mercredi 29 juin 2011

Une soirée chez Michou (Papier publié dans le Bonbon 10 /juin 2011)


Texte & Photo : Violaine Schütz

Michou
True Blue

Le 20 juin, inénarrable et très bling bling Michou, dernier grand personnage de la nuit, fêtera ses 80 au Trianon, entouré de 80 artistes. Il fallait au moins ça pour célébrer cet excentrique aux lunettes bleues et au brushing impeccable qui a survécu au music-hall. L'icône connue jusqu'à Las Vegas, nous a invité à boire du champagne (« sa cure de jouvence ») dans son cabaret rue des Martyrs, Chez Michou, ouvert depuis 55 ans. Récit.

« Vous êtes en face du dernier dinosaure », blague Michou, présent dans son cabaret ce soir, comme tous les soirs depuis 55 ans. « Pas une soirée que j'ai raté. Toute la journée j'attends ce moment. Quand les gens réservent, ils s'assurent toujours que Michou est là. Mais quel joie, quel bonheur, d'être là chaque soir, et de voir l'accueil qu'on me réserve. J'ai le droit à une fête toutes les nuits ». Quand l'homme en bleu arrive dans la salle, portant dans ses bras une mascotte à son effigie, tous les clients sont déjà installés, et l'accueillent en effet comme un roi. Le roi de la nuit. « Je suis parti de rien, je vivais près d’Amiens en Picardie, dans un milieu modeste qui avait vécu la guerre. Je ne rêvais que d'une chose, Paris et ses lumières et devenir populaire. La chose dont je suis le plus fier est d'être devenu une institution. On va chez Michou, comme on va au Crazy Horse, au Moulin Rouge ou au Lido». Michel Catty, surnommé «Michou», est né en 1931 d'une mère ouvrière et de père inconnu, et a été élevé par une grand-mère qui ne savait ni lire ni écrire. Autant dire que les lumières de la capitale n'étaient pas gagnées. Un de ses plus vieux amis, assis à notre table, qui a été la star de son cabaret pendant 30 ans, Hortensia, nous raconte : « Il est vraiment parti de rien, il avait vécu le contexte de la guerre, il voulait tenter sa chance. À 17 ans il décide de monter à Paris, muni d’une simple valise. Quand il est arrive à Paris, il a enchaine les petits boulots : vendre des journaux, faire la vaisselle dans des restaus...Puis il achète ce petit fond de commerce, au 80 rue des Martyrs, dont il fait un restau. Un soir de Carnaval, il a l'idée avec ses amis, la Grande Eugene, Fosfati, et d'autres, de venir déguisés en femmes. Les clients ont trouvé ça très sympa, des journalistes de l'époque comme Yves Mourousi, se sont intéressés au personnage, de là est né le spectacle. »

Celui que l'on surnomme Mimi ou le grand Chouchou était là avant la mode du burlesque. Stéphane, du Shoo Bi Dou, copie conforme de Chez Michou dont l'homme en bleu est le parrain, nous raconte : « Il y a un moment où le cabaret a été ringard, mais avec la mode du burlesque, tout le monde s'est souvenu de son rôle de pionnier. Le concept diner-spectacles a beaucoup été copié, avec plus ou moins de réussite. Et je peux vous dire que quand Michou partira, tous les transformistes du monde seront en deuil. Michou est quelqu'un de vrai, qui ne fait pas semblant. Il est là tous les soirs, en donnant beaucoup aux gens. Aucun acteur, au bout de deux heures de prise, ne peut en dire autant. Ce n'est pas un rôle.» Et c'est vrai que Michou, pourtant assez fatigué ce soir de l'avis de ses amis, donne de sa personne ce soir devant une salle comble (comme tous les soirs sept jours par semaine depuis plus de 50 ans).
Quand les clients (de tout âge) ont fini de manger, il se lève pour monter sur scène entouré de ses Michettes (serveurs et transformistes fardés étrangement beaux) et leur offrir quelques anecdotes et blagues. Florilège : « Vous savez pourquoi on mange si bien chez Michou? Parce que ça fait 15 ans que j'ai la chance de coucher avec le boucher »; « Un soir, il y a quelques mois, un type vient vers moi dans un café de Montmartre et me dit, vous permettez que je vous offre un verre? J'accepte, surtout que, pas mal le mec. Là, il me dit qu'il va venir au Cabaret ce soir, car c'est son anniversaire. Je lui : c'est pas vrai! Laissez moi vous offrir un très beau cadeau alors, laissez moi vous offrir mon corps! Là, le type me répond : « Il n'y a rien de plus récent? » Je vous assure que c'est vrai. »; « Une autre jour, un gars me dit : Michou, toujours les mêmes lunettes? Je répond à cette question con : Oui, et toujours les mêmes fesses! ». Une dernière pour la route? «Un couple d'amis à nous a adopter un petit garçon. Un jour, leur fils se retrouve dans la salle de bain et dit à son père, qui se douche, « Papa, qu'est que tu as un gros zizi! » Le père répond « Ah, mon chéri, mais si tu voyais celui de ta mère! » La salle glousse.

Michou nous réserve en tête à tête le même traitement. Quand on lui demande très sérieusement ce qu'on mange au cabaret, il nous répond « du boudin », devant les rires à gorges déployées ses amis et admirateurs. On essaie pourtant d'évoquer des sujets moins potaches. Pourquoi le bleu, par exemple? « Parce qu'un jour je me suis retrouvé dans le Sahara, et j'ai été frappé par les touaregs, ces hommes bleus du désert. Je m'en suis inspiré? » Et comment fait-il, à bientôt 80 ans, pour assurer le show, tous les soirs? « Je ne bois que du champagne, c'est ma cure de jouvence, mon secret beauté. » Pas facile de sortir du registre du showman, et pourtant au bout de quelques verres de «fontaine de jouvence », on y arrive, quand on évoque l'initiative dont il parle le moins. Parrain d'une tonne de projets de proximité dans son quartier chéri, il accueille tous les mois dans son cabaret les personnes âgées de Montmartre. « Pourquoi vous dites le mot vieilles dames? Ce ne sont pas des vieilles dames. Vous savez, je fais partie du troisième âges maintenant! Ce sont des copains et des copines. Je fais ça en souvenir de ma grand mère. » Cette mamie, qui l'a élevé en Picardie, et écoutait peut-être du music-hall, faisant naître chez le petit Michou des rêves de gloire et de paillettes. Aujourd'hui, son cabaret rempli de photos de lui à tous les âges entouré de stars et d'hommes politiques, montre qu'il a réussi à faire de sa vie une œuvre. Le spectacle commence lorsqu'on quitte la salle, place à la revue de transformistes, dont Michou fut grande figure comme l'atteste de sublimes photos de lui en Brigitte Bardot plus vraie que nature. Plus que kitch, le mot qui nous vient alors à l'esprit, c'est : émouvant.


Cabaret-Restaurant Chez Michou
80 Rue Martyrs
75018 Paris

Les 80 ans de Michou au Trianon, le 20 juin, dès 20h

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