Interview de Metronomy (qui reviennent en avril avec un troisième album)

Publié dans le Tsugi n° 10 - juin 2008

Texte : Violaine Schütz

Metronomy
New rêve

Une incroyable injustice ! C’est ce dont l’ambitieux trio anglais Metronomy, a fait l’objet. Classés vite-mal fait dans l’étroite case fluo de la new-rave à ses débuts, le groupe a continué à être cantonné au rang de sous-klaxons dans son pays. A tort. Nul n’étant prophète dance en son pays, aux Français de les apprécier à leur juste valeur : celle d’un groupe pop majeur.

Si comparaison il doit y avoir, ce n’est pas du côté de Twisted Charm et Hadouken ! qu’il faut chercher à caser le cas Metronomy ; Le sang de ce trio de Brighton est royal, de celui qui coule dans les veines d’une race pop qui vient de loin, de celle qui brise les frontières et franchit des montagnes, avançant seul et dans le noir, sans Dieu, ni maître pour créer de nouveaux sentiers, dresser des ponts inédits. Sparks, Devo, Talking Heads, voici quelques noms que le frondeur Nights Out, deuxième album de Metronomy, évoque au détour de douze partitions d’électro-pop anticonformiste qui ne se laissent pas facilement apprivoisés. Et si Metronomy étaient les nouveaux Brian Eno ?
La jeunesse parle à la jeunesse
« Les chansons dance parlent presque toute de la nuit de façon fun. Notre concept, c’était de créer la bande son d’une nuit, mais pas d’une nuit où je m’éclate, plutôt d’une où je ne m’amuse pas. On parle d’un thème pas très fédérateur : le clubbing non festif (rires) ! Car je sors beaucoup, mais suis souvent déprimé pendant en soirées. En Angleterre, le public s’accroche à l’aspect visuel-très coloré de notre univers, qu’ils trouvent fun, mais il y a une grande tristesse, dans notre démarche. »
Ah, c’est sûr, Joseph Mount, à qui l’on doit ses propos, n’est pas un leadeur pop anglais comme les autres. Ce guitariste de 26 ans ne porte pas de slim, ne kiffe pas Kate Moss et ne cause pas de filles. Plus Nick Hornby que Pete Doherty, il porte dans l’album Nights Out, ainsi que dans la vie, un regard plutôt désabusé sur ses contemporains dans des chansons presque toutes écrites « en rentrant ivre de pub ou destroy après une virée en club ». « Nos paroles sont assez mélancoliques, avoue Joseph. « On Dancefloors » raconte le désarroi qu’on peut ressentir parfois sur la piste de danse quand on arrive pas à communier avec ses potes. « Heartbreaker » s’inspire d’un ami enfermé dans une relation amoureuse de merde, qui n’arrête pas de se plaindre de sa meuf à un pote. En fait, le plus important c’est sa relation avec ce pote ! « Holiday » c’est l’histoire de vacances impossibles pour un couple qui n’arrive pas à se mettre d’accord, et « On the Motorway » c’est un peu notre « Leader Of The Pack » à nous : l’histoire d’une fille qui vole une voiture et a un accident avec juste après ».
D’Aphex à Erol Alkan
Mais le propos, très « commentaire social » et donc très « Gang Of Four » serait banal s’il n’était pas accompagné d’une musique qui lorgne bien plus loin que le pavé anglais. Musicalement, Metronomy c’est une batterie métronomique qui suit les pulsations cardiaques d’un cœur fou et survolté, une basse new-wave souvent inquiétante et des synthés cheap mais riches d’idées. On y retrouve la grâce new-wave de New Order, la rage des Clash et un peu de l’émotion techno primitive contenue par Kraftwerk. Et puis quelque chose d’absolument unique et moderne ;
Car si Nights Out est l’œuvre d’un trio : Gabriel Stebbing (basse, claviers), Oscar Cash (saxophone, claviers) et Joseph Mount donc, c’est surtout celle de ce dernier. Joseph, un gamin qui a grandi « dans la pire région du monde, Devon. Etre ado là-bas, c’était ne rien faire, absolument rien, à part errer dans les parcs. Si tu as 15 ans à Devon, et que t’es pas totalement comme les autres et que tu as ton propre sens-très particulier- de la mode, on dit que t’es hippie et on te trouve vraiment bizarre. Tu passes pour un freak. »
Heureusement, les choses s’arrangent un peu quand le père de Joseph vend un ordinateur à son fils. Ce dernier s’en sert pour copier ses héros d’alors -Autechre, LFO, Aphex Twin- et se choisit un nom mélangeant ses deux passions : la musique (métronome) et l’astronomie. Parce que l’ado de 17 ans vise déjà les étoiles. Un premier album étrange, très électro et quasi instrumental intitulé Pip Paine (Pay The £5000 You Owe) naîtra en 2006 dans la chambre du petit Joseph et aboutira à quelques faits exemplaires : des remixes pour Klaxons, Franz Ferdinand et Kate Nash. Un premier single, « You Could Easily Have Me » playlisté en boucle par Erol Alkan, et surtout un concept live parmi les plus originaux qu’il nous ait été donné de voir.
Harder, better, stronger
« Sur scène, on place des lampes sur nos tee-shirts. L’idée est venue d’une illumination qu’on a eu juste avant de faire notre premier concert, raconte Joseph. On voulait éviter d’être pris trop au sérieux, ou d’être vus comme un groupe d’électronica chiante, alors je suis rentré dans une solderie « tout à un pound » et j’ai acheté ces trois lumières rondes. C’est un peu comme la pyramide Daft Punk, mais version cheap. Nos chorégraphies sont nées de la même impulsion : étonner, offrir un truc original. On a même invité une troupe de danseuses une fois sur scène. »
Définitivement pas comme les autres ces Metronomy, injustement réduits à un énième groupe fluo, alors que la vérité est ailleurs, dans une révélation délivrée en fin d’interview par Gabriel, le bassiste. « On aimerait que les gens pensent qu’on commence quelque chose, et pas qu’on le finit, qu’on nous place dans une lignée de groupes pop qui ont essayé d’éclater des barrières, pour écrire des chansons à la fois dansantes et un peu compliquées. On aime vraiment la musique et on en écoute beaucoup : du post-punk à la new-wave en passant par la pop très pure de Hall& Oates. On ne fait pas ça pour la gloire ou les filles. Alors ce serait vraiment chouette que ceux qui écouteront l’album se rendent compte qu’on a tenté de faire quelque chose d’ambitieux, de plus grand, de plus intéressant que de s’engouffrer dans une mode. Metronomy essaie d’être différent. »
Et réussit. Alors, que Justice soit faite.
Nights Out (Because)

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