samedi 20 novembre 2010

Interview with Pilooski

Interview de Pilooski parue dans le magazine du Social Club en 2008


Pilooski

Edit : remodelage d’un morceau de musique déjà existant afin de lui donner une dimension dancefloor. Dans cet art du recyclage, il existe un maître incontesté. Cédric Pilooski, toulousain de 35 ans d’origine polonaise découvert par le très hype Dirty Sound System. Ses versions krautrock-disco syncopées de vieux classiques soul (ou pas) oubliés en ont fait l’un des hommes les plus courtisés de l’année. Rencontre décontractée avant la débâcle annoncée de son set au Social Club le 27 mars.

Propos recueillis par Violaine Schütz

Quel a été ton parcours jusqu'à ta rencontre avec la musique ?
Dans l'ordre: l'enfance, l'école, les filles, la fête...la vie quoi...J’ai commencé à produire du hip hop pour un label parisien, de la techno pour d'autres, j'écoutais de la soul et des BO à la maison, je jouais pas mal à "Puissance 4" pour développer mon esprit de stratégie, je regardais beaucoup de films de Gangster et du futur, puis,j'ai rencontré les génies du Dirty Sound System, on a bu des coups, et voilà...
Tu as produit des groupes de rap, comment ça s’est passé ?
C'est très simple. Tu passes ta vie à expliquer ce que t'es en train de faire aux mecs avec qui tu bosses, à la fin tu les mets devant MTV avec un gros joint, et quand un jour, ils écoutent du jazz, c'est qu'ils sont arrivés.
Aujourd’hui, tu fais des edits, c’est quoi un edit exactement ?
Un morceau que tu aimes bien dont tu t’appropries les meilleurs moments. Un edit réussi ne dénigre pas l'original et continue à être fluide malgré le charcutage opéré.
Comment choisis-tu les morceaux à « éditer » ?
Par goût de l'original essentiellement et non pas en fonction du style.
Warner a récemment racheté les droits de l’edit de Frankie Valli, « beggin » que tu as réalisé. Comment ça s'est passé ?
Dan du label 679 m'a appelé, ils avaient de grands projets pour moi à travers Warner UK qui avait les droits pour le morceau de Frankie Valli. Ils ont fait une vidéo horrible, des tee-shirts, et ont fait de moi l'heureux détenteur d'un disque d'or en Grèce.
As-tu une anecdote folle à propos de tes edits ?
Pas vraiment, Faire des edits, c'est constamment avoir un œil sur ton écran et bien surveiller l'eau qui bout pour les pâtes.
Quels logiciels conseillerais-tu pour un amateur qui veut se lancer dans l'edit ?
Aucun, il n'y aucune règle, je connais des gens qui s'amusent comme des fous avec un bout de bois et une tranche de jambon.
Qui aujourd'hui, fait les meilleurs edits d'après toi ?
J'aime bien ceux de Moxie, certains de Todd Terje. Ceux qui continuent à éditer uniquement du disco manquent vraiment d'imagination en général.
Les edits ont vraiment émergé avec l'avènement du disco début 80’s, vois-tu un parallèle entre cette époque et la nôtre ?
L'époque n'est pas si différente que ça, il y a pas si longtemps, j'ai entendu Chic en boîte. Et puis il y a des DJ’s qui se font un paquet de tune, et souvent, ce ne sont pas les meilleurs.
Es-tu un gros collectionneur de disques ?
Je l'ai été, aujourd'hui, je trouve les collectionneurs de disques tristes, avides, seuls, moches...Je les évite au maximum.
Tu produis aussi tes propres tracks, peux tu me raconter l'aventure discodeïne ?
Discodeine, c'est un projet avec un membre de Dirty, Benjamin Morando aka Pentile, notre ambition ultime est de faire de la pop pour tous les saunas du monde. On finit un album pour Dirty, et des remixes pour qui veut.
Qu'est ce que tu aimes en musique électronique aujourd'hui ?
Plein de choses, j'adore Jackson, Oizo, Errorsmith sous ses différents projets, certains trucs de Das Glow, Siriusmo, j'aime bien aussi les trucs de Sebastian, Matthew Dear, Zongamin, Joakim, des gens créatifs, avec leur propre son. Je trouve qu'il y a plein de trucs intéressants en ce moment.
Quelles sont tes influences musicales majeures ?
Toutes les musiques avec de l'intensité, du funk et plein de défauts. Ce qui me touche dans la musique, en général c’est la sincérité et parfois le manque de compétence technique de l'artiste.
De quoi es-tu le plus fier jusqu'à présent ?
Je suis très peu objectif sur ce que je fais en général, mais pour être en phase avec mon époque, je dirais peut-être le remix de Von Südenfed (le nouveau projet électro du chanteur de the Fall, Mark E. Smith, ndr) pour le label Domino et surtout les derniers morceaux qu'on a fait avec Pentile dans le cadre de notre projet Discodeine. On vient de finir un remix pour Photonz dont on est assez content. On chante, on rit, on danse, c'est bien.
En tant que DJ, quel est le meilleur endroit où tu ais joué ?
Incontestablement le Brésil. Le Portugal, la Turquie sont également des endroits ou l'on mange bien.
Quelle a été la plus belle soirée clubbing de ta vie ?
Plein de soirées peuvent être merveilleuses. Récemment, je dirais Rub-n-Tug au Social club : aveuglé par l'alcool, l'un des deux membres qui était habillé en bucheron, cherchait les platines et passait en boucle le même disque.
A quoi doit-on s'attendre le 27 mars au Social Club pour ton mix aux côtés de Dondolo et Dirty?
A ce que je joue des disques que j'aime, mais aussi à « être heureux, malheureux, vivre seul ou même à deux ».
photo :Philippe Lévy

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