jeudi 11 novembre 2010

Koudlam



Koudlam
En plein cœur (article paru dans le Tsugi n°25)

Après l'heure du m'as tu-vu french touch 2.0, l'heure est à l'avant-garde électro qui avance dans l'ombre et le chaos. Etienne Jaumet, Joakim, Krikor, Turzi, et maintenant Koudlam, coupable majestueux d'un des albums les plus poignants de 2009, voire des 2000's. Coup de cœur.

« Il est jeune et beau, ses lèvres sentent l'océan, ses yeux ressemblent à ceux des dauphins, son corps est celui d'une statue moderne, sa musique sonne comme la vision de ruines dorées et de sommet de montagne, il croit que la pauvreté en Afrique peut sauver le monde. »
Voilà les infos officielles qui circulent sur le web à propos de Koudlam, éclaireur solitaire et opaque d'une électronique débutée aux alentours de 2000. Il aura fallu durement insister pour obtenir une interview de visu avec l'auteur de l'un des disques de l'année (l'apocalyptique Goodbye), ce dernier préférant les emails et les apparitions affublé de Wayfarer lors de lives donnés dans « un hôpital de Londres, une grue à Berlin ou une église romaine ».
En vrai, Koudlam a 30 ans, des yeux sombres, des boucles christiques et une beauté effrayante, entre un Louis Garrel et un Klaus Kinski. « J'ai grandi avec Underground Résistance, et même si mettre un masque en 2009 est ridicule, il n'en demeure pas moins que j'ai horreur de la parlotte. Je me demande même si je vais pas encore moins me montrer. J'aimerais que la musique reste au dessus du reste. »

Coup de lame
Pas de crainte, la musique de Koudlam restera au dessus du reste, voire de tout le reste. Sorte de « world music héroïque » comme la définit son complice de toujours, l'artiste super star Cyprien Gaillard, avec lequel Koudlam a collaboré (pour la musique des projections du film Desniansky Raion), les chansons écorchées vives de Koudlam cannibalisent à elles seules des civilisations entières (maya, inca, masaï), annoncent la fin d'une époque et d'un monde (on y cause de décadence, d'effondrement et de ruines), marie des flûtes ancestrales à des beats indus, un chant d'ivrogne romantique à des nappes shamaniques.
Goodbye voit loin. Né à Abidjan de parents français, Koudlam a découvert l'électronique dans les raves de France : « J'avais des potes qui avaient des sound systems et on allait jouer en dj set avec eux, en free party. Après avoir eu des groupes de rock influencés par les Doors, j'ai acheté mes propres machines, et eu un duo de hardcore ultra violent, avec lequel j'arpentais les free parties. » Un de ses amis se serait fait planté en teknival, d'où son pseudo.
Le reste de son adolescence, Koudlam la passe entre l'Afrique (« mon père n'a jamais été bien nul part ») et Grenoble. Après huit ans d'apprentissage de la musique (piano, solfège, saxophone), il hésite entre le skate et l'escalade, avant de décrocher un master d'histoire de l'art mais ce sera la musique qui remportera la mise.

Altitude
Une musique galvanisante qu'il élabore pendant des heures de solitude à l'aide de logiciels, de synthés, d'un piano et d'une guitare. « J'ai souvent perdu la foi, ça a pris du temps de me faire connaître, mais je me suis toujours dit qu'il devait y avoir une justice. J'ai sorti un disque autoproduit, Nowhere, en 2006, dans l'anonymat alors que ma musique (basée sur l'émotion) n'est pas faite pour cent personnes, ce n'est pas une musique de niche. Dans les moments de dèche, je relisais (pour me rassurer) les biographies des gens que j'admire, comme celle de Wolfgang Güllich, le plus grand escaladeur de tous les temps. Dans les années 80, alors qu'on en était au niveau 7 de l'escalade, il a inventé les niveaux 8a+, 8b et 8c, soit carrément une autre dimension. Il grimpait à l'envers, à la verticale, c'était Spider Man. Il a ouvert une nouvelle voie. »
Visant des sommets symphoniques encore inexplorés, l'électro-pop épique de Koudlam a dépassé la techno et le rock pour créer une nouvelle brèche. La french touch 8c+?

Goodbye (Pan European Recording)
www.myspace.com/koudlam

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Koudlam (chronique pour Tsugi)
13-01-2010
Goodbye (Pan European/Module)

Image “Koudlam, c’est Suicide en moins chiant”, peut-on lire sur un forum, “Ceux qui n’ont pas d’âme ne comprennent pas”, ajoute un anonyme. On ne sait pas grand-chose du Français Koudlam (certains parlent d’origines mexicaines, d’autres disent qu’il serait né il y a vingt-neuf ans à Abidjan) mais on sait que ces commentaires ne sont pas exagérés ! Après un premier disque forçant le respect (Live At Teotihuacán, soit le lieu où l’on devient dieu), Goodbye, signé sur Pan European (le label de Turzi), ne fera pas de sitôt ses adieux à notre platine. Ex-étudiant en histoire de l’art, Koudlam élève en tout cas la musique électronique au rang de sa matière première. Inventant quelque chose comme la world-music de l’an 3000, ce passionné d’entropie et de ruines construit ses mélodies avec la même minutie qu’on mettrait à peindre un plafond de chapelle. Mêlant techno décharnée (“Eagles Of Africa”), BO de film inexistant, prog-rock et opéra, il réalise une symphonie qui tend à une certaine perfection. Des notions un peu oubliées en “musique sur ordinateur” qui font de Goodbye une œuvre rare tendant au mystique. Le chant d’ivrogne romantique (sur le désespéré “See You All”, aux violons lancinants) a d’ailleurs quelque chose de messianique. Récemment on entendait Koudlam dans une séquence d’Un Prophète d’Audiard et ce Goodbye pourrait être une prophétie sur ce que sera la musique du futur. (Violaine Schütz)

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