Sleigh Bells - papier publié dans le Tsugi n°34



Sleigh Bells
Cadeau empoisonné

texte : Violaine Schütz

Un duo américain reprend l'histoire là où Atari Teenage Riot l'avait laissé. Des hymnes de punk électronique 2.0 sales, méchants et sexy en diable. Mais si les Sleigh Bells martyrisent la pop, ils nous font, en même temps, beaucoup du bien.

« Les Sleigh Bells ne donneront pas d'interview ». L'info de la maison de disque sonne laconique, sans appel. Mais il faut l'avouer : le contraire nous aurait étonné, voire déçu. Car depuis qu'on entend sur les blogs/sites qui comptent (Pitchfork Media en tête de peloton) leurs mp3 sauvages et qu'on mate sur youtube leur prestations scéniques aux airs de carnages, on attendait des Sleigh Bells un certain « punk spirit ». Dans la vraie vie, la chanteuse Alexis Krauss, poupée brune à frange qui danse comme si elle faisait de l'aérobic en enfer est institutrice et officiait ado dans un girl's band bubblegum pour midinettes (Rubyblue) avant de rencontrer le diable en personne, Derek Miller , en 2008. Ce dernier fut guitariste dans un groupe de post-hardcore prénommé sobrement Poison the Well avant de fomenter le projet Sleigh Bells (« grelots »). Depuis le groupe a travaillé avec M.I.A., joué à Coachella et Primavera. Pas mal pour un groupe dont les morceaux, masochistes et dégénérés, ont l'air sans concession.

Traitement de choc
A l'image de la pochette, des pom-pom girls dont le visage est flouté comme sous l'effet de l'acide sulfurique, Treats fait constamment l'amalgame avec une certaine idée de la pop américaine (refrain-couplet) et un traitement de choc particulièrement nocif. Si « Treats » signifie aussi bien « traitements » que « présents », il s'agit dans ce cas d'un cadeau empoisonné. En s'attachant à la voix, on a l'impression d'entendre des jolies ritournelles qui pourraient passées à la radio. Mais le sort féroce réservé aux boîtes à rythmes, guitares et claviers qui lui servent d'écrin (rugueux) contrarie les mélodies. On peut parler d'un véritable tabassage en règle. Un peu comme si les mièvres Ting Tings étaient remixés par Aphex Twin, les Destiny's Child revues et corrigées par L7 ou Broadcast fouetté par le John Spencer Blues Explosion. « Rill Rill », « Tell 'Em », « Crown on the Ground », « Kids » ou autant de titres où la violence la dispute à la suavité. Car à l'instar d'autres duos abrasifs amateurs de beats crades et saturés, -Kap Bambino ou -Crystal Castles – les Sleigh Bells agissent en terroristes. Leur mission? Saboter la pop, le mainstream, la Fm, et tout ce qui susceptible d'être relayé par des médias de grande audience. Ici, la pédale distorsion retentit presque un acte politique.

Treats (Mom Pop/Phunk)

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