mardi 8 février 2011

Comment devenir un hipster?


Papier paru dans le Tsugi n°17 (03/2009)

Par Violaine Schütz

Le hipster, c'est celui qui prescrit les tendances, et devance les masses avec au moins deux buzz d'avance sur tout. Il ne suit pas les hype, mais les crée. Six conseils pour devenir prescripteur de « cool » en moins de temps qu'il n'en faut pour lancer un groupe néo-fluo.

1 - Lire les bons magazines
Les très pointus Pitchfork, Wire, Resident advisor font figure de sainte trinité. On pourrait aussi ajouter « hypemachine », l'agrégateur de blogs musicaux, qui doit absolument devenir la page d'accueil de tout laptop de hipster de première zone. Mais le mieux reste bien sûr de parcourir à l'aveugle des millions de pages myspace, facebooks, de forums, et d'écumer les soirées pour découvrir les nouveaux fluokids et le prochain Hunter S. Thompson. La bonne nouvelle, c'est qu'avec le net, tout le monde peut entrer dans le cercle privé de la hype. Un tuyau? Rejoindre la newsletter fondée en 2002 par l' « artiste sans œuvre » Thierry Théolier, « Le Syndicat de la hype » pour infiltrer les open-bars les plus fermés et les soirées dont il faut être genre le dernier vernissage d'une « fille de » anorexique et junkie devenue sculptrice de moulages de pénis de stars et ultra buzzée sur la toile ou le concert d'un groupe de mecs déguisés en zombies proférant un zouk-baléarique de toute beauté.

2 - Avoir la bonne collection de disques
Le b.a.ba? Posséder tous les disques sortis chez Warp, Eskimo, Matador, Italians do it better, K records, et quelques autres dont votre journaliste pseudo-hipster gardera le secret. Et en vinyles (cette espèce en voie de disparition) évidemment, pas en mp3! Par contre le hipster n'a aucun cd de Britney Spears chez lui, même pas pour le « second degrès ». Il a pas non plus l'intégrale de Jean Ferrat, il se contente d'exhiber la compilation lancée par le dessinateur écossais David Shrigley ou les edits de la clique parisienne Dirty. Le reste est à la cave. Car à l'image de Rob Fleming, 35 ans, le vendeur de disques passionné de pop music héros du roman Haut fidélité de Nick Hornby (un des livres du top 10 du hipster avec La Conjuration des Imbéciles de Kennedy O Toole et tout Lester Bangs) il ne pense pas qu'on peut vivre avec quelqu'un dont la collection de disques est incompatible avec la sienne, qui a moins de 1000 disques, ou dont les goûts se résument aux comédies musicales et à Wham. Le hipster ne couchera JAMAIS avec un fan de U2.

3- Devenir pote avec des hipsters (ou les requester sur facebook)
D'abord, quand on est un hipster, on est pas pote avec tout le monde. On a même pas mal d'ennemis. On plane au dessus de la plèbe l'air supérieur en vieux loup solitaire, n'hésitant pas à soutenir des avis contre le monde entier (voir conseil n°5). Par contre, on peut copiner avec James Murphy, Michel Gaubert, Hedi Slimane, voire Marco Dos Santos, c'est pas interdit, voire même fortement recommandé afin d'espionner et de piquer quelques trucs tout en prétendant, bien sûr, que c'est nous qui avons fait découvrir à James les Daft Punk alors qu'il en était resté au punk et qu'on lui a même filé son fameux premier « E ». Autant le dire franchement, DFA nous doit tout!

4- Revoir son vocabulaire
Attention le hipster ne parle pas comme le djeun's même si il s'inspire quelque fois certaines expressions; Pour communiquer avec lui, il faudra donc bannir les mots « coolos », « lol », « groovy », « fresh » et autres de son vocabulaire. Par contre, il est recommander de souvent utiliser les mots « dancefloor », « postmoderne », « crossover », « gonzo » et « putassier » ou des expressions plus usitées par personne d'autre que ta mamie. Dans ce sens, une lecture attentive des chroniques des dernières pages de Tsugi aidera pas mal pour le novice en mal d'expressions telles que « se tamponner le coquillard avec une queue de morue ». Très « postmoderne », ça, comme vous le dira notre rédac chef adjoint Ben C!

5 – Affirmer des opinions tranchées (sur à peu près tout)
« Justice, mon petit cousin fait mieux les yeux bandés ». Radiohead? « So 2006 ». « MGMT? » « J'étais dans la même université d'arts libérale qu'eux? Pourri en live! ». « Animal Collective? » Énorme! Le prescripteur des tendances à venir ne doute pas. Avec la même certitude qu'une astrologue de président, il prédit ce que tu écouteras dans trois mois, mangera dans dix jours et ce que tu porteras dans six mois. Par contre, si tu proclames que tu aimes bien -à la fois- le foot, la techtonik, le rock en provenance d'Evreux, les tee-shirts Simpson, les posters de Bob Marley et les images de dauphins, il y a peu de chance que tu deviennes un jour un hipster, même malgré toi.

6 – Prendre la bonne apparence
L'image renvoyée par le hipster au peuple est primodiale. En total look vintage, il a toujours l'air « has been », du coup, il est carrément d'avant garde (puisque tout revient un jour, comme l'a prouvé la new-rave et ses t-sirts Waikiki). Investir dans les lunettes d'Elvis Costello est absolument essentiel. Pas mal aussi, le tee shirt d'un groupe culte des années 90 (mention spéciale à Dinosaur Jr et Sonic Youth). Par contre, le tee à caractères fluo dernier cri est à bannir. Il s'agit pas de suivre ce qui se fait chez Colette, mais de s'exclamer en voyant le dit truc chez Colette : « Le mien de tee-shirt Factory records est troué depuis 92 tellement je l'ai porté, et m'avait couté 5 livres au marché de Camden ». C'est encore mieux si c'est Peter Saville qui vous l'a offert, bien sûr. Pour les filles, on remplace le it bag (d'une grande marque dont il faut changer tous les quinze jours pour être la nouvelle Chloé Sévigny) par le tote bag, ce fameux sac en tissus en vente aux concerts. Metronomy et Late Of The Pier en ont fait des bien récemment. Enfin, le hipster « haut niveau » se reconnait à une seul fait : son look unique qui le différencie des masses se ruant chez H&M, a déjà été immortalisé par les bloggeurs trop hip Cobrasnake et Face Hunter. Alors, à vous de jouer en ressortant le tee de biker à tête de loup et les lunettes de nerd à triple foyers. Car tout ce qui faisait de nous un ringard en 92 risque de devenir férocement 2009!

www.hipsterrunoff.com (Pour se foutre de la gueule des hipsters)

2 commentaires:

Sixofone a dit…

Autant le dire, si un hipster CREE les tendances, il ne suis pas les conseils de quelqu'un sur ce qu'il faut écouter/porter/dire/etc ; ça c'est suivre les goûts des autres et c'est mauvais pour l'amour propre.

Anonyme a dit…

"Le vrai Parisien, c'est celui qui est en retard de quinze ans sur la mode d'aujourd'hui - ou en avance de quelques jours. Sacha Guitry dans "les Mémoires d'un tricheur", 1953