénieur / Mixeur/ Réalisateur Alf (rien à voir avec la marionnette qui mange les chats) est derrière le son de plein de choses qu'on aime bien en France comme Mustang, Arnaud Fleurent Didier, La Femme, Air ou Fortune. On apprécie aussi ses posts vidéos sur facebook. Il nous livre sa petite sélection.



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mardi 25 janvier 2011

dimanche 23 janvier 2011

L'invité du dimanche/guest 4 : Guillaume Fédou

Un peu dandy, un peu maudit, le chanteur et journaliste Guillaume Fédou, qui a sorti il y a peu le sémillant Action ou Vérité nous a envoyé sa sélection.

Bon alors n°1 ce morceau des Who, meilleur en version studio surtout pour ses choeurs à la fin du morceau, mais le jeu de baguettes de Keith Moon est meilleur au grand jour ...

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"Everybody wants a box of chocolate", comment mieux dire ? Ce morceau, découvert dans le film Pump Up The Volume, nous a ouvert les yeux. Les images choisies ici ne remplacent pas Happy Harry mais offrent un éclairage différent.

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Le plus grand morceau du monde.

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Plus cool morceau du monde.

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Le retour de Spike Jonze, avec des morceaux d'Harmony Korine et Gus Van Sant à l'intérieur.

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La classe allemande.

Concert : Late Of The Pier à Barcelone (Razzmatazz)






Cosette

crystal renn

vendredi 21 janvier 2011

Nico Icon (3)






Interview de Metronomy (qui reviennent en avril avec un troisième album)

Publié dans le Tsugi n° 10 - juin 2008

Texte : Violaine Schütz

Metronomy
New rêve

Une incroyable injustice ! C’est ce dont l’ambitieux trio anglais Metronomy, a fait l’objet. Classés vite-mal fait dans l’étroite case fluo de la new-rave à ses débuts, le groupe a continué à être cantonné au rang de sous-klaxons dans son pays. A tort. Nul n’étant prophète dance en son pays, aux Français de les apprécier à leur juste valeur : celle d’un groupe pop majeur.

Si comparaison il doit y avoir, ce n’est pas du côté de Twisted Charm et Hadouken ! qu’il faut chercher à caser le cas Metronomy ; Le sang de ce trio de Brighton est royal, de celui qui coule dans les veines d’une race pop qui vient de loin, de celle qui brise les frontières et franchit des montagnes, avançant seul et dans le noir, sans Dieu, ni maître pour créer de nouveaux sentiers, dresser des ponts inédits. Sparks, Devo, Talking Heads, voici quelques noms que le frondeur Nights Out, deuxième album de Metronomy, évoque au détour de douze partitions d’électro-pop anticonformiste qui ne se laissent pas facilement apprivoisés. Et si Metronomy étaient les nouveaux Brian Eno ?
La jeunesse parle à la jeunesse
« Les chansons dance parlent presque toute de la nuit de façon fun. Notre concept, c’était de créer la bande son d’une nuit, mais pas d’une nuit où je m’éclate, plutôt d’une où je ne m’amuse pas. On parle d’un thème pas très fédérateur : le clubbing non festif (rires) ! Car je sors beaucoup, mais suis souvent déprimé pendant en soirées. En Angleterre, le public s’accroche à l’aspect visuel-très coloré de notre univers, qu’ils trouvent fun, mais il y a une grande tristesse, dans notre démarche. »
Ah, c’est sûr, Joseph Mount, à qui l’on doit ses propos, n’est pas un leadeur pop anglais comme les autres. Ce guitariste de 26 ans ne porte pas de slim, ne kiffe pas Kate Moss et ne cause pas de filles. Plus Nick Hornby que Pete Doherty, il porte dans l’album Nights Out, ainsi que dans la vie, un regard plutôt désabusé sur ses contemporains dans des chansons presque toutes écrites « en rentrant ivre de pub ou destroy après une virée en club ». « Nos paroles sont assez mélancoliques, avoue Joseph. « On Dancefloors » raconte le désarroi qu’on peut ressentir parfois sur la piste de danse quand on arrive pas à communier avec ses potes. « Heartbreaker » s’inspire d’un ami enfermé dans une relation amoureuse de merde, qui n’arrête pas de se plaindre de sa meuf à un pote. En fait, le plus important c’est sa relation avec ce pote ! « Holiday » c’est l’histoire de vacances impossibles pour un couple qui n’arrive pas à se mettre d’accord, et « On the Motorway » c’est un peu notre « Leader Of The Pack » à nous : l’histoire d’une fille qui vole une voiture et a un accident avec juste après ».
D’Aphex à Erol Alkan
Mais le propos, très « commentaire social » et donc très « Gang Of Four » serait banal s’il n’était pas accompagné d’une musique qui lorgne bien plus loin que le pavé anglais. Musicalement, Metronomy c’est une batterie métronomique qui suit les pulsations cardiaques d’un cœur fou et survolté, une basse new-wave souvent inquiétante et des synthés cheap mais riches d’idées. On y retrouve la grâce new-wave de New Order, la rage des Clash et un peu de l’émotion techno primitive contenue par Kraftwerk. Et puis quelque chose d’absolument unique et moderne ;
Car si Nights Out est l’œuvre d’un trio : Gabriel Stebbing (basse, claviers), Oscar Cash (saxophone, claviers) et Joseph Mount donc, c’est surtout celle de ce dernier. Joseph, un gamin qui a grandi « dans la pire région du monde, Devon. Etre ado là-bas, c’était ne rien faire, absolument rien, à part errer dans les parcs. Si tu as 15 ans à Devon, et que t’es pas totalement comme les autres et que tu as ton propre sens-très particulier- de la mode, on dit que t’es hippie et on te trouve vraiment bizarre. Tu passes pour un freak. »
Heureusement, les choses s’arrangent un peu quand le père de Joseph vend un ordinateur à son fils. Ce dernier s’en sert pour copier ses héros d’alors -Autechre, LFO, Aphex Twin- et se choisit un nom mélangeant ses deux passions : la musique (métronome) et l’astronomie. Parce que l’ado de 17 ans vise déjà les étoiles. Un premier album étrange, très électro et quasi instrumental intitulé Pip Paine (Pay The £5000 You Owe) naîtra en 2006 dans la chambre du petit Joseph et aboutira à quelques faits exemplaires : des remixes pour Klaxons, Franz Ferdinand et Kate Nash. Un premier single, « You Could Easily Have Me » playlisté en boucle par Erol Alkan, et surtout un concept live parmi les plus originaux qu’il nous ait été donné de voir.
Harder, better, stronger
« Sur scène, on place des lampes sur nos tee-shirts. L’idée est venue d’une illumination qu’on a eu juste avant de faire notre premier concert, raconte Joseph. On voulait éviter d’être pris trop au sérieux, ou d’être vus comme un groupe d’électronica chiante, alors je suis rentré dans une solderie « tout à un pound » et j’ai acheté ces trois lumières rondes. C’est un peu comme la pyramide Daft Punk, mais version cheap. Nos chorégraphies sont nées de la même impulsion : étonner, offrir un truc original. On a même invité une troupe de danseuses une fois sur scène. »
Définitivement pas comme les autres ces Metronomy, injustement réduits à un énième groupe fluo, alors que la vérité est ailleurs, dans une révélation délivrée en fin d’interview par Gabriel, le bassiste. « On aimerait que les gens pensent qu’on commence quelque chose, et pas qu’on le finit, qu’on nous place dans une lignée de groupes pop qui ont essayé d’éclater des barrières, pour écrire des chansons à la fois dansantes et un peu compliquées. On aime vraiment la musique et on en écoute beaucoup : du post-punk à la new-wave en passant par la pop très pure de Hall& Oates. On ne fait pas ça pour la gloire ou les filles. Alors ce serait vraiment chouette que ceux qui écouteront l’album se rendent compte qu’on a tenté de faire quelque chose d’ambitieux, de plus grand, de plus intéressant que de s’engouffrer dans une mode. Metronomy essaie d’être différent. »
Et réussit. Alors, que Justice soit faite.
Nights Out (Because)

Swedish Hasbeens



H&M s'associe à Swedish Hasbeens pour commercialiser ces sabots au printemps...vais peut-être m'y mettre...

mercredi 19 janvier 2011

mardi 18 janvier 2011

Happy birthday party Elli







Interview de Pharrell Williams pour Le Bonbon Nuit 3 (2010)

Texte : Violaine Schütz et Camille Clance

Pharrell Williams
Le king

Au Zénith, le 4 octobre dernier avait lieu la seconde édition de la soirée Orange Rockcorps, savant mix associativo-musicalo branché. « Tu donnes, tu reçois », tel est le concept, radical. Offrez 4h de votre temps à l’une des associations partenaires, et vous vous verrez remettre le précieux sésame qui donne accès au concert. A l’affiche, entre Mark Ronson et Sexion d’Assaut, le Dieu Pharrell qui a du susciter pas mal de vocations humanitaires. Doit-on vraiment présenter l'homme? Pharrell, c'est N.E.R.D.(« No One Ever Really Dies », tout un programme!), c'est les Neptunes, c'est des duos avec Snoop Dogg indépassables, le producteur de Britney Spears, Justin Timberlake, Madonna, Usher, Mary J, P.Diddy, Gwen Stefani...Mais aussi le type « Le Mieux Habillé Du Monde », un torse sculpté comme un David black, le boss du label Star Trak, le sex-symbol, un mythe...

Résultat? Retard : 4h30. Arrivées annoncées en vain : une bonne dizaine. Impatience de l’assemblée journalistique : à son comble. Entrée du petit prince aux allures de teenager : 100% réussie. C'est à ça qu'on reconnaît une vraie star. Un photocall et deux sourires en coin plus tard, Pharrell est tout pardonné, la température a grimpé de 12 degrés, et l’interview peut commencer.

Pharrell, le nouvel album de N.E.R.D (dans les bacs le 2 novembre, ndlr) s’appelle Nothing. C’est pas un peu pessimiste tout ça ?
Il n'y a rien de négatif, au contraire. Tout commence par « rien ». Avant d’avoir une bonne idée, il n'y a rien. Avant d’être inspiré, il y a un vide, avant le Big Bang, c’était le vide. Dans certaines religions, le vide est considéré comme le Nirvana. Et finalement, on est rien, après tout…Donc avant de commencer ce nouvel album, on a voulu faire le ménage, pour repartir à zéro.

Pharrell, tu nous prépares quoi sur ce disque, alors ?
Les chansons de Nothing ont été écrites pour parler aux femmes (et il faut les voir hurler façon Beatlemania dès qu'il dévoile un bout de torse pendant le concert, ndr). Elles pourront vraiment ressentir que nous passons à un tout autre niveau d'expérimentation. Mais tout a été fait dans le raffinement, à aucun moment nous ne prononçons des mots crus. Je pense qu'une bonne mentalité et des intentions pures sont les choses plus sexy que quelque chose de clairement sexuel…

Que signifie la pochette, sur laquelle tu portes un casque avec des plumes?
C'est une métaphore des conflits internes et des guerres qui se jouent intimement. L'éternel tiraillement entre le bien et le mal!

Innover, c'est encore important, possible?
On ne peut pas faire complètement du neuf, mais on essaie de mixer des éléments différents ensemble pour arriver à d'autres alchimie. Mais il y a des choses sur ce disque qu'on n'a jamais entendu chez N.E.R.D. Avant.

Une anecdote sur Britney,pour laquelle tu as produit « I’m a Slave 4 U »?
C'est une fille très gentille et simple et elle a beaucoup de talent, elle est loin de l'image médiatique que l'on a d'elle. C'est une super entertainer et une amie.

Pour finir, revenons au projet Orange Rock Corps. L’humanitaire, ça a un sens pour toi ?
Je crois que de nos jours, la notion de communauté est capitale. Les jeunes ont peu de repères, il faut leur apprendre à donner pour aider ceux qui en ont besoin. En les motivant grâce à ce concert, on apporte notre pierre à l’édifice. Je ne me permettrais pas d’être du genre moralisateur, je crois qu’on peut conduire une Ferrari et se soucier de l’avenir de la planète ou s'intéresser à la politique. Je ne suis pas un donneur de leçon!

Pharrell est donc d’accord pour sauver l’écosystème. Mais il sort surtout, avec le concours de Chad Hugo et Shay Haley, ses acolytes de N.E.R.D, un quatrième album dont le premier single, Hot'N'Fun (featuring Nelly Furtado), est un tube dancefloor en puissance. Le second titre tiré du disque, ‘’Hypnotize U’’ a été produit par Daft Punk. Il y pose son timbre félin sur un morceaux aux allures cosmiques. De quoi déstabiliser les pronostics quant à ce nouvel opus, que personne a encore pu écouté au moment où nous bouclons ce numéro. Une chose est sûre, on préfère Pharrell dans n'importe laquelle de ses paroles de chanson, qu'en interview.

N.E.R.D. - Nothing (Polydor)
wanted

Interview avec Cat Power réalisée à Istanbul en 2006

Cat Power - La meilleure - article paru dans le TRAX de janvier 2006 (article de couv)

http://diversfaits.files.wordpress.com/2008/01/catpower-hotel2-web.jpg
Texte de Violaine Schütz

CAT POWER
La meilleure


Réputée pour ses shows chaotiques et son folk hanté, Chan Marshall alias Cat Power sort son plus beau disque à ce jour, The Greatest, blues-rock-country intime, majestueusement mélancolique, superbement accidenté et sobrement lumineux, qui s’impose comme le disque de la maturité. Rencontre à Istanbul, avec le visage le plus attachant du rock américain.


Novembre 1996, à l’Espace Julien, Marseille. Cat Power doit donner un concert ce soir. Alors que le set est prévu pour 20h30, Chan Marshall ne se pointe pas avant minuit. Malade, nous dit-on. Une sorte de Pete Doherty avant l’heure. Le set est chaotique, émouvant, troublant, à l’image de son bouleversant single « Nude as the news », qui signifie «la vérité toute nue». Nue, crue, la chanteuse y expose son folk écorché, sans fard. Excitant. Mais terrifiant et irritant en même temps. Tout comme la dispute qui a lieu avec ma mère (pas encore majeure, je dois me faire accompagner) après le concert : « mais qu’est ce qu’est que c’est que cette fille, elle n’est pas un peu dingue? ». Bonne question. A laquelle nous espérons trouver -enfin-, presque dix après, la réponse en rencontrant la mystérieuse chanteuse à Istanbul.

Chatte échaudée craint l’eau froide

Novembre 2005, au Babylon, club de jazz d’Istanbul, qui affiche complet. Dans un brouhaha de discussions et après une longue attente, Chan apparaît, seule, jean ouvert laissant entrevoir une (jolie) culotte bleue, avec pour seuls amis d’infortune une guitare, un piano et un verre de whisky. Un autre contenant du thé lui tient compagnie. Mais elle ne touchera pas au deuxième verre. Elle entame ses ballades tristes au piano, face au public collé à la scène. Le charme opère tout de suite, l’émotion est palpable, les poils se hérissent. La voix est fêlée, mais incroyablement belle et forte. La guitare joue sur la corde sensible, le piano est clair, juste. Mais à peine rentre-t-on dans cet univers à la mélancolie cotonneuse, que les problèmes commencent. Chan peste contre son micro, dont le son est trop bas, rejoue deux fois le même titre. Elle interrompt une chanson, pour dire, les larmes aux yeux, à notre compagnon de route photographe, posté (très) près de la scène : « hey, mec, tu ne peux pas faire ça, pas sur ce morceau, c’est comme me voler mon âme ! Ca y est, je vais passer pour une salope d’avoir dit ça ! ». Survient alors une baston entre un vieil homme qui ne cessait de réclamer un peu de silence et une bande de petits jeunes qui parlaient un peu trop fort. Le vieux en imper et galure noir (Colombo ?) gueule sur les jeunots éméchés avant de les bousculer. Ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à une bagarre, surtout à un concert de folk.
Mais ce n’est pas une première. Les apparitions scéniques de Cat Power sont réputées bordéliques. Avec Chan, il faut s’attendre à tout. On se souvient d’un concert à Paris (Café De La Danse, mars 2004), où elle n’avait terminé aucun de ces morceaux, et s’était livrée à un striptease sur fond de reprise de Peaches, « Fuck the pain away », un titre qui va très bien à cette grande névrosée improvisée guérisseuse, qui dit merde à sa souffrance dans des live thérapeutiques.
Une guérisseuse très spéciale, qui utiliserait en premier remède à ses maux, l’alcool. Grisée et grisante, son penchant pour la bouteille n’est un secret pour personne. Elle l’a beaucoup chanté. C’est même l’une des raisons pour lesquelles on redoute les coups de griffe de la féline. Avant notre entrevue, nous avions imaginé les pires scénarios. A des confrères, l’Américaine avait fait le coup de courir sur un toit après un chat égaré, de se rouler par terre, de se livrer à toutes sortes de pitreries ou d’éclater en sanglots.
Mais après le concert d’Istanbul, alors que nous allons backstage la saluer pour savoir si elle va bien après cette performance intense pendant laquelle elle a tout donné, c’est une Chan chaleureuse, à mille lieux de la harpie hystérique décrite dans les médias qui nous prend dans ses bras, une bouteille de rouge à la main. « Je suis très contente de te rencontrer parce que je t’ai vue tout à l’heure au premier rang, tu m’as donné tellement d’énergie, tu m’as aidé à tenir jusqu’au bout du concert. Quand je suis sur scène je me concentre sur des gens du public, en face de moi, et ça me réchauffe le coeur. La nuit d’avant, il y avait une très jeune fille, qui devait avoir quatorze ans, ses mains étaient sur la scène, et je ne voyais que le haut de son visage ; C’était grandiose. Dans ces cas là, je fais des clins d’œil à ces personnes qui m’aident sans le savoir. Merci à toi, donc. » L’intervieweur devient alors arroseur arrosé, la belle se mettant à nous poser autant de questions qu’on lui en pose, se plaisant à inverser les rôles, prétendant être comme tout le monde. Mais il ne faut pas s’y tromper, Chan n’est pas tout à fait comme les autres.

Femme au bord de la crise de nerf

Née en 1972 à Atlanta, ville « pauvre, sauvage et illettrée » de Géorgie, Chan, prénommée au départ Charlyn (« J’ai changé de nom à 12 ans, car celui-ci ne me correspondait pas, trop féminin ! »), qu’on rencontre le lendemain du concert à l’heure du déjeuner, a vécu la musique comme une échappatoire. « Mon père, ce salaud, était musicien, mais ne m’a jamais aidée. Ma mère voulait que je sois actrice pour que ça m’évite de finir chez le psy. Raté ! Quand mon père s’est cassé avec une fille jeune et jolie, il a fallu que je travaille pour nourrir ma famille. La musique est venue après, comme une nécessité. Sans mes chansons, j’aurais disjoncté ! »
Chan se souvient, émue, de la première fois où elle a écrit une chanson, avec la lueur dans l’œil du dépressif le jour où il a pris son premier Prozac. Elle prend alors une voix de petite fille avec son accent traînant du Sud, comme si elle revivait la scène. « Un voisin avait un piano chez lui et j’ai écrit une chanson appelée « Windows ». Je n’avais jamais joué d’instrument, avant. C’est là que j’ai compris que la musique permettait d’atteindre ce point, que recherche le peintre quand il peint, ou l’écrivain quand il écrit. Ce moment de compréhension, de connexion intense avec les choses et les gens : Nous n’avons pas de nom pour ça. Je hais le terme «catharsis», mais il y a quelque chose de cet ordre là. »
Quelque chose comme une thérapie qui fait qu’à 19 ans, Chan quitte l’université, pour enchaîner les petits boulots (comme celui de serveuse), et commencer la guitare intensivement. Elle choisit rapidement son pseudo qui désigne une marque de camions : « C’est un peu comme la marque Caterpillar, de la mécanique pure, et non un truc sur les chats. J’étais avec des amis avec qui on jouait après le boulot, on avait besoin d’un nom le plus vite possible pour faire un concert. J’ai vu « Cat diesel power » écrit sur la casquette d’un type, et je l’ai gardé. C’est con en fait et beaucoup moins glamour et sexy qu’on ne se l’imagine. »
Cat Power trouve alors rapidement d’autres dates, en première partie de Liz Phair notamment. C’est à l’un de ces concerts qu’elle rencontre le batteur de Sonic Youth, Steve Shelley, qui voit en elle une future grande star et la prend sous son aile, faisant même partie de son groupe. Dear Sir et Myra Lee, leurs deux premiers albums sortent en 1995. Leur musique ressemble alors à de l’indie rock brouillon et écorché vif où la chatte à fleur de peau exorcise ses tourments de petite fille blessée, évoquant souvent la complainte d’un animal qu’on égorge. What Would the Community Think? (1996, premier album signé sur Matador) est de la même trempe, mais les mélodies y sont plus soignées, et Chan s’y permet même quelques beats électro dub minimaux. Mais c’est avec Moon Pix en 1998, que Cat Power, jusque là confinée au statue de gueularde attachante, montre ses talents de songwriter hors pair. « Non, je suis très mauvaise musicienne. Et je déteste mes disques. Surtout les premiers. Je ne peux absolument pas écouter Myra Lee (le prénom de sa mère, ndr); Parce que je sais ce que je ressentais alors, le découragement, la solitude et le désespoir et je ne peux pas supporter cette douleur. J’étais dans le conflit à l’époque. Je ne pensais qu’à une seule chose, lutter pour rester en vie. Je ne pensais pas du tout que j’allais voir autant de villes, manger autant de choses différentes (elle me tend un calamar frit, très appétissant, je cède, ndr). Les gens plus âgés me disaient : « tu verras, quand tu vieilliras, bla bla bla ». Mais je ne les croyais pas, je leur disais : « jamais, allez vous faire foutre ! » (rires). Mais maintenant, j’avoue qu’en vieillissant, on comprend mieux certaines choses sur soi. J’ai franchi une nouvelle étape, que je n’aurais jamais cru franchir. C’est comme une porte qui s’ouvre. Je suis plus relax maintenant. »

L’âge de raison ?

C’est avec The Covers Record (2000), sur lequel elle reprenait à sa façon intime et personnelle, des standards rock devenus à son contact berceuses souffreteuses à écouter au coin du feu, whisky (sec) à la main, qu’elle a commencé à se rapprocher de son but. « J’essaye dans mes disques d’être celle que je voudrais être, de m’éloigner de la confusion et de la tristesse qui me hantent. » 2003 marque l’année de l’apaisement, de la transformation de la chrysalide en papillon, avec You are Free, titre au combien symbolique. Son folk fragile et crépusculaire semble avoir découvert la lumière, sa voix n’a jamais été aussi calme, aussi profonde. Le bien nommé The Greatest poursuit ce chemin, en allant encore plus loin. Un sentiment de plénitude parcourt ce disque, loin du bouillonnement intérieur de ses premiers essais. Finies les complaintes décharnées, Chan donne à son mal-être les arrangements qu’il mérite. Sa fragilité, orchestrée, se pare d’atours plus chauds, presque gospel, même si la mélancolie reste –feutrée, maîtrisée-, affleurant seulement pour vous parcourir l’échine de ses douces morsures. « Quand on vieillit, on guérit de certaines plaies. » dit-elle en baissant ses yeux, embués de larmes.
On se rend compte à quel point rencontrer Chan Marshall, c’est avant tout rencontrer une femme, pas une artiste en promo. Dans le restaurant où nous nous trouvons, cette grande fille toute simple déguste ses crevettes avec les mains, rie à gorge déployée, comme une bonne copine qu’on n’aurait pas vue depuis longtemps. Sauf que son visage prend parfois des airs de beauté brisée, de femme au bord de la crise de nerf proche de la Nico de Marble Index. Celle de la fin, qui revient de loin, mais qui semble avoir réussi à transformer son spleen en art salvateur. Euphorique un instant, grave et sage, celui d’après. « Tu sais, je ne rigole pas quand je te dis, que sans la musique, je serais morte ! » sanglote-t-elle, avant d’enchaîner « Je ne porte jamais de rouge à lèvres » d’un ton mi sérieux-mi badin comme si elle énonçait un précepte religieux, se regardant d’un air insatisfait dans son miroir Chanel. Puis de lancer au photographe, avec malice : « peut-être as-tu un ordinateur magique qui peut sauver ma tête ? »
Il n’en aura pas besoin, le bougre. Dans son pantalon noir trop large, sa chemise en jean de bûcheron, sa frange si longue qu’elle lui cache parfois les yeux, elle est assurément belle. Surtout lorsque son regard de biche effarouchée, surligné de noir, laisse percer la tristesse du monde qu’elle porte sur ses frêles épaules. « Je ne sais pas pourquoi, je ressens toujours le besoin de m’excuser. Je me sens beaucoup trop chanceuse d’être là et je culpabilise. Je ne comprends toujours pas ce qui m’arrive. Je ne mérite pas tout ça. D’autres sont plus généreux que moi. » Chan regarde ses bottes en peau qui semblent avoir beaucoup souffert, et dont on devine (seulement) la couleur initiale, beige. Chan les a salies avec sa manie de mettre toujours un pied l’un sur l’autre, comme une enfant autiste. « J’ai plein de sales manies », dit-elle. Comme celle de répéter « pardon » dix fois pendant le concert et trente pendant l’entrevue, et « merci » au moins autant de fois. Et puis cette manie aussi de penser toujours aux autres avant soi.

Humaine, trop humaine

Humaine est le qualificatif qui résumerait le mieux Chan. Humbles, honnêtes, simples, délicates, ses chansons ont toujours été habitées par la compassion. « Ce ne sont pas des histoires que je raconte, parce que ce ne sont pas des fabrications de l’esprit. Ce sont plus des hommages à ceux dont on ne parle pas assez. Dans « The Greatest » (la chanson d’ouverture de son nouvel album, ndr), je parle d’un petit garçon qui lutte pour devenir boxer. Mais ce gamin n’est pas spécifique. Il pourrait être toi, moi, n’importe qui. Il représente le sens du respect de soi et des autres. C’est une image de la compassion qui peut exister en chacun de nous, de notre humanité, de cette façon qu’on possède tous de surpasser les obstacles de la vie ».
C’est cette ouverture vers les autres qui anime The Greatest, album de country céleste et humaniste, enregistré à Memphis dans les mythiques studios Ardent, avec les meilleurs musiciens soul de la ville, dont le groupe d'Al Green et de l’alcool de maïs (en renfort). Sur le plus beau morceau de You are Free, « Names », Chan chantait déjà ses anciens copains de classe perdus de vue, « des vieux amis, qui ont mal tournés. Certains sont morts, d’autres vendent de la drogue, j’aurais pu finir comme ça moi aussi ».
Equivalent musical de la photographe américaine Diane Arbus, Chan chante les marginaux. Imprégnée de cette empathie pour l’Amérique des freaks, filmée par Gus Van Sant (une de ses influences majeures), elle avoue : « mes paroles parlent beaucoup d’amour et de héros oubliés, de ces gens rencontrés en tournée qui m’ont émus. »
Attentionnée dans ses ballades, Chan l’est aussi dans la vie. Même si elle a du mal à en parler. En 2004 elle utilisait sa notoriété pour servir la cause de la paix au Moyen-Orient, donner des fonds à une campagne de lutte contre le cancer, prêtait son image à l’association PETA, qui défend les animaux.
C’est peut être aussi cela qui la calme, Chan, plus que l’arrivée de l’âge adulte ou la célébrité. Ce sentiment d’être utile à quelque chose, à quelqu’un, quelque part. Chan a appris à donner, à communiquer, à masquer certaines souffrances, ayant traversé, elle-même, certains des obstacles que le petit boxeur de la chanson The Greatest doit franchir.
Que lui souhaiter de plus ? « Si je trouvais l’amour, je pense que ma vie changerait drastiquement. Je serais capable de m’arrêter quelque part, de construire. » Chan aimerait se poser. Pendant le concert à Istanbul, elle avait déposé sur son piano, une photo de la petite fille d’une amie exilée en Allemagne, comme l’image d’un rêve inaccessible. Des enfants, une grande maison à la Scarlett O’ Hara, le bonheur absolu et imperturbable, c’est tout le mal qu’on souhaite à celle qui n’a cessé, à travers sept disques indispensables de panser les blessures des autres. Pendant que celle-ci nous enlace pour nous dire au revoir, nous faisant presque rater notre avion : « Pars pas, tu n’as pas fini ton verre de vin. Allez, cul sec, à la tienne ! On se voit à Marseille, ok ? » en clignant de l’œil, on prend conscience qu’on a la réponse à la question posée par notre mère il y a dix ans (ça ne nous rajeunit pas). Qui-est Cat Power ? Une chic fille un peu bizarre, un brin poivrotte, légèrement givrée mais aussi, sans doute, l’artiste la plus humblement géniale et généreuse qu’il nous ait été donné de rencontrer. La meilleure, quoi !

The Greatest (Matador/Beggars)

Interview d'Amy Winehouse réalisée à Cardiff pour Rolling Stone en 2007


Amy Winehouse
Un bon cru

(article paru dans Rolling Stone en avril 2007)
texte : Violaine Schütz

Sous ses atours aguicheurs de Barbie gothique aux cheveux crêpés et tatouages de marin, Amy Winehouse, frêle Anglaise de 23 ans rivalise avec les grandes voix de la soul 60’s en réinventant le r’n’b d’antan. Troublant ! Rencontre...

Dépression, alcool, troubles alimentaires…A 23 ans, Amy Winehouse, la chanteuse-songwriter de Camden dont la pop-soul écorchée et suave affole les charts anglais, est une vieille âme qui semble avoir tout vécu. « You know I’m no good » clame-t-elle d’ailleurs sur l’un des entêtants singles tirés de son second album, Back To Black, numéro 1 Outre-Manche et promu à tous les honneurs chez nous.
Ne pas s’étonner donc, avec un tel tempérament, qu’en la rencontrant à Cardiff, capitale morose du Pays De Galle, où elle donne un concert à guichet fermé, Amy se révèle du genre pas facile, ni très causante. Celle qui a pour réputation de congédier la plupart de ses interlocuteurs au bout de dix minutes de réponses laconiques à leurs questions « à la con » fait honneur à sa légende.
Notre tête-à-tête de vingt-cinq minutes avec la jeune diva constituerait même, selon sa maison de disques, un record ; Mais jamais Amy ne s’étendra sur une question, comme si l’exercice promotionnel relevait pour elle du surhumain. D’entrée de jeu, elle ronchonne sur le retard du service de son café, en prévenant : « Ce n’est pas que je n’aime pas les journalistes. C’est simplement que je ne suis pas une bonne cliente. Je ne suis nulle pour les interviews. Je ne sais pas disserter des heures sur un morceau. Moi, je suis juste musicienne, j’écris des chansons et essaie d’être honnête dans mes propos comme dans mes textes, mon job s’arrête là ! Et puis, j’estime en avoir assez révélé dans mes paroles. »
Amy n’a pas tort. Rarement, on aura entendu sous une plume si jeune, des textes si incisifs et intimes, autobiographiques jusqu’au trouble. Ecouter Amy, c’est comme pénétrer le journal intime d’une femme en devenir, racontant avec crudité, tendresse et humour les affres de l’amour torturé et d’une vie brulée par les deux bouts. Entre une Pete Doherty soulful et une Shane McGowan jeune, Amy joue franc-jeu. « Ils ont voulu m’envoyer en cure de désintox, mais j’ai dit non, non, non ». C’est Ainsi que la post-ado effrontée ouvre le bal (pas vraiment pour les débutantes) de son second album avec l’épatant gospel de « Rehab », single en passe de devenir l’hymne de toute une génération biberonnée aux addictions (à l’herbe, à la coke, à myspace) mais refusant de marcher droit.

Pour Amy, « les centres de désintox, c’est bon pour Mariah Carey. » Et son fameux penchant pour la bouteille, elle l’assume sans tituber. « Je ne compte plus les fois où l’abus d’alcool m’a embarrassé, où je me suis blessé avec le micro, où j’ai oublié mes paroles. Ce qui est bien, c’est qu’à chaque fois que je me ridiculise, je ne me rappelle de rien après, c’est le blackout ! Ok, les vidéos sur le net me rappellent ces états là mais je ne les regarde pas (rires). »
Du regard des autres, Amy s’en tamponne, comme de pas de choses en fait. Essayer d’évoquer avec elle ses deux Brit Awards ou sa figuration en haut de la fameuse « cool list » du NME, vous n’obtiendrez d’elle qu’un vague air de mépris. Une nonchalance qu’on retrouve aussi sur scène, où entourée de blacks en costard dignes d’une séquence jazz d’un épisode d’Ally McBeal, Amy traîne sa voix rauque et ses mots crus en regardant à peine le public. « La seule chose qui compte pour moi, c’est la musique. Mes chansons sont une thérapie : Elles arrêtent le temps, me permettent de réfléchir et de transformer le négatif en légèreté. « Back to black » est un retour à un tas d’humeurs noires, mais j’essaie d’en parler avec humour, de me souvenir sans dramatiser. Je ne veux pas me demander comment j’ai pu survivre à ça, mais rire du passé. Je pense que je serais devenue totalement timbrée si je n’avais pas écrit de chansons. Et ça, je le sais depuis qu’à 13 ans, j’ai empoigné la guitare de mon frère pour commencer à composer. »
Enfant de la balle, Amy connaît la chanson. Son père, Mitch, chauffeur de taxi et fan inconditionnel de jazz, lui faisait écouter ses trésors 40’s quand elle était toute petite. Des parents mélomanes qui l’inscrivent à 12 ans dans une école de danse et de chant de Londres nommée Sylvia Young et responsable de catastrophes comme le mauvais pop band formaté S Club 7. Heureusement pour nous, Amy est virée de l’établissement au bout d’un an. A cause d’un piercing et « d’un manque de discipline. De toute façon, je n’ai absolument rien appris là-bas. C’était une école à la con, dans le trip Fame. » Avant ça, Amy montait à 10 ans un groupe de rap juif (!) influencé par les Salt’n’Pepa. « Mes premières héroïnes, je voulais être l’une d’elles. »
Ce n’est que plus tard, à 21 ans, au hasard d’un jukebox, et après avoir sorti un premier album inégal de jazz teinté de hip-hop (Frank en 2003), qu’Amy change d’idoles et trouve sa voix. Ses nouvelles muses, les Shangri La’s et leurs mélodies au romantisme exacerbé offre un écho parfait à la rupture amoureuse (accompagnée d’une sévère dépression) que traverse alors Amy, et qu’exorcise Back to Black. « Les girls groups ont réussi un truc extraordinaire : avoir des chansons pour chaque étape de la relation amoureuse, du coup de foudre à l’envie de mourir que tu ressens après une séparation. Et la simplicité de ces compositions me touche. J’avais envie de retourner à cette forme de pureté et de sincérité un peu extrême ». Une formule gagnante, puisqu’en associant à ces rythmes pop chaloupés millésimés des textes à l’honnêteté poignante et une prod r’n’b actuelle, Amy nous offre sans doute l’album -soul- de l’année. « Back To Black est la chose dont je suis le plus fière car j’ai l’impression d’être arrivée à retranscrire exactement ce qu’il y avait dans ma tête. Enfin, non, la chose dont je suis la plus fière en fait, c’est d’être en vie. »

www.amywinehouse.co.uk

Interview de New Order

 

 

New Order - Rappel à l'ordre - Article publié dans Trax – numéro d’Avril 2005

Texte : Violaine Schütz

New Order
Rappel à l’ordre

Alors que Tony Wilson tente de faire renaître le label Factory pour la quatrième fois (l’espoir fait vivre), que de plus en plus de groupes les citent comme influence (Les Chemical, Franz Ferdinand, Killers), New Order viennent rappeler avec Waiting for the Sirens’ Call, qu’ils sont bien les rois (depuis 28 ans), de la fusion disco-rock. Rencontre avec les quasi-inventeurs de la techno.

Derrière un physique de hools alcoolos, se cache un mythe. New Order, un nom qui n’a absolument rien d’un hasard, puisque ces fab four mancuniens ont réellement changé l’ordre des choses. Tous ceux qui ont échangé leurs guitares contre des platines, doivent quelque chose à ce groupe, qui a failli ne jamais voir le jour.
En 1980, Ian Curtis, chanteur de Joy Division et symbole de toute une génération de corbeaux à venir, se pend. Au lieu de se lamenter sur leurs sorts, les survivants de la division de la joie : Bernard Summer, Peter Hook, Stephen Morris et la nouvelle recrue Gillian Gilbert, font leur deuil en musique. New Order est né. Les premières chansons de NO (Movement, 1981) sont dans la lignée sombre de Joy.
Pour sortir des ténèbres, NO expérimente. Barney raconte : « A l’époque, on était tellement déprimés qu¹on faisait n’importe quoi. On avait du matos qui ne valait rien, et on essayait des trucs nouveaux avec le peu de matériel que nous avions fabriqué ». C’est d’heureux hasards qu’est né le son de New Order qui deviendra leur marque de fabrique. Basse idiosyncrasique, guitares catchy, voix paresseuse, et claviers si novateurs, qu’ils seront ensuite copiés jusqu’à la moelle. Un son qui culminera sur Power Corruption And Lies, et le fameux single « Blue Monday » (1983), monument de la fusion entre cold-wave et disco, à la fois morose (l'ombre de Ian plane) et dansant (NO est né, la house avec). Plus de 20 ans après, Barney ne se lasse pas de raconter «Blue Monday». « L'intro a été trouvée par hasard à partir d¹un faux contact de la boîte à rythme qu¹on a trouvé marrant et qu¹on a gardé... » Cette « erreur » qui est le maxi le plus vendu au monde (3 millions d'exemplaires) deviendra le son de l’Angleterre prolétaire et défoncée, qui ira danser sur New Order en club...pour survivre. Parmi ces clubs, la mythique Hacienda (fondée par NO et Tony Wilson, le patron du label Factory), à Manchester, rebaptisée Madchester, à cause de la folie des dancefloors, de l'ecsta et du foot.
L'aspect électronique de NO sera de plus en plus présent, avec des maxis comme « Confusion » (peut être le meilleur morceau électro anglais réalisé avec Arthur Baker). NO furent aussi les premiers à utiliser l’art du remix, dressant ainsi un pont décisif entre Manchester et Detroit. Le sommet de cette union reste Technique (1989), album techno pop, mélancolique et festif en même temps, que tout lecteur de Trax digne de ce nom devrait posséder dans sa discothèque. Après une telle réussite, difficile de faire mieux. Les ennuis commencent pour NO, avec l’Hacienda (des soucis de drogue) et leur label Factory, qui ne leur versera jamais l’argent qu’ils ont gagné « Tony Wilson n’était pas un connard, juste un mauvais gestionnaire. On n’a jamais su combien d¹argent on devait avoir dans l’affaire ».
Après avoir traversé les modes, alliant toujours l’euphorie à la mélancolie (le sublime Low-Life, 1985), NO fait aujourd’hui office de symbole. « Nous sommes des survivants » plaisante Stephen Morris. Des survivants, et des héros pour ceux qui ont toujours refusé de choisir leur camp, entre indie et dance.

Waiting for the Sirens’ Call (Warner)