A.R. Kane pour le hors-série de Tsugi sur les disques méconnus

A.R. Kane 
 
Sixty Nine (Rough Trade, 1988 pop soul, réedité en 2004 par One Little Indian)

Si le duo londonien A.R. Kane n'évoquera rien à la plupart des kids d'aujourd'hui, leurs membres sont pourtant auteurs d'un tube qui parle encore aux clubbeurs nés de la dernière pluie. L'inusable « Pump up the volume » (1987) était signé M/A/R/R/S qui n'est autre que le nom du collectif (auteur de cet unique single) formé par deux groupes du label 4AD : Colourbox et A.R. Kane. Mais les A. R. Kane (formés en 1986 par Alex Ayuli et Rudi Tambala) ne rencontrèrent jamais le même succès que cet hymne fédérateur dans les charts. Pas du tout dance, leur premier disque Sixty Nine, mixait plutôt la dreamy pop de Cocteau Twins à la soul d'une voix black. La presse anglaise de l'époque parle à leur sujet de « Jesus and Mary Chain noir ». Difficiles à étiqueter, les chansons de 69 très érotique vont encore plus loin, se permettant des embardées dans le dub éthéré, le rock expérimental (« Sulliday » évoque Sonic Youth) et le shoegazing planant (on pense souvent à Slowdive). Si on y ajoute des paroles incompréhensibles à propos d'océans et de couleurs, on n'aura pas de mal à comprendre pourquoi le duo demeurera obscur : trop compliqué à marqueter. Reste qu'A.R Kane annonçait là beaucoup de courants des années 90 à lui tout seul (dream pop, ambiant, post-rock). Leur deuxième album, beaucoup plus accessible et pop (malgré ses 26 titres et ses interludes noisy), I, contenait même un tube en puissance à la modernité impressionnante, l'afro-pop « A Love From Outer Space », repris par les français Tahiti 80 en 1999 (sur leur album Puzzle). Leur troisième disque, New Clear Child, paru en 1994 après un long break du groupe, et beaucoup plus barré, est quant à lui dispensable. Mais c'est le projet du duo en lui même qu'il faut retenir. Un indien et un noir alliant les guitares noisy un peu froides de l'indie rock anglais aux rythmes chauds de musiques venues d'ailleurs. Toute la scène pop actuelle de Vampire Weekend à Tory y Moi ne fait aujourd'hui plus que ça. Merci qui?
Violaine Schütz





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