Une nuit avec Alister (publié dans Tsugi en 2008)

Propos recueillis par Violaine Schütz

Auteur de blagues pour la télé (Un gars, une fille, La Minute blonde), de nouvelles drolatiques (Playlist), ainsi que de tubes pour Adrienne Pauly (« J'veux un mec », c'était lui) Alister écrit enfin pour lui. Et c'est pas dommage! Son irrésistible Aucun Mal Ne vous sera fait fait beaucoup de bien là où ça fait mal avec sa prod classy signée Baxter Dury et ses bons mots cyniques chantés dans un très beau français. Celui qui fredonne sur « Qu'est-ce qu'on va faire de toi ?» (l'hymne d'une génération ») « Tu ne sais que danser, tu ne sais que sortir de chez toi, tu ne sais que rater ta vie » nous offre ici une nuit « pur moment de poésie ».


18 h Je me demande pourquoi je n’ai pas fait tout ce que je devais faire aujourd’hui. Et notamment manger : doigts, noix de cajou, donc. Avec un verre d’eau.
18 heures 30 Je trouve la réponse : parce que je n’avais pas envie de le faire. Mais pourquoi n’avais-je pas envie de le faire ? Je ne sais pas. J’écoute « Always late » d’Utopia (« Procrastination is my middle name », existe aussi en français).
19 h 30 J’écoute « Le téléphone sonne »» sur France-Inter. Je prends des notes.
20 h Je descend m’acheter des clopes avant que le bar-tabac ne ferme. En passant en général je prends du Coca à la station Esso. Si c’est la rave, une cannette 50 cl d’Heineken. Serait-ce la peur de réussir ?
21 h J’écoute mes nouvelles démos très fort au casque et me dit que c’est de la merde. Je jette le casque à travers la pièce. Je finis les noix de cajou. J’ai mal au cœur. En général, à cet instant je pense au pharmacien corse, Angelo Mariani,qui a inventé le Coca et qui s’est fait piquer son idée. Je me dis que ça se joue à pas grand-chose… Je ne pense jamais à l’inventeur de la bière.
21 h 30 : Je me demande ce que j’ai fait aujourd’hui de productif. Je n’ai toujours rien inventé qui change FONDAMENTALEMENT le quotidien des gens. Je cherche encore. Je remets mes nouvelles démos sur la chaîne cette fois-ci. Très très très fort. Ma voisine cogne puis sonne. J’arrête. J’ai donc la confirmation que c’est exécrable.
22 h Je fais plein de trucs : rangement de ma chambre, lessive, vaisselle, rasage, coups de téléphone, triage de papiers, envois de mails, réponses à des mails, écriture d’une chanson, écriture d’un chapitre d’une biographie de Billy Joel intitulée « 88 touches, 10 doigts, 1 trou du cul », paiements de factures en retard… Quelqu’un me traite de « Pédé rouge ».
22 h 01 Je me réveille. J’ai rêvé.
23 h Je regarde « Soir 3 ». Je me dis que la vie est dehors. Je regarde mon portable. Personne ne m’appelle. Je téléphone à la femme de ma vie pour lui dire que j’arrive. Je mange un brownie industriel. Peut-être est-ce la peur de l’échec ?
23 h 30 Fin de « Soir 3 ». Je regarde les pubs. Je note une idée de chanson « Ca va péter (je vous l‘avais bien dit) ». Peur de décevoir ?
23 h 40 Je mets en route une playlist intitulée « Night time » sur mon I-tunes. Je classe par nombre d’écoutes :
1- The Only Ones : « The Whole of the law » (32 écoutes)
2 - Big Star : « Blue Moon » (31 écoutes)
3 - Mott the Hoople : « Alice » (31 écoutes)
4 - Mick Ronson : « I’d rather be me » (30 écoutes)
5- Art Garfunkel : « 99 miles from LA » (29 écoutes)
6 - Benjamin Britten : « Midnight on great western » (28 écoutes)
7 - 10 CC : « Old wild men » (28 écoutes)
8 - Harry Nilsson : « Snow » (27 écoutes)
9 - The Cure : « Catch » (27 écoutes)
10- David Byrne : « A soft seduction » (26 écoutes)
23 h 45 Je regarde des trucs sur Youtube. Notamment les crises bipolaires d’Axl Rose. Quelqu’un me nomme « gouverneur de Sibérie ».
5 h Je sors fumer une clope en bas de chez moi parce qu’ailleurs y’a plus de place. Le goût du jeu ?
8 h J’arrive chez la femme de ma vie. Je sonne à sa porte. Elle ne m’ouvre pas. Je m’endors sur le paillasson. Quelqu'un’un me traite de « Vermine internationale ».

Aucun mal ne vous sera fait (Barclay)

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