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Avec mon interview de Wild Beasts + chroniques de Cat's Eyes et Mazes à l'intérieur.

 
Wild Beasts
La déca-danse

En deux albums, le quatuor anglais Wild Beasts a imposé son rock bacchanale et lyrique comme une évidence. Smother, leur troisième disque explore de nouvelles contrées expérimentales foulées auparavant par les immenses Talk Talk. Pas si « bêtes » ni sauvages les lads.

Dans les locaux de Domino France situés à Pigalle où l'on a rendez-vous avec les deux leaders du quatuor anglais Wild Beats, le jeune et débraillé Tom Fleming (voix, guitare, claviers), 26 ans, est alerté par un sachet à l'effigie des Libertines, posé nonchalemment dans un coin du bureau. « Alors tu voix eux, on les déteste! Voilà un groupe qui pense que jouer un personnage est plus important que la musique qu'on joue. » Pas de risque que les vies des Wild Beasts passent avant la voix de falsetto de leur chanteur et leur rock à contre pied de toutes les modes musicales. Depuis leur premier album, Limbo, Panto, on n'a d'oreilles que pour le timbre perché du jeune Hayden Thorpe, 25 ans, qui pouvait parfois irriter autant que fasciner, et leur univers baroque d'une complexité mélodique parfois exaspérante mais le plus souvent vivifiant. Le deuxième disque Two Dancers, arrivait malgré sa mélancolie exacerbée à faire danser avec des titres flamboyants comme « All King’s men » ou « Hooting and Howling », petits tubes revigorants pour Anglais blasés en mal d'hymnes romantiques. Romantiques, comme on l'entendait au XIXeme siècle.

Sur « Albatross », le très beau premier single du nouvel album, Smother, on pense à l'oiseau blessé Antony Hegarty et à ses vocalises d'église un soir de veillée funèbre. « On vient de Kendal, un coin paumé, où il n'était pas évident d'avoir ses propres codes, d'écouter une autre musique que les autres, raconte Hayden. Puis on a déménagé à Leeds et à Londres, car on étouffait. On fait de la musique parce qu'à un moment donné de sa vie on n'est pas compris et assez malheureux. Les gens cools font rarement de la bonne musique. » Sur d'autres titres de Smother, plus vaporeux, organiques et graciles, les ambitions s'envolent. Le subtil « Lion's Share » au piano minimaliste ou l'envoutant « Bed Of Nails » évoquent certains disques des années 80 : épurés, graves, nostalgiques et tout en émotions (justes), comme ceux de Japan, Kate Bush ou Talk Talk. « On aime prendre des risques, raconte Tom Fleming, co-leader du groupe (voix, guitare, claviers), aller sur des terrains où on est jamais allés avant. On se voit mal refaire deux fois le même disque. Pour Smother, c'est un groupe comme Talk Talk qui nous a inspiré. On voulait enregistrer quelque chose d'intime et de sensuel ». Le sexe a par ailleurs toujours été présent chez les « bêtes sauvages », notamment dans leurs paroles souvent érotiques. « On a été très marqués par par Rimbaud, Baudelaire, et la littérature décadente française, explique Hayden. Le mélange de pornographie à quelque chose de presque gothique. L'Angleterre est encore très conservatrice, répressive, si tu es un mec, chanter comme une fille, sonner vulnérable et parler de cul même de façon détournée est encore pas très bien vu. » Vus de l'autre côté de la manche, les Wild Beasts paraissent en tout cas plus bandants que les sirupeux jeunes mariés Kate Middleton et William le Prince.

Smother (Domino/PIAS)

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