Interview de Beach House pour le magazine Redux



La maison de la plage
texte et interveiw de Violaine Schütz 
paru dans le Redux n°33 (automne 2009)

Pour ceux qui en détiennent les clés, Beach House est un précieux coin de paradis musical que l'on voudrait garder secret. Composé de la Française Victoria Legrand (voix et orgue) et de l'Américan Alex Scally (claviers et guitare), le duo de Baltimore a en deux albums seulement fédéré un club de fidèles lui vouant un véritable culte. Il faut dire que leurs mélodies de dream pop éthérée assorties à la voix de Victoria, parmi les plus poignantes entendues depuis Nico, font l'effet d'un sortilège immédiat. De quoi établir la maison de la plage "destination de villégiature idéale des hivers trop longs".
Devotion. C'est ainsi que s'intitule le dernier album en date de Beach House, sorti en 2008, et c'est le mot qui convient le mieux pour définir ce que l'on ressent dès la première écoute d'une des chansons du duo, quelque chose de l'ordre de l'endormissement des sens ou de l'illumination extatique. Il y a d'abord la voix de Victoria, spirituelle, androgyne, magique, soul, profonde, viscérale. Il faut dire qu'elle a de qui tirer Victoria. Nièce du compositeur de musiques de films Michel Legrand (Les parapluies de Cherbourg) et de la chanteuse Christine Legrand (une des voix derrière Les demoiselles de Rochefort), elle a grandi dans un environnement très propice à trouver sa voie artistique. Le soir où on la rencontre, juste après son concert beau et vaporeux du Nouveau Casino parisien, elle est d'ailleurs très émue car son père (le frère de Michel Legrand, artiste lui aussi), pas vu depuis 2 ans, était dans la salle. « Il est peintre et a été musicien, pour le premier groupe de Chrissie Hynde. Son avis est très important. Il est très fier de moi car je fais ce qu'il a toujours voulu faire ».
Et il peut. Car avec son acolyte Alex, un charpentier de métier rencontré il y a cinq ans par un ami commun, dans le Maryland, Victoria (qui a longtemps été barmaid) a en deux disques réussi à délivrer de vraies perles mélodiques à la mélancolie obsédante. Guitare slide, orgues d'église, réverb’, claviers, c'est tout ce dont le duo a besoin pour tisser son univers de folk poétique, planant, et délicieusement torturé à l'architecture pourtant squelettique. « On n'utilise pas de basse ni de batterie en studio, cette restriction nous pousse à faire preuve de plus d'imagination. C'est un défi perpétuel de n'être que deux, on ne peut pas masquer le cœur de la mélodie sous des tonnes d'effets, et ça nous force à faire quelque chose de différent des autres groupes basse-guitare-batterie, explique Alex. »
Résultat? Si on pense souvent à l'onirisme d'une BO de film de David Lynch (leur réalisateur préféré), à la pureté de Neil Young, à la grâce de Yo La Tengo ou aux textures de certains morceaux du Velvet, on n'entend jamais véritablement autre chose qu'une musique très personnelle, celle de Beach House. Pour Alex, c'est même là l'essentiel. « Utiliser des sons qui n'ont pas été utilisés trop souvent, que tu ne peux pas reconnaître tout de suite ou comparer à quelque chose d'autre, c'est ça l'enjeu principal quand tu écris une nouvelle chanson. Sinon pourquoi la faire? ».
Le groupe a ainsi dès son album éponyme réussi à s'attirer des déluges de critiques positives de médias réputés blasés (dont l'influent webzine Pitchfork) en adoration devant ces chansons de dream pop unique qui ne parlent presque que d'amour. Mais le meilleur semble à venir pour Beach House...Alors que le groupe était jusqu'alors signé sur l'obscur label rock indé Carpak (basé à Washington), il vient de franchir un nouveau cap en rejoignant le mythique bastion du grunge, Sub Pop (Nirvana, entre autres), pour leur troisième disque, à peine terminé. « On a enregistré l'album au Dreamland Studio de Woodstock dans une église. C'est Chris Coady (Yeah Yeah Yeahs, TV On The Radio) qui produit et nous a aidé à rendre notre son moins brouillon. Ce sera plus passionné, plus adolescent, exalté, et il y aura plus d'amour et de sexe dedans, promet Victoria. Ca sortira début 2010. » Une bonne nouvelle qui devrait nous aider à patienter cet automne en rêvant à de beaux étés futurs sur la plage abandonnée...
www.myspace.com/beachhousemusic
reduxmag.com

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