The Stockholm Monsters pour le hors-série de Tsugi sur les disques méconnus

The Stockholm Monsters 
 
Alma Mater (Factory, 1984 -réedité par LTM en 2002)

La faute à un nom un brin stupide et trompeur (les Stochkholm Monsters sont mancuniens et n'ont jamais foutu les pieds en Suède)? Alma Mater, l'unique long format du quatuor a en tout cas été victime d'une des plus grosses injustices discographiques de ces vingt dernières années. De Factory, leur label, l'histoire ne retiendra que New Order, Joy Division et le Happy Mondays et délaissera les géniaux Section 25, Durutti Column, et ces Stockholm Monsters, auteur de l'un des plus grands disques, bancal et illuminé, des années 80. Affreusement sous-estimés (évoquez ce nom devant des gros fans de new-wave, nul ne les connaît), les monstres de Stockholm se sont formés en 1980 en empruntant leur nom à Bowie (Scary Monsters). Peut-être en raison d'un chanteur peu charismatique (Tony France, un look et une gueule de courtier en banque) le quatuor qui entre 1981 et 1987, enregistrera six singles et un album, sera produit par Peter Hook, (New Order) et fera plusieurs fois les premières parties de ces derniers, ainsi que des Smiths et des Mondays, mais ne rencontrera jamais le moindre succès, allant jusqu'à récolter une chronique du toujours très sobre NME parlant à leur sujet de «presque la pire chose jamais donnée à entendre ». De quoi laisser à Tony et sa bande un goût amer, et les pousser à intituler un de leur (plus beau) morceau (et plus sombre) « How Corrupt Is Rough Trade? ». Pourtant, à les réécouter aujourd'hui, les Stockholm Monsters avaient tout. Alma Mater (sorti en 1984) cristallise même à lui tout seul tout ce que le rock indé des années 80 pouvait offrir de meilleur. Une voix inquiète, intrépide, bouleversante, entre la complainte (le vibrant « E.W » s'écoute le cœur serré) et la cavalcade sautillante, des guitares post-punk enragées, des synthés inquiétants, une trompette urgente, des textes désespérés, et surtout des mélodies pop fulgurantes qui s'écoutent comme des illuminations. On pense à Bauhaus autant qu'à New Order, à l'art funk d'A Certain Ratio et aux premiers Cure, mais aussi aux Television Personalities, à The Fall et au regretté Fad Gadget. C'est souvent beau à pleurer, et en même temps galvanisant, jouissif et poignant. Et mille fois plus précieux qu'un Control et deux 24 Hour Party People réunis.
(Violaine Schütz)

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