Interview with Klaxons (published in Tsugi 34/2010)



Klaxons
New Rêve : la gueule de bois

Texte : Violaine Schütz

Trois ans après le choc Myths Of The Near Future, les anglais Klaxons sonnent une deuxième fois mais sans nous refaire le coup du dance-punk fluo. Surfing The Void surfe sur un rock mi punk, mi-prog, en oubliant les remontées acid. Comment passe-t-on de la new-rave au no-future ?

« Ils sont bons pour le Hellfest », « On sent que le producteur de Slipknot est passé par là »...Au showcase pour journalistes donné dans un relatif secret au Nouveau Casino parisien en juin dernier, les Klaxons ne sont plus tout à fait ceux qu'on a connu et déroute la hype qui l'attend depuis trois ans au tournant. Exit les nippes fluos, les sifflets de free party et l'électronique! Jamie, James, Simon et Steffan (le batteur uniquement présent dans la formule live) jouent fort un rock rapide (façon punk séminal), dont ressortent « Flashover », « Sufing The Void » et « Calm Trees », trois morceaux plus durs, bruts et sombres que les précédents tubes estampillés new-rave des Anglais. Désormais, il faudra s'y faire, les Klaxons forment un groupe de rock classique et efficace, assurant le show et offrant un public pourtant blasé un pogo et quelques slams. D'où vient une telle révolution? Qu'a mis le trio dans ses « E »?

La sonnette d'alarme

Pour ceux qui auraient passé les années 2006 et 2007 dans un sous-sol à écouter Bauhaus, le flashback s'impose. A ce moment là, en quelques hymnes tapageurs (« Gravity’s Rainbow », « Atlantis To Interzone », « Magick ») un trio londonien sapé comme l'as de pic s'impose comme le fer de lance d'une génération de kids décomplexés qui ne font pas la différence entre le rock et l'électro. Après des années de cynisme cold wave et de rock binaire triomphant (Strokes, White Stripes) le son de Klaxons devient le nouvel opium des jeunes. Mixant indie pop, sirènes rave, basse acide, beats sous MDMA et claps dans les mains avec une salutaire liberté, ils féderent tout ce qui s'est fait de meilleur outre-manche : la furia du punk, l'hédonisme house et l’euphorie baggy. Ce rock mutant qui se danse associé à des prestations scéniques aux airs de mix, un look fluo improbable, des clips DIY déments, et des déclarations nébuleuses sur la science-fiction et les drogues, fait vite des Klaxons le groupe d'une décennie (myspace) et l'idole du NME. A l'époque, James (chant, synthétiseur, basse) pose le tableau en ces termes : « Je pense que le climat est parfait pour notre style de musique. On a débuté le groupe en novembre 2005 avec la volonté de mixer Josef k avec Baby D. Le but était de faire, avec des guitares, de la musique sur laquelle on peut danser. Il y avait aussi le désir de trancher avec la plupart des groupes de Londres du moment. » L'album, l'alarmant Myths Of the Near Future, qui sort en 2007 tranche en effet avec tout ce qui c'est fait en pop ces dernières années sur la scène indie : il n'y a plus de chapelles, plus de frères ennemis.

Rumeurs et mythes

Mais que faire après ça? Quand on a en un disque défini le son du futur et les nouvelles lois du dancefloor mondial (Justice et Kitsuné en France, Modular en Australie)? Avec leur air de pas y toucher, le trio a réussi à donner au décloisonnement entre les clubbers et rockeurs son disque-étendard. Comme les Happy Mondays, Daft Punk et LCD Soundsystem en leur temps. Mais depuis le moment où les kids brandissaient des « glowsticks » à leurs concerts, le dance-rock est devenu la donne. Le défi n'est donc plus tout à fait le même. « On a été un peu fatigués de l'image du « party band », de se retrouver à jouer en néo raves dans des hangars, avoue Simon (guitare, chœurs). On a toujours fait de la musique avec des guitares et non des ordinateurs. Cette histoire de new-rave, ça n'a jamais été qu'une blague pour faire jaser la presse. A nos débuts, on s'était classés dans la catégorie «Psychedelic/Progressive/ Pop » sur myspace, ce n'était pas de la pub mensongère. »
Il leur aura pourtant fallu trois ans pour se détacher des mythes fluo et aboutir à ce nouveau disque. Trois années pendant lesquelles les rumeurs abondent. On a l'impression de spéculer sur le prochain blockbuster hollywoodien avec Sylvester Stallone. On parle du départ de James Ford, qui produisait le premier album, trop pris par Simian Mobile Disco. De querelles avec leur maison de disque, Polydor, qui aurait demander à ce que le groupe reparte à zéro, jugeant les premières démos bruitistes et expérimentales. Comprendre : pas assez commerciales pour leurs poulains gagnants d'un Mercury Prize. Que faut-il croire?

Eternel retour du même et lézard ailé
Jamie (chant, basse) balaie le tout d'un revers de sweat oversize. « James Ford était devenu paresseux et nous aussi. Il nous poussait dans les mêmes directions et pas assez dans nos retranchements. On avait cessé de surprendre les uns les autres pour se reposer sur nos acquis. Être dans un environnement familier et une relation d'amitié plus que de travail, rien ne peut arriver de pire. Il n'y avait rien de nouveau sous le soleil dans la chimie James Ford + Klaxons. Or ce qu'on craint plus que tout c'est le confort et l'incessant retour du même, explique l'ex étudiant en philosophie. » Quant à Polydor, il s'agirait d'une faux scoop balancé par le tabloïd The Sun. «Notre label a toujours été ultra réconfortant et derrière nous, afin qu'on puisse enregistrer le meilleur disque possible, s'époumone Simon. On n'a jamais été forcés de tout réenregistrer ».
La vérité sur ses trois ans de réflexion serait beaucoup plus simple. « On n'étais pas surs de pouvoir refaire un album, révèle Jamie. Pourquoi devrait-t-on se presser? On a fait le même coup à The Horrors, qui ont mis trois à sortir un album, et aux These New Puritans, deux des meilleurs groupes anglais du moment. Nous on n'a eu aucune nouvelle chanson pendant un moment. On s'est contenté de parler et de réfléchir. Et puis on a clubbé, vécu des trucs. On a pris des substances, notamment des hallucinogènes amazoniens que m'a fait découvrir à Glastonbury l'écrivain new-yorkais psyché Daniel Pinchbeck. J'ai vu un lézard ailé terrifiant monter un escalier en colimaçon dominé par une boule blanche scintillante. On a même pensé qu'on ne ressortirait d'album. Quand on a commencé le groupe, c'était pour le fun, par accident. Publier des maxis ou faire des concerts devrait suffire pour être un groupe en 2010. »

Emocore épique et révolte adolescente

Les fans doivent-ils s'inquiéter ? « Je ne vois pas pourquoi ceux qui nous ont suivi seraient déçus. Ce disque s'inscrit dans une trilogie. Le premier c'était le futur, celui-ci le présent et le troisième, ce sera le passé. Ce sont les mêmes voix, la même batterie, la même énergie que celle qu'on trouve à nos concerts, affirme James. Et puis ce sont les mêmes lectures qui nourrissent ce disque que le précédent : William Burroughs, JG Ballard, Philippe K Dick et les mêmes influences. Quand Jamie était disquaire, il écoutait Yes et Soft Machine dans le magasin il bossait, d'où le psychédélisme un peu prog-rock présent sur ce disque.»
Il n'empêche que la teinte plus sombre adoptée par un groupe qui offrait justement une alternative à la tendance Joy Division du rock anglais étonne. « Au contraire cet album est optimiste, jure James. Son titre signifie que si le vide existe, tu peux surfer dessus. C'est le même hédonisme qu'avant. Cet album est juste plus romantique et sexuel. » Leur référence ultime? Le groupe texan culte d'émocore At The Drive-In (séparé en 2001). « C'est ce qu'on avait en tête! On est pas du tout fans des autres groupes (Sepultura, Korn) produits par Ross Robinson (le producteur de Surfing The Void, enregistré à Venice Beach) mais totalement de ATDI, raconte Simon. Quand Ross nous a dit qu'en enregistrant notre disque il avait ressenti la même chose qu'en les produisant, on est devenu fous. Leurs mélodies épiques donnent envie de faire des tonnes choses plutôt que de continuer à regarder MTV. Quand tu écoutes At The Drive-In pour la première fois, c'est galvanisant, comme une explosion de force pour passer le cap de l'adolescence. » Gageons qu'avec Surfing the Void, les Klaxons offriront une nouvelle fois aux kids la B.O de leurs années rebelles, tendance no-future, cette fois.

Surfing The Void (Polydor/Because)



Commentaires

Anonyme a dit…
Excellent!

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