Article sur Bette Davis paru dans le Bonbon Nuit - 2013



Bette Davis Eyes

Texte : Violaine Schütz
C’est l’incarnation absolue de la star hollywoodienne. Bette Davis, née Ruth Elizabeth Davis, fait l'objet d'une rétrospective à la Cinémathèque Française jusqu’au 4 août. L’occasion de revoir son jeu d’actrice, brillant, subtil et hanté.
Elle n’était pas belle, elle était pire. Bette Davis, avec ses grands yeux lourds, sa silhouette fluette et son minois triste, a débuté dans le Hollywood du début du siècle sans avoir comme atout le physique des starlettes décolorées de l’époque. L’aspirante comédienne aux grandes ambitions, au talent démesuré et à la volonté de fer, a essuyé un certain nombre de refus au théâtre pour manque de sex appeal quand elle décide, contre l’avis de tous, de tenter sa chance au cinéma. Arrivée à Hollywood en 1931 (elle est originaire du Massachusetts), elle finit par obtenir des rôles par sa ténacité et son jeu très fort, vite remarqué. Dans ses premiers films (Seed de John M. Stahl et Waterloo Bridge, de James Whale), la jeune fille apparaît vieillie et mal habillée, flanquée au second plan. Mais malgré ces mauvaises tribunes, la Warner Bros la découvre et décide d’en faire une star. Elle enchaîne les rôles de garces manipulatrices, de femmes sévères, de caractérielles, de colériques voire d’hystériques dans des mélos souvent passionnants. Rien ne lui fait peur. Ces personnages font écho à une vie privée tumultueuse, habitée par quatre mariages hauts en couleur et de nombreux conflits avec d’autres figures de l'âge d'or du cinéma, notamment des réalisateurs comme William Wyler. Bette disait ce qu’elle pense, et avait de nombreuses exigences. Elle a longtemps détenu le record du plus grand nombre de nominations aux Oscars en tant que meilleure actrice (10 fois), avant d'être dépassé par Katharine Hepburn (12) et Meryl Streep (13). Elle a obtenu deux Oscars : en 1935 pour L'Intruse de Alfred E. Green et en 1938 pour L'Insoumise de William Wyler. Son plus grand rôle reste celui qu’elle tient dans Ève de Joseph L. Mankiewicz. Elle y incarne une légende de la scène théâtrale new-yorkaise vieillissante, Margo Channing, qui se prend d’amitié pour une admiratrice, Ève, qui la remplace au fur et à mesure au regard des autres. Malgré la centaine de films tournés dont nombre de chef d’œuvres, elle fera paraître cette annonce, drolatique, dans un hebdomadaire en septembre 1962 : « Mère de trois enfants âgés de 10, 11 et 15 ans, divorcée, de nationalité américaine, 30 ans d’expérience dans le domaine cinématographique, encore alerte et plus aimable que ne le prétend la rumeur publique, cherche emploi stable à Hollywood. Connaît Broadway. Bette Davis. Références à l’appui. » Elle retournera d’autres long-métrages après ça, avant de s’éteindre le 6 octobre 1989 à l'hôpital américain de Neuilly-sur-Seine, à l'âge de 81 ans. Entre deux vagues de chaleur cet été, on pourra s’asseoir au frais à la Cinémathèque Française pour revoir plus d'une cinquantaine de ses films dont Milliardaire pour un jour de Frank Capra ou encore Victoire sur la nuit d’Edmund Goulding. Et apprécier du génie à l’état pur.
Jusqu’au 4 août à la Cinémathèque française, 51, rue de Bercy
75012 Paris

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