lundi 9 mai 2011

(Archives) Une nuit avec Brigitte Fontaine (publié dans Tsugi en 2009)

Une nuit avec Brigitte Fontaine

Texte : Violaine Schütz

Vous en connaissez beaucoup des chanteuses françaises adulées par Sonic Youth, Turzi et Grace Jones ? Caustique, poétique, rebelle et drôle, Brigitte Fontaine remue toujours les tripes après 40 ans de carrière, avec Prohibition, un nouvel album politique et subversif sur lequel elle chante « Je suis vielle et je vous encule ». Une nuit à la hauteur du mythe.

18h. Récemment, j'étais à Morlaix, ma ville natale, en Bretagne, pour y jouer. J'étais dans un hotel merveilleux où je vais souvent, car la directrice est un ange, c'est l'hôtel de l'Europe. Je fais la balance à 18h, et il y a la un caméraman super qui filme pour l'émission Metropolis avec des dreads (ses vrais cheveux) qui descendent plus loin que le cul. Ca lui fait un manteau de cheveux roux jusqu'aux cuisses. Un type formidable.
19h. Je suis avec les camarades musiciens, les copains, que j'aime. On s'amuse bien dans les loges. Avec Audrey, ma sonorisatrice qui est super, on déconne, on rigole, on s'amuse, on donne des coups de fil. Elle boit après le concert, moi je bois avant, du champagne. Et détail scandaleux, Yan Péchin, le guitariste, enlève sa ceinture et se flagelle torse nu. Et zébré de rouge, il demande à un copain de le flageller dans le dos. C'est très impressionnant, et l'explication c'est qu'il a fait pas mal d'arts martiaux et que les gens font ça pour être en forme avant un exploit.
20h. Je me chauffe la voix qui est rongée par le tabac. Là c'était du beurre salé.
21h. Le concert est triomphal, émouvant. Le matin, je croyais que j'allais pas pouvoir jouer parce que je pleurais d'émotion de jouer pour eux. Je me demandais si j'allais y arriver. Et en fait j'ai pas du tout pleuré, j'ai plutôt rigolé. Pendant très longtemps, je pouvais pas revenir à Morlaix, parce que la seule fois où j'étais heureuse dans ma vie, c'était quand j'étais petite, à Morlaix. Et puis j'y suis retournée cet été, et j'ai été presque aussi heureuse que quand j'étais petite. Ce soir là je chante la chanson « Partir ou rester » que j'ai écrite juste après les élections, en duo avec Katerine sur le disque avec une fille super, la bretonne Nolwenn Korbell.
Je pourrais me demander : « Partir ou rester en Bretagne? » Mais je pense que je vais rester dans mon bourbi, l'Ile Saint Louis, parce que c'est joli même si c'est plein de touristes de merde, des gros porcs qui sucent des glaces . Et puis ce café (l'interview se déroule dans le bar « Les fous de l’Isle », rue des Deux Ponts, son QG, où elle donne toutes ses entrevues, ndr) est très bien, il y a un super fumoir avec une banquette. C'est une honte, c'est lamentable, une loi hypocrite et scélérate qu'on puisse plus fumer dans les endroits fermés. C'est surtout grave pour les détenus (qui peuvent fumer une heure par jour dans un sas) et les fous, que ne pas fumer rend plus fou, triste et malade. Et oui, partout c'est la prohibition, la vraie.
23h. Le propriétaire du bar de l'Europe a fermé le bar pour le mettre à la disposition des invités, les amis, les musiciens. Alors on fait une fête à tout casser qui dure toute la nuit. Après je dors comme je peux, bourrée. Je peux plus lire pour m'endormir. J'arrive plus à lire depuis longtemps, par contre j'ai deux livres d'avances, des livres terribles et rigolos. (Brigitte a déjà publié une quinzaine de livres dont Contes de chats, avec Sempé qui recueille des contes érotiques dédiés aux félins, ndr). J'ai écrit Le bon peuple du sang qui paraîtra en février, ça parle de choses terribles comme les gueux, les pauvres, mais il y a aussi des trucs rigolos, hein.

Prohibition (Polydor)

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