jeudi 3 février 2011

Interview - Hercules And Love Affair

Hercules And Love Affair - Papier paru en février 2008 dans le TSUGI n°6


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Hercules And Love Affair
Love vibrations
Texte de Violaine Schütz
Avec son premier album d’électro androgyne, émouvante et utopiste, le DJ new-yorkais Andrew Butler alias Hercules And Love Affair, dernière trouvaille du temple DFA, a réussi deux exploits : le coming-out dance d’Antony sans ses Johnsons et l’initialisation d’un revival disco qui pourrait faire tourner bien des boules à facette en 2008.
Après avoir donné dans l’intellect avec le dernier album d’Hot Chip, le label DFA fait dans le muscle. Hercules And Love Affair, intriguant projet à l’imagerie gay multiplie les références sulfureuses. Dans un premier album passionnant où se mêlent clins d’œil appuyés à la mythologie grecque, effluves funky du Studio 54, house de Chicago et électro pop 80’s, se joue une certaine idée du clubbing. Vintage, rêvée, cette piste de danse imaginaire croise la voix de Marc Almond aux beats des premiers disques de Factory, la puissance de Derrick May aux gimmicks des hymnes de dance de camping (des relents de Bronski Beat). Ces obsessions culminent sur le single « Blind », sommet d’électro intimiste mixant la voix transgenre mélancolique d’Antony Hegarty à une mélodie disco très éloignée du folk d’Antony And The Johnsons. C’est que l’oiseau blessé d’I am a bird now vole aujourd’hui vers d’autres cieux, les horizons colorés et bizarroïdes d’un certain Andrew Butler, l’homme qui se cache derrière Hercule et son histoire d’amour. Un mystère bien gardé dont on ne sait rien, à part qu’il vient de signer l’un des disques les plus attachants de ce début d’année.
Vierge effarouchée, satyre présumé et lutteur fatigué
Un clip, « Blind » dans lequel une jeune fille apeurée pénètre dans un paradis peuplé de créatures en toge, des flyers montrant des éphèbes en petite tenue, deux photos promos d’un grand roux baraqué au regard clair posant en chemise de bucheron ou costard, les bras croisés, tel un lutteur fatigué. Et puis cet album poussant à toutes les confusions, à tous les fantasmes dans lequel Hercule flirte avec tous les genres même les plus décriés (house soulful, disco funk 70’s, italo dark). Voici tout ce que l’on a sur Andy Butler. Et il y a là de quoi s’imaginer le producteur en satyre amateur des orgies païennes les plus débridées.
Mais lors de notre conversation au téléphone, Andy est plutôt du genre agneau. Un type réservé qui se raconte poliment : « J’ai grandi dans une famille conservatrice de Denver, explique-t-il. Chez nous, il y avait un piano, dont j’ai commencé à jouer très tôt avant de composer dessus. A l’âge de 10 ans, le choc ! Je me souviens avoir très marqué par un morceau de Yazoo. Je l’avais enregistré sur K7 et j’ai forcé mes parents à l’écouter. Ils se sont alors mis à crier : « Mais comment tu peux aimer un truc pareil, on ne sait même pas si c’est une fille ou un garçon qui chante ! ». Papa et maman ont beau désapprouver, les jeux sont faits. « Après ça, je me suis mis à sortir dans les clubs gays de Denver, et à 15 ans j’ai eu mes premières platines. J’ai mixé la même année pour la première fois dans une soirée house gay spéciale cuir. Je m’étais entraîné pendant deux mois, et au final je n’ai même pas pu terminer mon warm-up car la police a débarqué et j’ai du me cacher dans la salle de bain. »
Musiques de mariage
Heureusement, Andy ne restera pas sur cette expérience malheureuse. A New-York, Brooklyn plus précisément, où il réside aujourd’hui, c’est un Dj renommé qui n’assure pas que les warm-up. Avec son amie Kim Ann Foxman (qui chante « Athene » sur l’album), une créatrice de bijoux-djette il a fondé en 2002 le collectif DanceHomosDance qui organise régulièrement des soirées électro new wave-disco à thèmes rencontrant un certain succès. C’est pour ces fêtes qu’il commence à composer des tracks un peu démodés kaleïdescopant près de trente ans de dance musique. « Pendant longtemps, regrette Andrew, le disco et la new-wave ont été considérés comme de très mauvais goût, une musique à passer dans les mariages. Personnellement je ne me soucie pas de ce qui est à la mode ou pas. Je trouve qu’une musique qui a pour seul but celui de faire danser les gens est noble et légitime. » C’est qu’après les soirées cuir, Andy fut à jamais marqué par l’esprit rave. « La house entendue là-bas fut une vraie révélation. L’idée de rassemblement autour de la danse était quelque chose de magique pour l’ado esseulé que j’étais. L’utopie free party a beaucoup inspiré la musique que je fais aujourd’hui. J’essaie de retranscrire les sensations folles ressenties à ce moment là. »
Homme le plus fort du monde recherche amant disparu
Une vision hédoniste du clubbing partagée par Antony Hegarty, ami de longue date rencontré lors d’un dîner il y a sept ans, qui dit : « Hercules & Love Affair parle du sentiment de se sentir bien, libre et émotionnellement éveillé ». Mais heureusement, Andy et Antony ne font pas qu’une musique de perchés. « La voix d’Antony est l’une de celles au monde qui peuvent transmettre le plus d’émotions, raconte Andrew. Mais j’avais envie de traiter ses cordes vocales comme un son, et non comme une voix transmettant un message. Je voulais la pervertir en l’assemblant avec quelque chose de très différent, de très dancefloor, parce que j’aime autant la house de club que la pop intimiste ». Faut-il voir un lien entre cette déclaration d’Andy et la signification de son drôle de pseudo ? « Hercule a eu de très nombreuses relations homos, explique Andrew. Ce nom est une référence à l’un de ses amants perdu lors d’une aventure. Il l’a cherché partout par la suite. L’homme le plus fort du monde recherchait désespérément son amour disparu, un comble ! » On est donc loin du satyre et du gang bang. Hercules And Love Affair, c’est plutôt une histoire d’amours discoïdes plurielles sur fond de pop sensible. Puissent-ils avoir beaucoup d’enfants aussi inspirés.
Hercules & love Affair (DFA/EMI)

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