mardi 16 novembre 2010

L'équation Violens (article paru dans l'avant dernier numéro de Tsugi)



La formule
Violens

Le trio new-yorkais réconcilie les contraires, la tendresse de la pop 80's et la violence d'un certain rock gothique pour s'imposer comme le mariage un brin tourmenté de MGMT et George Michael.

40% pop 80's
Pour certains qui ne sont pas nés de la dernière pluie, l'écoute du premier album de Violens fera l'effet du visionnage de l'intégrale de John Hugues. Le chanteur Jorge, né au Costa Rica avant d'atterrir à 18 ans à Miami a en effet passé son adolescence à acheter les cassettes de Billy Idol, écouter des groupes avec des coupes mulets et de la synth pop parfois discutable (de Simple Minds à Depeche Mode). Il en garde un certain penchant pour le rock héroïque et les crescendos (« Generational Loss »).

30% shoegazing et rock 90's
Pour se faire « violens », il faut avoir le cœur à vif ou des années d'écoute intensive de My Bloody Valentine et des Pale Saints derrière soi. Cavalcades de guitares saturées, empilement d'effets, collages psychédéliques, le groupe ne recule devant aucune mélodie épique. L'ésotérique « Trance-Like Turn’ » porte ainsi les stigmates dream-pop de Slowdive. Mais on retrouve aussi la verve expérimentale du rock US des 90's, de Fugazi à Sonic Youth.

30 % black métal
Peu revendiquée par les groupes hype du Brooklyn actuel, Violens cite dans ses influences le groupe de black métal Summoning, Death In June, Dead Can Dance et les groupes de métal chevelus des années 80. Ca s'entend sur « Full Collission » et d'autres morceaux de bravoure ne rechignant pas contre quelques moments de pure chaos, bruitages apocalyptiques et guitares saignantes comme en témoigne le très gothique « Acid Reign ».

Amoral (Static Recital)

+ chronique :
Violens – Amoral
(Static Recital)

Imaginer le mariage des Wham et de My Bloody Valentine. Vous ne pouvez pas? Nous non plus avant d'avoir entendu pour la première fois les New-Yorkais de Violens. En deux mixtapes et une poignée de mp3 distillés sur le web (le sublime « Already Over »), le trio s'est imposé en douceur comme l'espoir 2010 de l'internationale pop. A raison. Véritables dictionnaires du rock, les trois garçons compilent et empilent des décennies musicales sans jamais commettre une seule erreur. On peine à leur trouver un seul héritier à leur pop synthétique et psychédélique mais on jurerait qu'ils sont anglais. Dans le désordre, le sang des Pale Fountains, des Smiths et Felt coule dans leurs veines. Mais ce qui passionne (lâchons le mot) chez Violens, c'est surtout leur façon de remettre au gout du jour des gimmicks pop 80's vraiment pas évidents (la voix suraiguë de Jorge Elbrecht, les cavalcades de guitares jusqu'à l'overdose, les mélodies caoutchouteuses et alambiquées) en les débarrassant de leur kitsch initial. Tears for Fears, Eurythmics et INXS se retrouvent ainsi exhumés et érigés en pères spirituels par les délirants « Full Collision » et « Acid Reign ». Amoral, premier album épique et baroque, ne semble au final avoir aucune règle, aucune limite comme celle d'un prétendu « bon goût » indie pop. Salvateur et vivifiant. (Violaine Schütz)

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