Une nuit au Metropolis

Tecktonik : juin 2007, premier papier paru dans la presse sur le phénomène, dans Trax

Tecktonik
La fièvre du samedi soir

En marge de la hype parisienne, 7000 personnes se réunissent tous les mois lors des soirées « Tecktonik Killer » du Métropolis, à Rungis, pour se lancer dans d’incroyables battles de dance au son d’une trance de fin du monde. La techno aurait-elle trouvé sa danse ?

Samedi 9 juin, minuit, au Métropolis, soit la plus grosse boîte d'Ile de France. Chaque mois, s’y organisent les soirées « Tecktonik Killer ». Au dessus du périph, à 10kms de Paris, près d'Orly, les lettres s’inscrivent lumineuses et les clubbeurs, en masse, patientent deux heures avant d’entrer, sans perdre de leur sang froid. Bon esprit ! Mais on est encore loin de se douter de ce qui nous attend à l’intérieur...
Imaginez. 5000 fêtards, des looks hallucinants : chaussettes rayées, crêtes d’héroïc-fantasy, guêtres. Des lumières stroboscopiques, des lasers, des glowsticks et un son dément (le jumpstyle) mettant tout le monde à bloc, chaque clubbeur se lançant dans des mouvements jamais vu auparavant. Proche du voguing (la danse de Madonna) pour les moulinets des bras et du squaredance (country) américain pour les pieds, la « tecktonik » est une danse fascinante.
Un clubbeur devenu fan du mouvement il y a peu, Tekilatex, chanteur cartoonesque de TTC et auteur d’un premier album solo très fluo, n’en revient pas. « C'est fantastique de te dire que tu es dans cette boîte mystérieuse que tu vois sur l'autoroute depuis que t’es petit, et dans laquelle tu n’as jamais osé entrer. Et soudain tu arrives dans un endroit rempli de cyborgs qui s'éclatent comme des fous, pendant que sur la scène un gogo boy musclor bondage remue ses pectoraux et une danseuse sexy au dessus de ta tête dans un vaisseau spatial fait le tour de la boîte sur un rail. »
Seul ennui pour le néophyte, au son de cette hardtrance, difficile de rester stoïque, et pourtant on ne peut pas danser. Il faut apprendre. Car comme nous l’explique l’organisateur des soirées, Alex, un sosie de Marilyn Manson à la gentillesse inouïe, la tecktonik, c’est plus qu’une musique, un « style de vie ». Ca s’initie.
Elodie, jolie clubbeuse de 18 ans très au point sur le dancefloor, nous confie que même si elle passe le BAC dans une semaine, elle ne raterait pour rien au monde « cette soirée à part, décomplexée où on peut passer six heures sans se faire brancher, car les gens qui sont là viennent pour danser et profiter de la musique, avant tout, et non pour se regarder ou se brancher ». Qu’il est loin le clubbing feutré parisien !
Découvert en Belgique il y a sept ans par ses organisateurs, Cyril et Alex, deux techno-punks de la première heure, la tecktonik a donné lieu à des fêtes qui ont commencé en 2000 au Métropolis.
Mais c’est il y un an que tout s’emballe, les clubbeurs se retrouvant sur myspace et leurs blogs, pour poster leurs vidéos de battles de danse improvisées à la boulangerie, au parking ou à la sortie des lycées. Les jeunes montent des « teams », les styles varient d’un danseur à l’autre, certains se blessent gentiment. On pense au breakdance, sauf que ce mouvement vient des classes moyennes et non de la banlieue.
Mais le plus impressionnant, reste cette musique venue de Belgique et de Hollande où elle cartonne depuis 15 ans : le « hardstyle ». Des mélodies percutantes aux rythmes accélérés, des synthés qui cognent, et surtout un gros pied de fin du monde, entre BO de Mad Max et musique de la boîte de Terminator. Au Métropolis, ce soir là, quand le DJ joue une version tek du « Nothing Else Matter » de Metallica et que la foule lève les bras au ciel, on a rien de moins que l’impression d’un nouveau « summer of love ».

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