Chronique de Discodeine (pour Tsugi)



Discodeine
Discodeine (Dirty/Pschent/Wagram)

Jamais un nom n’aura si bien résumé l’essence d’un groupe. D’un côté le disco, le dancefloor, la danse, de l’autre la codéine, drogue plongeant dans une certaine torpeur. Le duo formé du roi de l’edit Pilooski et de Pentile (ancien de France Copland) s’est déjà taillé une belle réputation en six maxis et une poignée de remixes choisis (Metronomy, Yelle) imposant en trois ans son identité sonore. Sur ce premier album éponyme, on retrouve la formule Discodeine, version étendue. D’un côté, les textures psychotropes semblant tirées de BO de films imaginaires : “Homo-Compatible”, répétitif et noir, d’une lenteur languide quasi hypnotique, qui évolue vers quelque chose de complètement trippant comme du Carpenter sous morphine, ou “Antiphonie” qui organise la rencontre du krautrock et de Nino Rota. Du côté du club, le tropical “Singular”, chanté par Matias Aguayo et “Synchronize”, tube immédiat qui a le mérite de sortir Jarvis Cocker d’une mauvaise passe musicale, assurent le quota de disco, tout en restant élégants et mentaux. C’est peut-être cela le plus addictif chez Discodeine, ces contrastes permanents qui font qu’un morceau n’est jamais le même d’une minute à l’autre. Comme si les chercheurs Pentile et Pilooski traquaient toujours la montée inédite ou la mélodie un peu bizarre jamais tentée en puisant autant dans la house de Chicago, le psychédélisme que le funk blanc. Et comme la figure christique de la pochette, entourée de lions rouges terrassés, Discodeine écrase la concurrence. (Violaine Schütz)

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