Interview avec Philippe Katerine réalisée en 2010 pour la couv du Bonbon Nuit

Depuis presque vingt ans, Philippe Katerine promène sa fantaisie dans la musique, le cinéma, la littérature et la danse. Chanteur, dandy, comique, il sort un disque qui poétise le quotidien, porte son nom et lui ressemble, comme cette rencontre.

C'est quoi cette pochette avec vos parents dessus, avec vous et qui porte votre nom, Philippe Katerine ?
Toute ma vie est là, d'où les parents. La chanson préférée de ma mère c'est celle sur le Vélib la nuit, où je prend de l'ecstasy. Cette chanson je l'ai écrite en direct, sur un vélib, la nuit, à Paris. La mélodie et les paroles me sont venues et je les ai enregistrées sur mon téléphone.

Justement, on a l'impression que toutes les chansons sont inspirées de faits réels. Le rêve, qui met en scène une scène porno avec Johnny, c'est vrai aussi?
Ah oui, tout à fait, j'ai vraiment fait ce rêve.

Pas de retour de l'intéressé?
(rires) Ah ben non, pas d'envoi pas de retour. Après va savoir si il s'agit de Johnny ou pas qui est en question, quand on fait des rêves, les significations sont inversées, c'est bien connu. C'est juste un transfert. C'est que symbolise Johnny. Il symbolise quoi?

La beauté la vieillesse le pouvoir...
J'enlèverai peut-être la première proposition.

Sur le disque, il y a votre amie, Jeanne Balibar, votre fille et vos parents qui chantent, vous lavez votre linge en famille?
Oui mais devant tout le monde. J'ai essayé de prendre d'autres options que mes propres parents, après je me suis rendu compte que c'était ridicule de ne pas leur demander puisque c'est d'eux dont il s'agissait.Et quelles étaient les premières options?
Serge Lama et Petula Clark car ce sont l'équivalent de mes parents dans le show-bizz.

Que faisaient vos parents?
Ma mère était institutrice, c'était ma première maitresse en maternelle. Je ne m'en suis jamais remis. Quant à mon père, il vendait des produits vétérinaires pour les vaches.

Et au départ, on fait de la musique pour se rebeller contre ses parents, non?
J'ai déjà fait des trucs comme ça comme poser tout nu sur une pochette, mais mes parents ne disaient rien, ce qui me rendait fou car j'aurais aimé qu'ils se révoltent. Mais pourquoi t'es tout nu sur cette pochette, t'es pathétique. Et comme ils ne l'ont pas fait, autant qu'ils sont sur la pochette avec moi!

D'où vient la chanson La Banane, c'est un manifeste politique? La dernière fois que je t'ai interviewé, tu disais vouloir former un partie autour des 3 B (bouffer, boire, baiser), ça en est où?
Je ne suis pas du tout politisé. C'est toi qui trouve ça politique, moi j'y pense pas. Sinon je ferais pas de chanson, j'irais dans la rue. La grève sur les retraites, je ne l'ai pas faite, je préfère être chanteur.

J'ai découvert le site sur lequel tu reprends les To Be 3 et Garou ou la boite de jazz de Michel Jonasz?
Ces chansons sont familières, elles me collent à la peau comme le chewing-gum aux baskets. On aurait pu prendre Gainsbourg, Nougaro, Dominique A mais elles sont difficiles à reprendre car déjà mises à nues ou célibataires au sens où Marcel Duchamp l'entendait (dans son œuvre La mariée mise à nu par ses célibataires). L'idée c'est de formuler la beauté que je leur trouve, de les éclaire de façon avantageuse. Ce sont des chansons que j'aime contrairement à des chansons comme « Ne m'appelez plus jamais France » de Sardou. Là c'est trop fort pour moi!

Après le succès de Robots après tout, ton précédent disque, il y avait une volonté de revenir à quelque chose de plus intimiste pour ce disque?
Non, il n'y avait pas de volonté du tout, de concepts fermés ou préétablis. Un disque ça se construit de façon empirique, on pose une pierre et ça commence à ressembler vaguement à une maison, un HLM, un igloo. Mais il ne sera jamais fini ce disque, il va évoluer et surement disparaître à jamais comme toute chose.

Y a t-il d'autres projets transversaux comme un deuxième film (après Peau de Cochon) ou un deuxième journal graphique sur lequel tu travailles?
Pas du tout. En ce moment je passes mes journées à répondre à des questions alors que ce je préfère c'est en poser. J'aurais adoré être journaliste. Je préfère avoir des réponses que des questions.

Tu penses à ce qu'aurais pu être ta vie si tu n'avais pas arrêté le basket?
Oh je n'aurais pas jouer à un haut niveau parce que je n'ai jamais été un foudre de guerre. J'étais un peu lent. Non ce que j'aurais adoré, ça aurait été coach, un coach aimant, et pas intransigeant.

Et quand tu écris des chansons pour Arielle Dombasle ou les Vedettes, tu es coach?
Non je suis à leur service.

Tu préfères être dans l'ombre à écrire pour les autres ou chanter tes propres chansons?
J'aime alterner les deux. On apprécie la pluie que quand il a fait beaucoup de soleil.

En Vendée, vous êtes l'enfant du pays?
L'autre jour on m'a volé ma mobylette, et je sais qui l'a fait. C'est quelqu'un qui m'a critiqué juste avant à la Maison de la presse, en me disant « C'est vraiment nul ce que tu fais, en plus t'as pas de casque, et je sais où est ta mobylette ». Et quand je suis ressorti, j'avais plus de mob. Mais je l'ai pas dénoncé car j'avais peur qu'il m'accroche à la carrosserie de sa 4L, nu, et qu'il me traine sur des kilomètres. C'est le « Ouestern », c'est l'Ouest de la France, attention!

Depuis que tu es disque d'or, tu es riche?
Oui c'est ça je suis riche de rêves et de débauches. Non ça ne change rien, sauf que je suis plus gros. En fait on m'offre plus de choses qu'avant, alors que c'était avant que je voulais qu'on m'offre des choses. On m'alimente énormément, du coup je me réveille le matin et je suis plus gros. Surtout qu'à côté de ça je dépense tout mon argent au restaurant. Je ne regarde plus combien c'est le menu, ça change tout, mais ça s'arrête là. Je m'achète du savon aussi, je me lave. Avant je me lavais à la pierre ponce, et ce n'est pas une blague.

Où te promènes tu dans Paris?
J'aime les Invalides à 4h du matin parce qu'il n'y a personne. A pied, en été, c'est formidable. Sinon j'aime bien le Dôme un restaurant de poissons au Boulevard Montparnasse. C'est pas du tout « jeune ». C'est en face de la Rotonde, les serveurs sont très biens, polis et habillés de blanc. J'aime beaucoup le Monoprix du Boulevard Clichy en face du métro blanche car il est tout en longueur, comme un serpent. Le Chateaubriand est très bien aussi, avec de bons garçons qui ont un certain humour. Le chef est un génie et il y a un accueil. Sinon j'aime beaucoup la roue, pas la chanteuse (enfin je l'aime bien aussi, La Roux) mais celle des Tuileries. J'y vais très souvent, par contre ils ont changé la musique, c'est un mélange entre le single qu'avait enregistrait Lova Moor et Barbelivien. C'est une chanson assez symptomatique qui passe en permanence dans les nacelles de la grande roue et je suis assez partagé sur ce choix. Par contre les nacelles sont devenues un peu fluo, ça j'aime beaucoup.

Et la nuit, qu'il y a t'il de mieux à faire?
En général les hostilités commencent pour moi autour de 19h. Je recherche beaucoup la solitude, je dessine la nuit en écoutant le vent caresser les vitres. Ce que j'adore à Paris c'est quand il y a personne, donc la nuit. D'ailleurs « faites du vélib la nuit sous ecstasy » c'est vraiment un conseil que je donne. Comme il n'y a personne, on ne peut faire du mal qu'à soi même, en chutant légèrement. Sinon, aucun risque!

Philippe Katerine (Barclay)
Sur scène au Casino de Paris le 7 décembre

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